Vincent Bigler : « Accord simple»
TOR a la plaisir de recevoir aujourd’hui Vincent Bigler, bonjour Vincent.
Bonjour.
Alors, premier CD, son titre « Accord simple » et quand on regarde les titres de près, les histoires que vous racontez, ce n’est pas si simple que ça finalement. Enfin, expliquez-nous pourquoi ce titre ?
« Accord simple », c’est pour moi avant tout les accords principaux de la musique : do, ré, la mineur, etc. Rien de compliqué, on ne va pas commencer de mettre des septièmes, des diminués, etc. Cela reste dans la simplicité et « Accord simple », c’est une liaison avec la communication que j’ai eue avec les personnes autour de moi, que ce soit au niveau musical ou hors musique, professionnel, amical, etc. Je crois qu’en communiquant bien avec les gens et en restant simple, on arrive à de belles choses, très intéressantes. J’ai voulu mêler un petit jeu de mot entre la musique et les relations pour faire ce titre. C’est vrai que les sujets traités ne sont pas si simples que ça, effectivement.
Vous avez en effet choisi six sujets, on peut presque dire, qui vous ont touché de près. La vie, l’amour, la mort.
Exactement. C’est des sujets, soit que j’ai pu vivre ou que j’ai vu vivre. Des personnes qui sont passées par là. Je pense être assez sensible à ce qui se passe autour et voilà. L’émotion pour moi est ce qu’il y a de plus important dans la musique, c’est faire ressortir des choses. Et les choses de la vie sont le meilleur terrain de jeu.
Des sujets tristes, des sujets relativement dramatiques.
L’idée de base, c’est un sujet triste avec un couplet qui exprime le sujet. Mais on arrive toujours avec un refrain entraînant et un deuxième couplet qui est un message d’espoir en principe dans mes chansons. J’essaie toujours de démontrer le problème, de mettre une mélodie vraiment qui peut accrocher avec un refrain, c’est ce qu’il y a de plus important dans une chanson, et de finir avec un message d’espoir. Le but, c’est que les gens écoutent et que ça les touche à quelque part, peut-être même les aider à quelque part. Une petite thérapie, en tout cas moi, à travers la musique et les jeux de mots, j’avance bien…
Un CD, cela ne se fait pas tout seul. Une équipe autour de vous ?
Voilà. C’est exactement ce que je disais. Là, on relie le titre de l’album « Accord simple ». Tout seul, je ne pense pas pouvoir parvenir à finir ce CD. C’est là que j’ai dû me nourrir de personnes pour y arriver. Moi, j’avais les idées de base. Ensuite, j’ai des personnes qui m’ont entouré, notamment une personne de La Chaux-de-Fonds, qui s’appelle Ralflo, qui m’a aidé à faire tous les arrangements, les mélodies, donné des cours de chant également pour que ça sonne bien en studio. J’ai eu aussi l’immense honneur d’avoir Angie, qui est la grande gagnante de Pop Music 2006 et qui est venue poser sa voix sur les titres, sur un titre en particulier. J’ai été très touché qu’elle vienne. Après, tout plein d’amis que j’ai fait participer à cet album, notamment un ami qui s’appelle Berko pour la pochette, qui m’a fait tout le design de la pochette et mon ami, Stéphane Geiser qui s’est occupé du mastering final pour qu’il ait un très bon son.
Pour en venir aux six chansons qui se trouvent sur ce CD, celle qu’on entend presque déjà le plus, qui m’a l’air d’avoir déjà un assez grand succès, c’est « Petit homme ». Une chanson quand même assez particulière. L’histoire d’un homme qui navigue un peu dans un destin entre le désespoir et l’espoir.
Cette chanson, c’est typiquement le titre phare de l’album où l’on parle de message d’espoir, c’est-à-dire qu’il y a des couplets assez tristes où c’est un petit homme qui se lamente. Il peut avoir plein de défauts, plein de problèmes. Il peut être handicapé. Il peut être aveugle, il peut être sourd. Il peut être bègue. Il peut avoir n’importe quels défauts et il se plaint de voir les gens autour de lui qui ne se réjouissent pas de la vie comme lui aimerait bien le faire. Et le refrain est simplement une réponse à ça où quelqu’un est en pleine forme et lui dit simplement la vie, c’est comme ça. Il faut se battre et je termine le refrain par « Ainsi soit-il, ainsi soit toi » tout simplement. De nouveau un message d’espoir, je pense qui peut-être vu pour des personnes qui doutent par moment.
Extrait de « Petit homme ».
Le deuxième titre « Je suis vous ». Pourquoi ce titre ?
« Je suis vous », c’était un petit peu pour ironiser ma vie, la vie des gens, faire un amalgame entre les deux. Qui je suis par rapport aux gens et qu’est-ce que les gens sont par rapport à moi. Je me mets dans des situations que je n’ai pas l’habitude de faire, notamment promener mon chien où je n’ai pas de chien. Et je me suis mis à travers un ami qui va tous les matins promener son chien et j’essaye de m’identifier par rapport à lui. En même temps, lui s’identifie à moi. C’est pour ça qu’il y a le refrain qui tape un peu plus fort, pour secouer un petit peu tout le monde en se disant qui on est finalement.
J’ai l’impression que beaucoup de personnes peuvent se reconnaître dans ce titre, parce que ça cache aussi beaucoup de souffrances, votre histoire-là.
Cela cache de la souffrance. C’est de nouveau la vie de tous les jours. Fumer une cigarette, c’est devoir payer des factures, devoir arriver en retard. Oui, comme je le disais, promener un chien, jouer de la musique. C’est triste oui et non. C’est simplement les passions des gens qui sont mises à travers cette chanson.
Extrait de « Je suis vous ».
Vous êtes auteur-compositeur-interprète. Est-ce que vous êtes d’abord auteur ou d’abord compositeur ? Est-ce que vous faites partie de ces chanteurs, de ces auteurs-compositeurs-interprètes qui écrivez d’abord la musique ou d’abord les paroles ?
Moi, les paroles, j’ai beaucoup de facilité à écrire les textes.
C’est d’abord le texte que vous mettez sur le papier ?
Le texte, il n’y a pas de soucis. En principe sur les mélodies, j’arrive à trouver un texte qui croche. Maintenant pour cet album, j’ai vraiment dû me faire violence et aller rechercher mes connaissances qui ont le rythme dans la peau notamment mon ami Ralflo pour trouver des mélodies, pour trouver des rythmes qui tapent. Le fait de donner ce CD à quelqu’un qui ne me connaît pas, qui le met dans sa voiture en numéro un, il y a une chanson qui tape, une chanson pop, une chanson rock qui donne envie de chanter le refrain. Cela, c’était mon idée principale. C’était que les gens par défaut entendent quelque chose qui leur reste dans la tête. Après, j’ai travaillé tous les textes. Je trouve que les musiques sont bonnes dans cet album. Après, il y a tous les textes qui sont peut-être parfois malins et là, c’est là qu’il faudra prendre le temps de l’écouter plusieurs fois. Je pense qu’il y a une bonne musique derrière, mais les textes malins avec beaucoup de jeux de mots et c’est ça qui est intéressant. C’est un petit peu un sudoku à résoudre. Mais, on se laisse emporter par la musique et je pense qu’à force de l’écouter, on comprend beaucoup de choses.
Troisième titre. Là, ça devient quand même encore plus sérieux avec « J’ai fin ».
C’est un morceau qui s’appelle « J’ai fin » avec une faute d’orthographe pour certains, un jeu de mots pour d’autres, fin « f » « i » « n », qui est une chanson sur les anorexiques. J’espère plus un message d’espoir pour les personnes qui en souffrent, qu’une souffrance directement à travers la chanson. J’exprime dans cette chanson des mots : « Nourris tes fesses de chanson, remplis ton âme d’illusions. » Le but, c’est de se dire : « Qu’est-ce qui me prend, qu’est-ce qui m’arrive ? » Je ne suis pas moi-même touché par ça, mais je suis touché à travers d’autres personnes et j’espère que cette chanson pourra leur faire ouvrir les yeux, parce qu’apparemment on n’a pas la même vision quand on est atteint de cette maladie entre guillemets.
Extrait de « J’ai fin ».
Quatrième titre, « La gomme ». C’est pour effacer, pour oublier ?
« La gomme », c’est un titre personnel. Là, je parle de maladie en l’occurrence, mais cela peut-être de pleins d’histoires qu’on a envie d’effacer, même des sales moments, même des bons moments qu’on aimerait bien juste corriger un petit peu. Il n’y a rien qui est dévoilé dans cette chanson de nouveau du premier coup. Le but, c’est simplement que les gens se disent : « Voilà, même si j’ai fait ça bien, il y a peut-être deux ou trois choses que j’aimerais changer, qu’on me donne une gomme, que j’efface les petites erreurs à corriger. » On peut utiliser les erreurs pour avancer parfois. En tous cas, de mon côté, les erreurs sont bonnes à prendre. C’est un petit peu ironiser la vie en disant : « Si j’avais une gomme, cela serait peut-être beaucoup plus simple aussi. »
Extrait de « La gomme ».
Beaucoup de gens croient qu’écrire un texte, c’est faire rimer deux fins de phrase, alors que pas du tout. Écrire un texte, c’est faire correspondre un début de phrase avec la fin d’une ancienne phrase. C’est trouver des mots qui collent ensemble et des fins de phrases qui ont des intonations chantables et c’est là, toute la difficulté de l’écriture. Mettre deux rimes, ce n’est pas de l’écriture pour moi. C’est de la poésie peut-être. Mais en chanson, on doit finir avec certains... On doit connaître sa voix d’une part et on doit finir avec des voyelles dont la voix est capable d’aller les chercher en fait. C’est tout un travail très, très minutieux. Chercher beaucoup de synonymes, renverser des phrases et retrouver des consonnes qui peuvent parfois être au début d’une phrase, au milieu d’une autre, mais qui se termineront par l’autre sans forcément rimer. C’est ça toute la difficulté de l’écriture pour moi.
Et la musique est plus qu’un soutien, alors ?
La musique est un immense soutien. Il y a toujours une mélodie de base. Encore une fois, j’aime bien, c’est là peut-être le côté perfectionniste, je n’aime pas tout mettre en avant. Une petite mélodie qui est intéressante, je la mettrais au contraire, un petit peu plus légèrement. À force d’avoir de petits détails, c’est là qu’on voit toute la sensibilité, l’émotion de la chanson. Toutes les chansons sont soutenues de toute façon par des nappes, ce que j’appelle des nappes, c’est des violons, des violoncelles, une grosse basse par exemple. C’est tout un appui qui soutiendra la chanson tout au long et après, par-dessus, on va mettre les guitares, on va mettre les pianos, les instruments qu’on entendra plus facilement. Mais si on écoute bien, il y a beaucoup, beaucoup d’instruments. Mais mon idée, de nouveau, c’est que ça paraît simple. Mon idée principale, c’est qu’on écoute cet album et qu’on se dise : « C’est simple. »
Avec la cinquième chanson, vous parlez de la prison, de la famille, vous parlez de la peur.
Voilà. L’idée principale de la cinquième chanson qui s’appelle « Nouvelle chanson », c’est finalement la patience, le silence et j’ai remarqué qu’il n’y a rien de mieux que le silence quand on a des problèmes qui peuvent nous arriver, alors qu’on se sait innocent. La meilleure réponse, c’est le silence et cette chanson est de nouveau un petit message d’espoir en se disant finalement que la roue tourne. Tout ce qui doit se mettre en place se met automatiquement. On n’a pas besoin de faire de grandes théories, de s’expliquer à travers les gens, de se justifier, tout se met à jour automatiquement. J’ai pris un exemple concret par rapport à moi, mais beaucoup de gens pourront se retrouver par rapport à des situations qu’ils vivent actuellement. Simplement laisser aller, le temps fait en principe beaucoup de bien autour de soi !
Extrait de « Nouvelle chanson ».
La dernière chanson, nous qui commençons de vous connaître, ce n’est pas la première fois qu’on se rencontre, « À fleurs de mots » me paraît à moi, celle qui vous ressemble le plus, celle qui vous analyse le mieux, j’ai envie de dire.
Tout à fait. C’est le respect de la famille. Depuis tout petit, j’ai toujours eu la chance d’être bien entouré de ma famille et j’ai voulu le mettre en musique. De nouveau, peut-être pour que des personnes qui ont une belle vie s’en rendent compte, parce que c’est facile de vivre, mais il faut vivre et se rendre compte de ce qu’on a autour de soi et toutes ces personnes qui sont autour de nous sont très, très importantes. C’est une chanson qui s’appelle « À fleurs de mots » où l’on parle des grands-parents. Mais les grands-parents sont liés aux parents, peut-être aussi aux frères et sœurs. C’est toute une vie de famille et il y a beaucoup de petites anecdotes que l’on vit durant une vie et je pense que cette chanson est un beau résumé d’une vie en fait.
Extrait de « À fleurs de mots ».
Vous rendez un magnifique hommage à vos grands-parents dans la dernière chanson. Cela montre aussi à quel point, pour vous, la famille est importante. Sans famille, sans amis, la vie est impossible ?
Elle est impossible. Et maintenant, je me pose la question : « Qu’est-ce qui est le plus important entre la famille et les amis ? » C’est toutes des questions où l’on n’a pas forcément de réponses. Ce qui compte, c’est d’être bien entouré. Je pense que la meilleure chose, c’est l’écoute. Écouter ses amis, écouter sa famille et leur rendre ce qu’on peut leur rendre en fonction de ce qu’eux attendent aussi peut-être.
C’est un peu le message global qui ressort de votre CD.
Voilà. Que ce soit pour n’importe quel sujet, que ce soit par rapport à la maladie, par rapport aux belles choses de la vie, par rapport à la famille, c’est l’écoute. C’est avoir de l’empathie vis-à-vis des gens et tout nous revient en retour en fait. Là, j’espère qu’à travers cet album, qu’il soit reconnu par les gens qu’il soit apprécié en disant : « Tiens, voilà quelqu’un qui m’a compris », parce que les sujets sont durs mais en même temps, ils touchent pratiquement tout le monde, je pense.
Et ils sont porteurs d’espoir.
Oui. C’est le but de mes chansons. C’est d’avoir un deuxième couplet quand j’ai écrit, qui dit : « Voilà, l’espoir est là et on peut passer à autre chose. » C’est pour cela que c’est difficile maintenant de réécouter certaines chansons, parce que je vois les personnes pour qui je les ai écrites qui vont très bien maintenant, qui ont douté quelques instants. C’est sur un support maintenant, c’est sur un CD et les personnes vont arriver dans ce phénomène peut-être un jour et ils pourront se dire que ce n’est pas si grave que ça finalement.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod