Concours hippique Fenin 2008

 

 

Lisa Sollami

 

Est-ce que vous pouvez nous expliquer finalement comment se passe un concours ?

Un concours en tant que cavalier tout d’abord, on doit s’inscrire à peu près un mois avant en fonction des gains du cheval. Il y a diverses catégories. Il y a la catégorie libre pour les cavaliers n’ayant pas de licence. Il y a les catégories régionales R1, R2, R3, éventuellement R4 et il y a les catégories nationales L1, L2, M1, M2 et après, les plus hautes S1 et S2.

 

Pour pouvoir passer d’une catégorie à une autre, il faut que le cavalier aussi fasse ses preuves ?

D’une catégorie à une autre, c’est les gains du cheval simplement qui comptent. Mais évidemment que le cavalier qui est peu expérimenté ne peut pas se lancer dans une catégorie R2, R3. C’est pour ça que c’est assez progressif. En général, un cavalier peu expérimenté commence en libre. Il fait sa licence et petit à petit, il fait des gains avec le cheval qu’il monte le plus régulièrement, en principe.

 

Est-ce que l’âge de la cavalière ou du cavalier a de l’importance ou si un jeune de 12-13 ans est très doué, il peut accéder très haut tout de suite ?

Tout à fait. L’âge a peu d’importance. En revanche, pour faire une licence, il faut quand même avoir 12 ans. On peut demander des dérogations, mais en général, jusqu’à 12 ans, on est en catégorie libre ou en catégorie poney, c’est quand même différent. Catégorie poney, là, il n’y a pas d’âge et surtout, je crois que c’est l’expérience qui fait plus que l’âge du cavalier.

 

L’équitation a encore un petit peu, une réputation d’un sport snob, autrement dit cher, est-ce que c’est toujours vrai ?

Je dirais que par rapport au coût, si l’on n’a pas de cheval à soi et que l’on vient simplement prendre les leçons avec les chevaux d’école, ce n’est absolument pas plus cher qu’un autre sport. En revanche, à partir du moment où l’on s’achète peut-être un cheval, alors là, il y a la pension à payer, il y a le ferrage, il y a des soins vétérinaires. Là, on peut dire que c’est un sport relativement cher. Mais si l’on prend des leçons simplement, ce n’est pas plus cher qu’un autre sport.

 

C’est comme ça, en principe, qu’il faudrait commencer ?

La plupart du temps, on commence comme ça évidemment. On vient peut-être en leçon une fois par semaine. On se rend compte que cela nous plaît et petit à petit, on essayera peut-être de venir deux fois par semaine. On pourra commencer avec ce qu’on appelle « des demis pensions », c’est-à-dire un cheval, toujours le même, qu’on monte en accord avec le propriétaire, peut-être trois ou quatre fois par semaine. Si cela nous plaît vraiment, on peut commencer à faire le brevet pour pouvoir faire des concours de sauts en catégorie libre et petit à petit, si l’on est vraiment motivé, pourquoi pas s’acheter un cheval ?

 

Maintenant pour faire de l’obstacle, est-ce que c’est dangereux quand on prend un cheval qui s’encouble, qui tombe, cela fait peur aux parents, non ?

Oui. Pour moi, je peux dire que ma maman est très, très stressée quand elle me voit courir. Évidemment, cela comporte quand même des risques, parce que c’est un animal et ça reste un animal totalement imprévisible. Évidemment quand on a une vitesse au galop et que l’on fait des sauts, on peut tomber. La plupart du temps, on s’arrange quand même pour avoir le matériel en ordre. Comme vous pouvez le constater, on a des bombes, c’est le casque. Il y a différentes protections que les enfants mettent, par exemple un gilet de protection pour protéger le dos. On essaye quand même de se protéger le mieux possible.

 

C’est l’un des rares sports où hommes et femmes se battent au même niveau ?

Absolument. C’est l’un des rares, c’est peut-être le seul. Par exemple au niveau olympique, c’est vrai là, que le sexe n’a pas particulièrement d’importance. C’est vraiment la qualité du cheval et la qualité du cavalier. Il n’y a pas du tout de différences entre un homme et une femme.

 

Cela dit, y a-t-il une majorité d’hommes ou de femmes ?

Dans les niveaux les plus bas, niveaux régionaux, je pense qu’il y a plus de femmes et les concours que vous regarderez à la télé, vous verrez plus d’hommes.

 

L’équipe suisse est composée presque exclusivement d’hommes ?

Oui. Il y a trois hommes pour une femme. C’est vrai, lorsqu’on parle des gens de l’équipe suisse, c’est leur métier, c’est leur vie. Ils doivent y consacrer beaucoup de temps. On pense peut-être que les femmes, à partir du moment où elles fondent une famille, elles mettent un coup de frein sur cette carrière. C’est pour cela qu’on voit plus d’hommes, je pense.

 

Cela n’a rien à voir avec les capacités physiques. D’ailleurs, la preuve, vous êtes une femme et championne neuchâteloise.

Tout à fait. Il n’y a vraiment rien à voir avec les capacités physiques. Absolument pas ! Je pense que c’est plus un rapport avec la carrière.

 

Maintenant pour quelqu’un qui regarde pour la première fois un concours comme aujourd’hui, on voit une dizaine d’obstacles, comment cela se passe ?

Les obstacles sont numérotés, cela va en général de 1 à 10 ou 11 pour une catégorie jugée au chrono. Après, on peut avoir une catégorie jugée en deux phases. Il y a différentes méthodes et le cheval s’élance à partir du numéro 1 jusqu’au numéro 10. Il y a une reconnaissance qui se fait avant à pied. C’est les cavaliers qui vont à pied, qui calculent un certain nombre de foulées, parce que dans certaines lignes, il faut choisir si l’on fait quatre ou cinq foulées. Il y a des obstacles composés aussi où il y a un double par exemple, où il y a un saut, une ou deux foulées, un deuxième saut et il faut essayer d’arriver juste sur ces obstacles, de contrôler les distances, la vitesse du cheval et de faire le mieux possible.

 

Le plus vite en faisant le moins de fautes ?

Voilà. Si une barre tombe, cela vaut quatre points. S’il y a un refus, cela vaut quatre points également. Un deuxième refus, on est à douze points. On additionne tout cela à la fin et le parcours sans fautes, le plus rapide, c’est effectivement celui qui va gagner.

 

Il y a de temps en temps de petites spécialités. Je ne sais pas, est-ce que c’est fantaisiste comme par exemple ce qu’on va voir, six obstacles de suite, c’est juste pour le fun ou il y a une véritable compétition ?

Je pense que c’est pour le fun. C’est pour le public. Mais on a aussi à l’interne, une véritable compétition de se demander si son cheval va pouvoir aller à des hauteurs comme ça. On a deux ou trois épreuves phares aussi le dimanche. On a un master qui est aussi une épreuve spéciale. Les obstacles sont modifiés au fur et à mesure que les cavaliers passent et c’est un peu pour les deux raisons, mais c’est principalement pour le public, pour avoir quelque chose à regarder dans ce master du dimanche, on arrive aussi à des hauteurs pas possibles. C’est très impressionnant.

 

Vous le disiez tout à l’heure, c’est un sport qu’on pratique, d’abord et avant tout, avec un cheval ?

Absolument. On ne pourrait pas pratiquer ce sport sans le cheval, sans la relation avec le cheval, qui est quand même une chose très importante. Sans cavalier, pas de cheval. Sans cheval, pas de cavalier. On est deux. C’est un sport d’équipe. Le seul sport individuel qui est finalement un sport d’équipe et je pense que la relation avec le cheval est très importante. Si l’on ne s’entend pas du tout avec le cheval, il n’y a pas moyen d’en obtenir quelque chose. Et inversement, chacun a sa part de travail à faire.

 

Quand on gagne, c’est quoi les mérites, 50/50 ?

Cela peut dépendre du cavalier et du cheval. Selon moi, c’est vrai que c’est 50/50. Mais c’est rarement la faute du cheval quand il y a une barre qui tombe ou un refus. C’est assez rarement la faute du cheval. On s’en rend bien compte quand on sort de ce parcours. On se dit : « Mince, là j’ai trop poussé. Là, j’ai trop tiré. J’aurais peut-être dû changer de pied à ce moment-là. J’ai mal choisi ma conversion. » C’est très rarement la faute du cheval, en tout cas dans les catégories amateurs, évidemment. Dans les catégories professionnelles, je pense qu’il y a plus à faire. Au niveau cavalier, il y a plus à dire.

 

Vous dites que c’est un petit peu comme un couple finalement. Est-ce qu’il arrive que des cavaliers soient en colère contre leur cheval ou vice-versa aussi, j’ai envie de dire ?

Oui, cela se voit régulièrement des cavaliers en colère contre leurs chevaux. Il ne faut évidemment pas que cela dépasse les limites. Il y a des juges qui sont là aussi pour veiller quand même au bien du cheval, parce qu’on ne va pas commencer à taper le cheval ou autres. Mais il peut y avoir aussi le cheval qui est en colère contre son cavalier. Un jour, il n’aura peut-être pas envie. Il faut aussi en tenir compte. Et comme le cheval ne parle pas, c’est justement au cavalier de ressentir ce qu’il se passe, de se dire : « Tiens, mon cheval ne va pas bien aujourd’hui, est-ce qu’il aurait mal quelque part ? » Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte. C’est justement la difficulté et la beauté de ce sport. C’est l’animal en tant que tel.

 

Il y a donc vraiment des sentiments qui circulent en tout cas entre le cavalier, la cavalière et le cheval ?

Oui. Je pense qu’il y a de réels sentiments et je suis sûre que s’il n’y en avait pas, cela ne fonctionnerait pas aussi bien.

 

Le cheval tout seul, est-ce qu’il ferait tomber des obstacles ?

Le cheval tout seul, ne sauterait pas.

 

Il ne sauterait pas, carrément ?

Ce n’est pas naturel. Ce n’est pas du tout naturel de sauter.

 

Par contre, quand vous le lancez sur l’obstacle, il va quand même se débrouiller. Est-ce qu’il ne se débrouillerait pas tout seul pour ne pas le faire tomber ? Il n’a pas envie de se faire mal par plaisir.

Cela dépend du caractère. À partir du moment où cela touche avec le sabot, ils ne se font pas tellement mal. Certains chevaux, qu’on appelle « très respectueux », ne veulent vraiment pas faire tomber les barres. Ils préféreront à la limite s’arrêter et ils feront tout pour éviter de faire tomber les barres. Après, il y a certains chevaux qui s’en fichent un petit peu plus. De ce fait, ils toucheront la barre, cela ne leur posera pas énormément de problèmes. Mais évidemment que comme vous le dites, souvent le cavalier fait une erreur et le cheval tout seul n’aurait peut-être pas fait cette erreur… C’est cela qui est assez rigolo. Tout d’un coup, le cheval se lance sur l’obstacle et on se dit : « Mince, on aurait dû attendre encore un peu » et on tire sur les rênes, alors qu’on n’aurait pas dû.

 

Quand il fait un refus, qu’est-ce qui se passe dans la tête du cheval, il en fait un deuxième derrière ?

Il y a différentes raisons du refus. Il peut y avoir la raison que le cavalier arrive totalement faux sur une distance absolument fausse. Le cheval se dit non. Là, on ne peut pas y arriver. On ne peut pas arriver de l’autre côté. Après, il y a le cheval qui peut avoir peur, peur de l’obstacle qui aurait une couleur extravagante, peur du nombre qui pourrait se trouver sur l’obstacle, peur de quelque chose qui se trouve à côté et après, il y a peut-être aussi le cheval qui n’a plus envie pour diverses raisons. On ne peut pas toujours dire pourquoi le cheval va s’arrêter. Comme je vous l’ai dit et je le répète, la plupart du temps, c’est quand même la faute du cavalier qui a mal calculé son coup. Mais cela peut arriver que le cheval en ait tout simplement marre…

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod