Jeannine Schär : Couleurs et Formes

 

 

J’étais malade et j’ai toujours pensé que je recule dans mon métier de laborantine et après deux ans, j’ai réalisé que c’était le moment de commencer autre chose. J’ai commencé à faire une « Berufsbegleiten » à Berne, mais cela ne m’a pas plu. Après, je suis allée à Paris vers M. Arnaud Stern et je suis revenue à la maison. J’ai pensé qu’est-ce que je peux faire et j’ai commencé comme ça…

 

M. Stern à Paris, vous a beaucoup influencé ?

Oui. Il m’a beaucoup influencé, mais je ne fais pas tout comme lui. Lui ne donne pas les dessins à la maison, je ne pourrais pas faire ça, et moi, je laisse beaucoup plus de liberté aux gens. Lui était beaucoup plus sévère et j’ai trouvé que cela n’allait pas dans mon sens. On doit avoir beaucoup de plaisir et on ne doit pas être forcé de prendre… peut-être seulement le pinceau. Je laisse beaucoup plus de liberté.

 

Les gens qui viennent chez vous, comment peut-on les appeler ? Ce sont des élèves, des apprentis ?

Ce ne sont ni des élèves, ni des apprentis. C’est des gens qui viennent et qui me disent : « Ah moi j’aimerais bien faire, mais je ne peux pas… qu’est-ce qu’on fait ? » Je dis : « Il faut essayer, après vous savez… » Ce ne sont pas des élèves, parce que je ne donne pas de cours. Je suis toujours là quand ils ont des questions, toujours. J’aide, mais je ne peins pas. J’aide peut-être à trouver si quelqu’un me dit : « J’aimerais bien faire une rose. » Je dis alors : « Commencez une fois, je vais vous aider. » Ce tableau avec ces couleurs au fur et à mesure, cette rose se développe. Je ne peux pas vous dire comment, mais ça se développe.

 

Vous ne critiquez jamais ce qu’ils font ?

Non jamais. Je ne critique pas, ce n’est pas joli, ce n’est pas vilain, c’est ainsi. Surtout celui qui a fait l’image, la peinture, il doit être content. Certaines fois, il n’est pas content et je dis : « Il y a deux possibilités, tu peux le mettre de côté ou bien maintenant encore une fois, essaye de te laisser aller, parce qu’avec la couleur d’acryl, on a la possibilité, si c’est sec, on peut le couvrir. Si on fait une rose et on ne veut plus, on veut faire un bateau. On fait un bateau et peut-être qu’au milieu, il y a une rose… Il y a des possibilités énormes et c’est justement cela que je veux un peu montrer aux gens. On ne doit pas être déçu si ce n’est pas joli… Cela continue toujours, toujours. Mon devoir c’est peut-être de donner la motivation et de montrer qu’on peut se laisser aller et ne pas toujours réfléchir : « Qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? »

 

Pour vous finalement c’est quoi la peinture, parce que vous êtes peintre aussi ?

Oui je le suis aussi, c’est clair. Les couleurs pour moi, c’est la vie, c’est joli…

 

Mais vous n’êtes pas une artiste ?

Je ne me compare pas comme une artiste. Qu’est-ce que c’est qu’une artiste ? Il y a des gens qui se nomment artistes et il y a peut-être quelqu’un qui dit : « Cela, c’est de l’art. » Il ou elle est peut-être connu. Ils se nomment artiste. Moi je peins ce que j’aime, je sens là-dedans la joie. Si je suis une artiste ou pas, je ne le sais pas. J’aime aussi mon jardin. Toutes les années, il y a quelque chose d’autres là-dedans. Alors, si c’est une artiste ou pas… C’est les autres qui jugent, pas moi !

 

Quelles sont justement les réactions de tous les visiteurs qui sont venus ici à Morat regarder cette exposition ?

Je suis étonnée. Je n’ai que des réactions positives. Ils disent que c’est vraiment très spécial de voir ça une fois, comme une « Wascheläne », on suspend le linge, mais ce n’est pas le linge, c’est les tableaux. Ils sont très, très surpris les gens, par exemple, ce qu’une infirmière retraitée arrive à faire après une année. Ils ne comprennent pas, ils disent : « Ce n’est pas possible ! » Je réponds que oui, c’est possible… mais il faut oser ! Si on n’ose pas, on n’arrive pas à dire plus tard : « Oui, je suis arrivée. »

 

Vous avez invité trois artistes, c’est juste, on peut dire confirmés. D’abord, un Monsieur qui travaille le fer. Je ne sais pas si vous voulez dire quelques mots sur lui ?

Oui. D’abord, j’ai demandé aux gens qui font la peinture, est-ce que vous aimeriez ? J’ai demandé à tous les trois que je connais, est-ce que vous voudriez exposer avec moi et ils ont dit oui.

 

Qui sont ces trois artistes ?

Il y a une femme qui fait de la poterie. Ce Monsieur qui fait des choses en fer et il y a un Monsieur qui fait des choses en pierre. C’est lui que je connais un peu mieux. Il aime les pierres, il va dans les montagnes et il collectionne les pierres. D’après les formes, il fait des têtes, il fait un peu tout. Le plus important, c’est que les gens osent faire quelque chose qu’ils n’ont jamais fait. C’est bien pour la confiance. Souvent les gens disent : « Je ne peux pas », mais si on n’essaye pas, on ne sait jamais si on peut ou pas. Je remarque que les gens qui sont ici deviennent de plus en plus courageux et ça, c’est vraiment beau à voir, de voir une femme de 70-90 ans qui vient, c’est courageux.

 

Comme j’ai compris, le mot plaisir, c’est ce qu’il y a de plus important pour vous.

Oui, c’est ça. Le mot plaisir, ça c’est aussi un peu, je reçois souvent des téléphones, est-ce que je peux prendre un cours chez vous comme à la Migros ? Je dis, non, ça je ne fais pas.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod