Laurent Cailleton et Patrice Florès
Bonsoir Laurent Cailleton.
Bonsoir.
Qui êtes-vous ?
Laurent Cailleton.
Plus ?
Plus Patrice Florès. Moi, je suis comédien à Nantes et un peu auteur, metteur en scène. Patrice lui, il est guitariste, comédien, maçon, charpentier.
Patrice Florès : J’aime beaucoup la charpente.
Laurent Cailleton : Père de famille.
P. F. : Oui. Cela me prend beaucoup de temps.
L. C. : C’est un peu Joseph ou vous connaissez la petite maison dans la prairie en Suisse ?
Oui.
C’est un petit peu Charles Ingalls.
Vous avez choisi Molière ?
Oui, j’ai choisi Molière.
Pourquoi ?
Pour plein de raisons. La première : j’ai joué Scapin pendant presque 150 représentations avec notre compagnie près de Nantes et d’autres comédiens. Je n’étais pas tout seul à jouer cette fois-ci. Et aussi parce que j’ai fait de la commedia dell’arte avec Carlo Boso qui est un grand metteur en scène de commedia dell’arte. Le mélange des deux m’a donné envie de continuer le classique… Et pourquoi Scapin plus particulièrement ? C’est parce que le rôle de Scapin, c’est un rôle qui est truculent. Il faut être très, très vif pour jouer les Fourberies de Scapin et c’est quelque chose qui prend aux tripes. J’ai senti que Scapin, c’était viscéral au bout d’un moment, il fallait que je continue à jouer ce personnage-là. On s’identifie au personnage par moment. Il y a le côté rusé, le côté filou. C’est un voyou. Il n’est pas très conventionnel et c’est très amusant à jouer. Ce qui se passe aussi avec Scapin, il y a quatorze personnages sur scène, vrai personnages, mais Scapin lui, en interprète plein dans la pièce. Déjà pour jouer Scapin, il faut être fort et pour jouer Scapin plus les autres, il faut essayer d’être un peu plus fort que fort. C’est un vrai challenger.
C’est un défi.
L. C. : C’est un défi.
P. F. : C’est un vrai défi.
L. C. : Chaque personnage représente une catégorie sociale, c’est-à-dire que les vieux, les deux vieillards, Géronte et Argante, eux, ils vont représenter un petit peu ceux qui sont aisés dans la vie, ceux qui sont d’un milieu social un petit peu plus convaincant. En même temps, ils vont représenter tout ce qu’on déteste, nous les enfants, chez nos parents, c’est-à-dire qu’ils nous ont freiné, ils nous ont empêché d’avoir des accidents. Pour continuer à vivre et pour comprendre ce qu’il faut faire et ne pas faire, il n’y a rien de mieux que de se pêter la caisse tout seul ! Il y a les deux vieillards qui représentent ça. Il y a les deux jeunes premiers qui représentent la fougue, la désobéissance, qui représentent les jeunes tels qu’on l’est avec les deux jeunes premières qui sont… et là, les jeunes spectateurs vont s’identifier à ces personnages-là. Après, il y a tous les valets, Scapin, Sylvestre, Carl qui vont permettre et on les a un petit peu modernisés. On fait Carl homosexuel, Scapin roublard, on fait Sylvestre, un peu fêtard, etc. pour que tous les trentenaires puissent s’identifier à ces personnages-là et puissent rentrer dans l’histoire encore davantage. Chaque personnage va représenter quelqu’un du public et chaque personne du public, un moment va s’identifier à l’un des personnages qu’on va faire et ça, c’est typique de la commedia dell’arte et c’est typique de Molière.
Vous disiez tout à l’heure de Scapin que vous faisiez plusieurs personnages. Comment vous faites pour passer d’un personnage à l’autre ? Une démonstration.
Une démonstration.
Si vous voulez.
P F. : Il y a déjà toute la gestuelle, il va le faire.
L. C. : Il y a deux vieux par exemple à un moment. Géronte et Argante et cela va donner à peu près ça. Voyez-vous seigneur Argante, par le temps qu’il fait aujourd’hui, nous aurons nos jeunes aujourd’hui. Mais l’arrivée de votre fille trouvera les choses mal disposées à ce que nous nous proposions.
Je voudrais embrasser cet obstacle.
Ce qui est important, là, je ne peux pas trop bouger, car on doit rester dans le cadre de la caméra, mais sur scène, je peux prendre un petit peu de champ et ajouter à ça une direction de regard, c’est-à-dire que mon Géronte, celui qui parle comme ça et qui a la mâchoire en avant, lui je vais le faire plus grand que le seigneur Argante qui est comme ça et qui est tout petit. Forcément, Argante quand il regarde Géronte, il va le regarder comme ça ! Et Géronte quand il va regarder Argante, il va le regarder par là… L’idéal pour moi, c’est de les visualiser et de ne jamais les perdre dans l’espace de la scène. Quand j’ai lâché un personnage à Jardin, je vais aller le retrouver à Jardin. Il n’aura pas bougé pendant que l’autre parle. C’est ça le plus important pour que les gens justement comprennent toujours mes personnages, quelles tailles ils ont. Après tout ce qui est physique, c’est parce qu’ils ont forcément tous un vécu différent du mien. Cela les a plus ou moins abîmés, ça les a rendus comme ça.
P. F. : Ils ont un caractère, ils ont une voix particulière.
C’est du mime.
L. C. : Dans le mime, on ne parle pas. C’est de la composition. Quand on crée un personnage, on ne part pas du corps. Moi jamais du moins. C’est Vladimir Constantin Stanislavski qui disait qu’il ne faut pas partir du corps. Il ne faut pas commencer à travailler son corps. D’abord, on crée une ligne constructrice ou une ligne créatrice. Cela veut dire qu’on a le présent, c’est ce qu’on joue, c’est ce qui est écrit dans le texte et on va inventer avant de monter sur scène, avant que le personnage arrive sur scène, un passé très, très proche pour lui donner un état. Par exemple si moi je vous dis, vous allez rentrer dans un ascenseur. Vous allez me faire la scène, vous allez rentrer dans l’ascenseur, vous allez appuyer, cela va être tout bête. Si je vous dis, vous avez couru avant d’entrer dans l’ascenseur, dans l’ascenseur cela va vous donner un état. Vous allez rentrer… ok. Maintenant, je vais vous donner un passé lointain, c’est-à-dire que vous êtes claustrophobe, parce que votre petit frère vous enfermait dans le coffre à jouets quand vous étiez petite et qu’il n’était pas très sympa avec vous. Bon maintenant, vous êtes claustrophobe. Vous allez arriver essoufflée dans l’ascenseur… vous allez appuyer sur le bouton, les portes vont se fermer… là, on a mis un état et en plus une façon d’interagir avec ce qui se passe pour le personnage. On ne peut pas créer de futur, parce qu’on ne connaît pas son futur. Même un personnage, il ne connaît pas son futur. Mais il en faut un pour que la ligne soit terminée, parce qu’on a un passé lointain, passé proche, présent. Alors, on va créer un objectif au personnage. Si vous prenez l’ascenseur, c’est pour aller passer un entretien d’embauche. Il faut absolument vous calmer avant d’avoir cet entretien d’embauche. Vous allez rentrer dans l’ascenseur. Vous allez être essoufflée, vous allez paniquer. Il faudra prendre sur vous, parce que juste quand ça va s’ouvrir, vous êtes en entretien d’embauche… Vous voyez ce que je veux dire, cela va amener plein d’histoires juste gestuellement et là, le corps arrive, parce qu’on a tout construit en amont. Vladimir Constantin Stanislavski, leçon numéro 3.
Vous êtes là à Boudry, qu’est-ce que vous pensez de la Suisse ?
Un accueil formidable. Les gens sont très sympas. On boit des bons coups, on mange bien…
La fondue ?
P. F. : On ne l’a pas mangée encore.
L. C. : Mais bientôt, je crois.
P. F. : C’est vrai que les gens sont très chouettes. Cela fait vraiment plaisir. En plus, il fait très beau, ce qui nous a manqué tout l’été en France, surtout à Nantes.
L. C. : C’est… il pleut sur Nantes. C’est vrai.
P. F. : Ici à la Passade, les gens sont très passionnés de théâtre, cela fait vraiment du bien de rencontrer des gens qui nous accueillent comme ça, qui nous font partager leurs passions et nous, on essaye de leur faire partager les nôtres. C’est vraiment très sympathique.
Vos projets futurs c’est…
Il y a un conte pour enfants autour des trimarans pour une grande banque internationale. C’est une commande. Il y a un deuxième one-man-show, on va dire un troisième parce que là, on est deux, qui est en train de se créer qui est la suite de celui qu’on verra samedi ici à la Passade et il y a un autre spectacle où je suis accompagné par quatre filles et là, on fait de l’érotique chic sur scène.
Chic ?
Oui. C’est érotique, mais c’est chic.
P. F. : C’est un nouveau style qui arrive qui marche très fort en Amérique du Nord et qui arrive en France et en Europe, je pense.
L. C. : Là, ça reprend plein de chansons des années 30 à aujourd’hui et les chansonniers. C’était l’époque des chansonniers, Lyjo, Sandrey, Fernandel, Colette Renard, bref c’est plein de chansons et s’est articulé avec des scénettes autour de l’érotisme. Cela se monte aussi et voilà. On a plein, plein de choses à faire de toute façon. Quand on est dans le spectacle, on est créateur de notre propre métier.
Il faut avancer.
Il faut avancer, il faut créer.
P. F. : Il faut avoir plein de projets. Il faut progresser sur plein de choses. Il y a plein de domaines dans le spectacle… On ne fait pas seulement de l’humour, on fait aussi plein de choses. Laurent fait de la danse. Moi, je fais plein de genres de musique, mais je m’intéresse aussi à la comédie. Il y a plein de genres et c’est très intéressant…
Interview réalisée par Françoise Berthod
Texte retranscrit par Françoise Berthod