Marc Fraize : Humoriste

 

 

Nous nous trouvons au théâtre de la Passade et aujourd’hui il y a Marc Fraize. Tu es invité pour le 10ème anniversaire du théâtre de la Passade à Boudry. C’est la première fois que tu joues en Suisse ?

C’est la troisième fois. Boudry est fidèle à Monsieur Fraize et à Marc Fraize, puisque c’est la troisième fois qu’il m’invite. Je ne peux pas refuser ce genre d’invitation et je viens volontiers.

 

Comment as-tu connu le théâtre de la Passade ?

J’ai rencontré Raymond Aeby qui devait faire des courses, c’est-à-dire essayé de repérer des spectacles peut-être où il était en vacances à Lyon. Je jouais dans un petit cabaret et il m’a vu en spectacles et cela a donné suite à une invitation à aller jouer en Suisse pour la première fois. C’était la première fois, je crois, qu’il accueillait un artiste à la Passade. Avant, je pense qu’il jouait tout avec leur propre troupe. C’est moi qui m’y suis collé et qui ai eu la chance en plus de me voir nommé filleul de la Passade… François Silvant étant leur parrain. C’est lui qui a inauguré le lieu.

 

Tu as commencé ta carrière en 1992 au théâtre du Sol, je crois ?

J’ai commencé le théâtre en amateur en 1992 et ma carrière a débuté plutôt professionnellement en 2000.

 

Pourquoi en 2000 ?

Parce qu’en 2000, je pense que j’ai attendu longtemps avant de me décider à faire quelque chose par mes propres moyens. J’avais 26 ans et il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard ! J’ai toujours admiré les gens qui faisaient rire les autres… J’étais drôle des fois, alors je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? »

 

À ma connaissance, ton humour est surtout sur le quotidien, sur la vie de famille. Il est un peu doux, sarcastique, un peu naïf. Comment cherches-tu tes idées, où les prends-tu ? De quelle manière développes-tu tes pièces ?

Comme la plupart, quand il y a une idée qui me vient et qui me paraît intéressante, je la note et je la garde de côté. Je la fais mûrir et je l’exploite sur scène. Je teste sur scène et si ça marche, je continue. Si ça ne marche pas, j’arrête…

 

En principe si tu dis que ta carrière a commencé en 2000, c’est là que tu avais un bon programme et tu as réussi à avoir des prix ?

Oui. J’ai eu cette chance-là que ça démarre vite et fort. J’ai eu du succès, complètement inespéré, rapidement et cela a duré deux ans où, de festivals en festivals, tout le monde était assez intéressé par le phénomène « Monsieur Fraize » et j’en ai profité. J’en ai profité pour jouer un maximum jusqu’à plus soif ! La soif de jouer, elle est forcément… au début d’une carrière, elle est évidente et après il faut trouver sur le temps, sur l’endurance. Le plus dur dans ce métier-là comme dans beaucoup de métiers est de durer. Essayer de faire ce métier avec sincérité le plus longtemps possible et de retrouver toujours cette même fraîcheur, cette même disponibilité de vouloir affronter le public, la scène, les projecteurs.

 

Maintenant, il y a « Monsieur Fraize », le théâtre ambulant et ça fonctionne comment ?

C’est une idée que j’ai eue en allant habiter à la campagne. La plupart des artistes essaye de trouver leur place à Paris ou à Avignon, toujours un peu aux mêmes endroits, parce que c’est là que tout se passe. Moi, j’étais intéressé par le fait qu’il ne se passait rien dans les petits villages et pas grand-chose en province en général. Il n’y a pas beaucoup de monde, ce qui fait que c’est plus libre d’accès. J’ai décidé de mettre un petit théâtre et un petit café pliables dans un camion et de partir en tournée pour donner l’accès au monde du spectacle aux gens qui habitent ces petits endroits où il y a des lotos et des choucroutes d’habitude…

 

J’ai vu sur ton site qu’il y a 50 à 200 places, cela peut être aussi pour une entreprise ou un événement aussi un peu plus grand, c’est variable ?

C’est-à-dire que le petit café théâtre ambulant, c’est quelque chose qui s’adapte. Effectivement, même si cela ne s’adresse pas particulièrement aux entreprises, cela s’adresse un peu à tout le monde en espérant simplement que la plupart des associations, des gens qui sont susceptibles d’organiser des événements, soient attirés par un spectacle d’humour et d’offrir cette occasion-là aux habitants, aux gens du village.

 

Le programme que tu proposes est fixe ou tu développes de nouveaux sketches ?

Au début, j’ai fait comme tout le monde. J’ai écrit un spectacle que j’ai longtemps joué. J’ai dû faire plus de 500 représentations, jusqu’au jour où je n’ai plus eu de plaisir à rejouer la même chose. Je crois que c’est assez naturel et je me suis posé la question, j’ai décidé de faire autre chose et c’est là toute la difficulté que rencontre les artistes. C’est avant tout prendre du plaisir et je recherche ce plaisir-là justement le plus souvent possible en jouant des choses nouvelles. Systématiquement, quand je vais jouer, je mets des choses nouvelles. C’est une manière pour moi de rechercher un petit peu, d’essayer de libérer ce « Monsieur Fraize ». Il contient une partie de Marc Fraize, il contient les gens, ce que je vois, ce que je ne vois pas. La meilleure manière de le libérer pour moi, c’est de ne pas répéter en face d’un metteur en scène, c’est de laisser aller ce personnage en public, ce que je vais faire ce soir, d’ailleurs, en partie.

 

Tu t’appelles vraiment Marc Fraize ?

C’est mon nom de famille. Je l’assume pleinement.

 

Et d’une bonne manière.

Oui. C’était un nom prédestiné à la scène. Je ne sais pas mais en tout cas, il n’y avait aucune raison de changer de nom, parce que cela se retient assez bien « Monsieur Fraize ». « Monsieur Fraize », surtout quand on le dit plusieurs fois. C’est un petit nom rigolo qui me va bien en plus.

 

Pour toi, c’est quoi l’humour, tu le définis comment ?

C’est une manière d’effacer un petit peu tout ce qui est trop sérieux et de relativiser les choses. Après, en essayant de ne pas faire de mal, parce que des fois, c’est inévitable. Il y a plein d’humoristes qui font du mal parce que justement, ce n’est pas dans le goût des uns ou des autres. La fameuse question : « Est-ce que l’on peut rire de tout ? » Oui, mais pas avec n’importe qui. Moi mon dada, c’est plus de me moquer de moi-même que des autres, après c’est une question de goût. L’humour avant tout, c’est une ouverture d’esprit, c’est être capable d’être sérieux mais aussi de ne pas être sérieux…

 

De savoir prendre les petits problèmes du quotidien.

Oui du recul, dédramatiser les choses. C’est une manière, je vais exagérer, un petit peu de survie, de pouvoir respirer de temps en temps, parce que le monde n’est pas toujours drôle. Il faut bien de temps en temps équilibrer les choses.

 

C’est vrai que rire, cela fait du bien, ça décontracte.

C’est contagieux. Moi je le constate dans les salles de spectacles. Plus les gens rient, plus ils entraînent les autres. C’est juste quelque chose de très humain, je trouve.

 

Est-ce que tu penses qu’on peut rire de tout ?

Moi je dois dire que non. Cela me titille moi quand on va s’attaquer à des sujets comme la tristesse des gens, la pédophilie, les drames, tout ça. Je pense qu’il y a des choses de la vie qui sont beaucoup plus intéressantes pour rire que celles-là… Et je ne suis pas sûr du tout, du tout que ce soit une manière de… comment… dédramatiser quelque chose de vrai, de réellement dramatique ? Non, c’est difficile. Avec moi, cela passe rarement. Il y avait Desproges. On se souvient tous de Pierre Desproges qui faisait ça très bien. Mais là encore, c’est tout l’art et la manière d’y arriver. Il ne faut pas que ça soit facile pour aborder des sujets pareils… Il faut que ça serve, je ne sais pas. Si c’est juste prétexte à rire, ça peut être délicat tout ça…

 

 

Interview réalisée par Linda Fischer

Texte retranscrit par Françoise Berthod