Spice Mix Band : La mémoire des dancings

 

 

Chris

 

Nous sommes des musiciens de dancing.

 

Cela fait déjà quelques années que vous êtes dans la musique.

J’ai fait vingt-cinq ans avec mon groupe Quintet. Comme je vous l’ai dit, on était en fait six, puisqu’on avait un technicien avec nous. On faisait toute la Suisse romande, tous les dancings de Suisse romande et de Suisse allemande. Ensuite, on faisait aussi la Scandinavie, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Finlande. On faisait l’Allemagne du nord au sud. On faisait des villes comme Munich, Hambourg. On jouait aussi dans les bases américaines qui étaient en Allemagne. On a fait l’Autriche, Kitzbühel, Innsbruck, Vienne. On a fait l’Espagne, Palma de Majorque. On jouait dans le plus grand dancing de Majorque le « Rio Palace » et la « Playa de Arenal ». On faisait aussi le Luxembourg, là on jouait au Splendide. On avait un contrat de trois mois. On y allait trois mois par année.

 

Quels étaient les répertoires que vous chantiez ou que les autres groupes chantaient ?

C’était totalement des reprises, tout le hit parade de l’époque, plus les années 60-70 aussi. Mais le hit parade de l’époque, aussi bien anglais, français, italien, allemand, espagnol, en cinq langues. C’était absolument le hit parade et comme on était régi par des agences, nous avions nos imprésarios, nos producteurs. On était tenu de respecter le hit parade qui sortait chaque mois. Chaque mois, on devait avoir le nouveau hit parade, jouer le nouveau hit parade, ce qui demandait un travail intense, beaucoup de répétitions. Il fallait être tout le temps au top !

 

Quelle était l’ambiance de ces dancings par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui ?

C’est tout simple. Les dancings, qu’est-ce que c’était avant ? C’était simplement, au lieu d’avoir des DJ, c’était des orchestres.

 

Là on dansait, rien à voir avec maintenant ?

On dansait, rien à voir avec maintenant malheureusement, parce que dans les dancings avant, les gens venaient pour y danser. Ils dansaient des slows, le rock. On faisait toutes les sortes de musiques évidemment et c’est vrai que c’était la belle époque, parce qu’un jeune homme de dix-sept, dix-huit ans allait au dancing. Il pouvait aller inviter une jeune fille du même âge, il savait qu’il allait pouvoir le faire. Je ne veux pas critiquer les discothèques, mais en disco c’est l’anarchie.

 

Cela a vraiment changé notre société, cette différence ?

Absolument. Par contre, on retrouve la même chose, c’est pour ça que nous, on a arrêté les dancings, tout le monde a décidé de vivre de ça. On a repris ça dans les galas, dans les soirées. Nos lieux de prestations sont avant tout, comme je vous l’ai dit, les soirées privées, les restaurants comme ce soir, les pubs et on retrouve la même chose, là. On ne joue pas la musique qu’on joue en discothèque. On rejoue la musique des dancings. Notre musique est basée par les années 40, 45 jusqu’à 2008.

 

Vous qui avez suivi, on peut le dire, toute l’évolution durant ces vingt-cinq dernières années, quel regard vous portez sur cette évolution des années 60 jusqu’au hip-hop ?

C’est très triste, parce qu’on peut employer seulement ce qu’on faisait avant, on peut l’employer que dans le milieu où l’on joue maintenant. Si on est engagé dans une discothèque, c’est impossible, parce que les DJ travaillent tout autrement.

 

Vous avez l’impression que la qualité musicale a aussi changé ou pas ?

Mais bien sûr. Regardez. Actuellement, la scène pop rock. Comment expliquez-vous que c’est encore Deep Purple ou les Rolling Stones qui remplissent un stade, alors que les groupes actuels ne sont pas capables de le faire. C’est ma réponse ! Elle est sans commentaires, il n’y a pas photo !

 

 

Andrea

 

Intéressant ce qu’il dit, Chris. Vous n’avez pas connu ces années 60-70 et vous chantez ces chansons-là. Qu’est-ce que vous en pensez, pourquoi vous aimez ce répertoire ?

Je trouve qu’on chante plus avec le cœur. Les chansons modernes sont assez agressives. Je trouve que les chansons des années 70-80 sont plus calmes, il y a plus d’amour et on a plus de sentiments à les chanter. Moi, j’aime tous les styles.

 

Beaucoup de jeunes femmes de votre âge pensent la même chose que vous ?

Je ne crois pas.

 

Cela reste un petit peu des exceptions ?

Oui. Bien sûr qu’il y en a.

 

Vous êtes interprète, vous n’êtes pas auteur ni compositeur, vous chantez des chansons des autres, vous ne rêvez pas de faire encore une carrière plus personnelle avec vos propres chansons ?

Oui. Je rêve déjà peut-être d’un petit projet qu’on est en train de préparer tout doucement. On va voir ce que cela va donner.

 

 

Chris

 

Une chose importante que vous aimeriez dire encore, qui vous tente ?

Oui, on regrette vraiment que ces dancings n’existent plus, parce que c’était un public magnifique et vous le savez très bien, puisque vous le connaissez vous-même… On regrette beaucoup ça. C’est vraiment dommage.

 

Vous pensez qu’il n’y aura pas forcément un retour, un jour ?

Malheureusement pas, non. Non, parce que les producteurs de DJ, je n’ai rien contre les DJ loin de là, sont beaucoup trop puissants et ils ont beaucoup trop inculqué ce style à la jeunesse et il n’y a plus de retour… Non, c’est fini !

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod