8ème Giron de la Broye fribourgeoise à Vallon

 

 

Cyril Joye

 

C’est quoi la philosophie de ce genre de rencontres ?

Vous avez dit le mot juste, c’est rencontres. C’est une rencontre de jeunes sur un week-end de toute une région, district de la Broye fribourgeoise. Cela existe aussi dans d’autres districts vaudois et fribourgeois, aussi sarinois, gruyèriens, où les jeunes se rencontrent et font des connaissances et discutent de tout et de rien.

 

Et là, c’est Vallon cette année qui a décidé d’organiser ça. C’est un immense travail, j’imagine ?

Cela fait environ cinq ans qu’on est en route pour ce Giron. Normalement, si on est accepté directement, cela fait une année et demie, deux ans de travail.

 

Racontez-nous un petit peu ce qui s’est passé durant tout ce long week-end.

Un week-end chargé en animations. On a eu un loto olympique. On a eu un souper spectacle traditionnel fribourgeois. On a eu un concert de SONALP qui est un groupe de Château-d’Oex. On a eu William Besse qui sculpte à la tronçonneuse. On a eu une démonstration de lutte suisse, un sanglier à la broche, les cors des Alpes qui sont derrière nous. Les sonneurs de cloches qui vont suivre et le grand cortège de 32 chars qui sont confectionnés par toutes les jeunesses de ce Giron.

 

À une époque où l’on dit que tous les jeunes passent leur vie derrière l’ordinateur, ce n’est pas tout à fait vrai ?

Il y en a. Dans la région de la Broye, il est vrai que les jeunes aiment bien encore sortir, aiment bien s’amuser, jouer au foot, participer à des sociétés. Il y a des gens à l’ordinateur, mais je pense que les gens aiment bien sortir avec le plein air de la campagne.

 

C’est quand même surprenant de voir ce plaisir que vous avez encore à vous rencontrer, parce que quand on voit les discothèques d’aujourd’hui, la musique, c’est tout sauf des rencontres possibles.

Tout à fait. Je pense que c’est une question de mentalité. Les discothèques sont plutôt pour les gens de la ville, aussi pour les gens de la Broye. Mais les Broyards aiment bien le côté campagnard, le côté festif. C’est une mentalité et les gens aiment ça ! On ne peut rien y faire, c’est la mentalité des régions.

 

Vous avez l’impression que c’est vraiment campagnard. Il n’y a pas une jeunesse à Lausanne par exemple ?

Lausanne, je ne pense pas. Dans les bords de Lausanne, je pense qu’il y en a, parce que la fédération vaudoise est beaucoup plus grande que la fédération fribourgeoise et beaucoup plus ancienne aussi. Je pense que les mentalités entre les sociétés de Lausanne, le Gros de Vaud, la Broye ou même de la Côte sont très différentes. C’est cela aussi qui fait le charme, c’est la diversité, je dirais, des cultures.

 

Il a fallu quand même pas mal de bénévoles. Est-ce que c’est toujours les mêmes qui travaillent ou vous avez trouvé facilement du monde ?

C’est un point positif qu’on a eu. On n’a pas eu besoin de chercher beaucoup de bénévoles. On a mis sur un site Internet et beaucoup de gens se sont inscrits sur ce site et avec le bouche-à-oreille cela a fait beaucoup de places occupées pendant le week-end.

 

Lors de grandes manifestations comme il y a à Zurich ou à Genève, il y a chaque fois d’immenses problèmes d’alcool, vous connaissez ça aussi ?

C’est un peu le point noir, oui et non, de la fête. Je sais qu’il y a des abus. On le sait. On ne peut rien y faire. Je pense que cela fait partie malheureusement de la société et ce n’est pas que chez les jeunes. Il y a aussi ce problème chez les anciens. Je pense qu’il faut retenir plutôt le côté constructif de faire une rencontre, de construire un char, de s’amuser et laisser ce côté alcool. C’est vrai que c’est un problème quand même.

 

Le canton de Vaud, c’est plutôt des compétitions sportives. Ici, il me semble que cela a touché plus au social, voire à l’humanitaire.

Tout à fait. Nous avons fait pour l’humanitaire, un fil rouge de 24 heures. Nous avons fait pédaler les jeunesses sur deux vélos pendant 24 heures et ce fil rouge a été parrainé par les communes de chaque jeunesse. C’est pour une association en Inde qui nous tient très à cœur qu’un ancien camarade a créée.

 

 

Markus Maire

 

Ça fait 2 ans que j’ai arrêté de lancer la pierre et depuis j’ai perdu 20 kilos.

Au sommet de ma forme, je pesais 115 à 117 kilos, mais maintenant je fais à nouveau un sport d’endurance avec le vélo et c’est clair qu’on perd vite du poids.

 

Quand j’étais jeune, à 16 ans, je suis allé pour la première fois à une fête fédérale. La force avec les pierres, la technique et tout cela me fascinait et j’ai attrapé le virus pour ce sport.

 

C’est un sport égocentrique, on dépend beaucoup de soi-même et on s’entraîne souvent seul. C’est un sport rustique, brut et tout le monde ne peut pas le pratiquer. C’est fascinant quand on commence pour la première fois à lever la pierre, à la jeter. Il y a de la technique qui entre en jeu, puis toujours plus la force et c’est ça qui fascine.

 

Ce n’est pas pour les récompenses ou pour l’argent qu’on fait cela, c’est secondaire. C’est simplement la tradition et c’est ça qui m’as toujours particulièrement plu.

 

Je faisais aussi du ski de fond, j’ai été deux fois champion fribourgeois chez les jeunes. Je faisais aussi d’autres sports où j’étais aussi assez fort, mais quand on est jeune, on n’a pas la discipline nécessaire pour pratiquer ces sports durant de nombreuses années. Je préférais voyager et être avec mes copains. C’est peut-être un peu dommage, mais bon, je me suis mis au lancer de la pierre. J’ai d’ailleurs arrêté quelques temps et c’est seulement à 29-30 ans que j’ai recommencé et je me suis vraiment entraîné. Je savais que j’avais les aptitudes pour atteindre le sommet, je devais surtout améliorer ma technique. C’était le dernier moment pour moi et je l’ai fait…

 

 

Damien Corminboeuf

 

La fédération des jeunesses de la Broye fribourgeoise connue sous le nom de FJBF a été conçue le 29 octobre 1999 par un comité de sept personnes. À la base, il y avait une vingtaine de sociétés de jeunesse qui composaient cette fédération. À l’heure actuelle, nous avons 29 sociétés qui font partie de cette fédération et le but chaque année, c’est d’avoir un Giron de jeunesse qui regroupe toutes les jeunesses, donc 29 sociétés pour participer au Giron et notamment aux joutes humoristiques du Giron pendant tout le week-end.

Le fait de pouvoir grouper des sociétés et de pouvoir se rencontrer l’espace d’un week-end durant quatre jours, de voir toutes les autres sociétés, pouvoir fraterniser également, il y a des sociétés invitées et le but, c’était de faire un regroupement de jeunesses qui puisse accueillir toute la population finalement de la région de la Broye fribourgeoise. Voir comment fonctionnent les jeunesses, leur engouement et voir un petit peu le travail que l’on peut réaliser avec des jeunes et des moins jeunes dans les comités d’organisation. J’adore relever le défi de la jeunesse et les jeunes finalement ne font pas que boire des verres, fumer des cigarettes. Nous, on sait aussi organiser des manifestations. Dans la Broye, le Giron de jeunesse fait partie des plus grandes manifestations, si ce n’est pas la plus grande, après la Fête des musiques. Oui, on sait organiser des fêtes. On sait travailler. C’est un travail de longue haleine, cela dure plus de deux ans. C’est quelque chose quand même d’assez important et oui, les jeunes savent organiser des fêtes et l’espace d’un week-end, on prouve à toute la région et encore plus loin, qu’on sait vraiment travailler et donner de notre temps pour réaliser quelque chose de super.

Les jeunes sont là. Les jeunes sont la relève des villages. Ils sont la relève des sociétés qui composent ces villages et on a envie d’être présent effectivement, c’est indéniable. La communication est là. Internet, les e-mails, les sms et tout, l’espace d’un week-end, on oublie tout ça et on se rencontre autour d’une table, autour d’une bonne table, d’un verre pour discuter et c’est là que finalement les échanges sont très intéressants. On a l’occasion de voir des gens qu’on ne voit habituellement pas souvent et l’espace d’un week-end, on retrouve des gens qu’on n’a pas vu depuis fort longtemps… et c’est ça qui est agréable.

 

 

On a des prix qui sont raisonnables au niveau de la nourriture. Les gens peuvent manger du jambon, de la friture à des prix tout à fait abordables. Le prix des consommations est aussi tout à fait abordable. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des apprentis dans les sociétés. Il y a des gens, des étudiants et on ne peut pas se permettre d’avoir l’aspect commercial. Je discutais avec le président de l’organisation tout à l’heure. Les gens doivent être contents quand ils repartent du Giron. Ils doivent avoir pu échanger des choses et c’est ça qui est important finalement. L’aspect financier, certes, est quand même important, mais ce n’est pas le plus important de la manifestation. C’est vraiment de rassembler les gens et que les gens repartent d’ici contents, satisfaits. Malgré le fait que ce soit un Giron de jeunesse, il y a tout plein de gens qui gravitent autour. Il y a des plus anciens, beaucoup de gens qui sont dans le comité, qui auraient souhaité avoir un Giron à leur époque, mais ce n’était malheureusement pas possible. Toutes ces personnes se rattrapent en s’investissant justement dans ces Girons, dans l’organisation et dans le comité d’organisation. Finalement, on est un petit peu envié par les gens qui à l’époque n’avaient pas forcément de Giron. C’est super intéressant. On le voit aujourd’hui. Il y a des jeunes et des moins jeunes. Il y a des gens qui viennent pour le cortège de l’après-midi et c’est super intéressant. On fait se déplacer pas mal de personnes. C’est un Giron de jeunesse, c’est sûr. Mais on fait se déplacer les jeunes, les moins jeunes. Il y a des pousse-pousse, des poussettes. Les gens viennent en famille. C’est vraiment le rassemblement de l’année, je dirais, sous un soleil magnifique et finalement on arrive à réunir toute une région et à faire déplacer des gens qui sont intrigués. Chaque année, il y a des nouvelles choses qui se font dans les Girons et les gens attendent cet événement d’années en années, en fait.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod