ArtPosition 2008
Guillermo Incháurregui
J’habitais en Argentine. J’avais un atelier là-bas où j’ai fait beaucoup de décoration de mobilier. À un moment donné, j’ai mis la clé sous le paillasson, j’ai dit : « Je veux connaître l’Europe. » J’ai voyagé beaucoup en Europe et je me suis retrouvé en Suisse. Je n’ai jamais eu l’idée de venir m’installer en Suisse ou quoi que ce soit. Là, j’ai connu ma femme, je me suis marié et j’ai deux enfants.
Au début, je n’avais pas d’atelier. Je travaillais pour d’autres artistes et aussi pour le sculpteur Yves Dana. J’étais son assistant. Après, j’ai acheté l’ancienne laiterie de Chevroux. Je me suis installé, j’ai fait mon atelier et là j’ai commencé à faire mes propres œuvres, sculptures, tableaux en inox, en fer, l’inoxgravure. C’est nouveau dans le domaine de l’art, c’est une passion. La gravure est faite en bois, en cuivre ou en pierre, en acier avec des acides. Moi, j’ai créé la ferrogravure, c’est-à-dire qu’on taille le fer comme on taille le bois ou d’autres matériaux pour faire des gravures, je l’appelle la ferrogravure et aussi l’inox, je l’ai appelée inoxgravure. Je me suis mis à faire des sculptures en acier massif. Toutes mes sculptures sont pleines. Cela me prend beaucoup de temps pour les faire, parce que je crois, je ne sais pas, je suis le seul à tailler l’acier. Avant la sculpture, cela me prend trois ou quatre mois avant la sculpture. Si on la fait en terre ou en bois, on peut la faire assez rapidement. Le mieux, c’est la patience et la persévérance, il faut beaucoup de temps pour finir une sculpture.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
L’inspiration vient beaucoup de mes voyages. J’ai beaucoup voyagé. J’ai beaucoup voyagé en Amérique latine, découvert les civilisations passées. Je rêve de laisser une trace, c’est-à-dire tout ce que je fais, cela va traverser le temps ! L’inox, dans deux millions d’années, il va être là. Mes sculptures sont massives, elles ne vont pas pourrir. Je rêve de ça. Je prends des civilisations passées comme les Celtes, les Japonais, beaucoup de civilisations. Je les prends dans le passé, je m’inspire, je le fais aujourd’hui, je l’envoie dans le futur.
Vous rêvez d’éternité finalement ?
Indirectement, je pense que ce n’est pas l’éternité. Des fois, on réfléchit sur notre vie, on se demande ce qu’on a fait, la gloire, je ne dois pas la connaître, peut-être mes petits-enfants… On ne le sait jamais. Moi, j’aime bien laisser des traces ou des choses pour le futur. Il faut qu’ils voient que ce qu’on fait aujourd’hui, dans 50 millions d’années, il n’y aura plus rien, rien ne va rester. Mais ici, voilà quelque chose qui est resté et pour moi, cela me fait rêver. Je voudrais bien être une mouche pour écouter ce que disent les autres…
Il y a un message derrière ce que vous faites ?
Il y a des messages, beaucoup de philosophie sur le temps, sur le temps et l’agenda d’aujourd’hui. Je suis contre l’agenda. Je pense que les gens ne prennent pas le temps de vivre. Ils sont plus préoccupés par l’insécurité, l’incertitude. Ils doivent remplir leur agenda pour se sentir occupés. Moi, je ne remplis pas mon agenda, je la vis, la vie. Il y a une manière de vivre. Il y a des gens qui vivent pour manger et des gens qui mangent pour vivre. Le temps pour moi, c’est très important, de vivre avec quelqu’un, de partager tout à fond. Pour moi, la philosophie est très importante dans la vie, dans l’art, dans l’amitié. C’est clair, tout va avec la philosophie et l’humain comme il est.
Qu’est-ce que vous pensez de ce genre d’expositions ? C’est aussi une exposition avec un concept qui est spécial ?
Oui. C’est spécial, ce que j’aime bien dans tout ça… lorsqu’on fait une galerie et qu’il y a un événement ou un festival, les gens ne viennent pas pour l’art, c’est du passage. Par contre ici, les gens viennent pour l’art. Ce sont des passionnés et ils aiment l’art. Cela ne m’intéresse pas qu’ils passent, il faut qu’ils prennent leur temps et cela existe ici ! C’est un moment idéal pour rencontrer des collègues sculpteurs, peintres, etc. On se voit tous ensemble. Là, c’est super sympa.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod