Tracteur pulling : Cudrefin 2008
Denis Sunier : Le Tracteur pulling, nous on le prend plutôt comme hobby que comme un sport. En Suisse romande, ce n’est pas trop connu. En Suisse allemande, c’est beaucoup plus connu. C’est beaucoup plus développé.
On voit un tracteur qui tire un traîneau.
Oui, il y a une remorque de freinage et c’est sur une piste de cent mètres. Plus le tracteur, il avance, plus la remorque, il y a un poids sur la remorque et le poids avance et devant la remorque, il y a une plaque en métal. Plus il avance, plus il y a du poids sur la plaque et plus c’est dur. Celui qui arrive le plus loin gagne.
Qu’est ce qui est le plus important finalement, le pilote, le tracteur ?
Steve Zoss : La pression des pneus. Comment les pneus sont préparés, la répartition du contrepoids et un peu connaître la piste, choisir le bon côté de la piste.
Quand on regarde un peu les pneus, chaque coureur a taillé ses pneus un peu à sa façon. Aucun n’a la même chose. Il y a des trucs, des secrets ?
Même pas, cela dépend des pistes. Il y a des pistes plus sèches, plus mouillées. Sur des pistes, on a plus de chance avec certains pneus, sur des autres cela va un peu moins bien.
Pourquoi vous ne laissez pas toute l’épaisseur du pneu ? Il me semble que vous les rabotez comme pour devenir des pneus lisses.
Parce que ça creuse dans la terre. Plus il y a de crampons, plus ça creuse. L’idéal, c’est d’avoir 2,5 cm.
Quand on a votre âge, vous n’avez pas trente ans, je pense, quelle idée de choisir ce genre de sport plutôt qu’un autre ?
Denis Sunier : Cela fait déjà deux ans qu’on fait ça. On venait regarder les tracteurs, on aimait toujours et on s’est décidé d’en faire un. Après, un deuxième et un troisième. Tout à coup, cela va évoluer, bientôt un quatrième… On est un peu jeune, mais ça va !
Quand je dis que vous êtes jeune, on fait plutôt des sports qui sont casse-cou et là, c’est un sport qui n’est vraiment pas dangereux ?
Steve Zoss : Il y a une bonne ambiance.
C’est surtout pour l’ambiance que ça compte.
Oui. L’ambiance, ça nous plaît.
Il faut être bricoleur, il faut être mécanicien
Denis Sunier : Oui bricoleur, beaucoup. Il faut beaucoup bricoler, il faut toujours modifier quelque chose. Presque tous les samedis, il faut faire ça, il faut bricoler. Cela prend beaucoup de temps.
Vous êtes dans quelle profession vous-même ?
Moi, je suis forestier-bûcheron.
Et vous ?
Machiniste.
Vous n’êtes pas très loin de ce genre d’outils. Il y a des tracteurs de plusieurs grosseurs, de plusieurs poids. Il y a des catégories ?
Steve Zoss : C’est tout par catégories. Il y a les standards, trois tonnes, quatre tonnes, cinq tonnes, six tonnes, huit tonnes. Après, il y a les sports, super sports. Des fois, il y a les camions. Nous, on fait les trois tonnes. Lui, il fait en trois tonnes avec le sien. Un autre copain en quatre tonnes. Moi, je fais en cinq tonnes et mon père en six tonnes.
Ce qui est original aussi, il n’y a pas d’âges limites ?
Denis Sunier : Il faut juste avoir le permis de tracteur pour tirer et le tracteur doit être expertisé.
Les coureurs, cela va de vingt à soixante, septante ans ?
Non, il n’y a pas de limites. Une fois qu’on a le permis de tracteur, c’est bon. On peut tirer.
Il y a des femmes aussi qui font ça ?
Il y en a quelques unes, mais c’est rare !
Quand vous dites que l’ambiance est bonne, qu’est-ce qu’elle a de spéciale l’ambiance ?
Steve Zoss : Comment est-ce qu’on peut dire ça ?
Vous êtes toujours les mêmes qui vous retrouvez presque tous les week-ends ?
Presque toujours les mêmes. Bonne ambiance dans la tente, dans le bar aussi.
Quand vous venez là, vous dormez sur place carrément ?
On a des tentes.
Vous faites à manger, vous restez là deux ou trois jours ?
Oui. Les trois jours ici.
Denis Sunier : Je trouve que les Suisses romands pourraient se déplacer un peu plus quand il y a une manifestation comme ça. Quand on va en Suisse allemande, il y a beaucoup plus de personnes. C’est beaucoup plus connu et je trouve que les Suisses romands pourraient faire un effort et venir voir. En Suisse allemande, presque tout le monde connaît ce sport, mais pas en Suisse romande.
Où est-ce qu’il y a des courses en Suisse romande. Aujourd’hui, on est à Cudrefin, mais les autres courses ?
Steve Zoss : À Vouvry, c’est la première de l’année. Il y a Puplinge sur Genève, Boudevilliers, une année sur deux et ici.
Vous avez déjà fait quelques résultats, ce n’est que la deuxième année ?
Oui, le week-end passé, j’ai fini deuxième. J’étais à Arisdorf à Bâle. Sinon cela dépend. Il y a des fois où cela va bien et des fois, cinq ou sixième. Des fois, douzième.
Samuel Guggisberg
On organise nous-même le tracteur pulling à Zimmerwald, tout près de Berne. Cela se passe au début du mois de juillet et nous, on a la seule remorque pour freiner les tracteurs.
Voilà.
On a construit cela il y a huit ans.
Pour ceux qui ne connaissent pas, qu’est-ce que vous pourriez dire pour donner envie aux gens de faire ça ?
C’est difficile à dire. C’est un hobby et on peut travailler avec la machine qu’on utilise tous les jours et on peut essayer de faire mieux que les autres. C’est magnifique si on est sur le tracteur et on commence à tirer et on sait que le moteur doit travailler. J’espère que la pression dans les pneus est en ordre, l’équilibrage pour mettre les poids, c’est en ordre. Si tout fonctionne après, c’est l’une des plus belles choses…
C’est cela qui est excitant.
Oui exactement.
L’équilibre, les pneus.
C’est la physique de comprendre ce qui se passe avec la chaîne qui tire en bas, derrière. Ce n’est pas facile, mais c’est un beau truc.
C’est original. Il n’y a presque que des paysans. C’est surtout réservé aux paysans ?
Oui bien sûr. Il faut avoir un tracteur au minimum. Il y a aussi beaucoup de mécaniciens qui font ça. Dans les spectateurs, il y a différentes professions qui viennent voir.
Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux ?
Oui exactement. Moi je pense que c’est un hobby pour tout le monde. Ceux qui aiment le tracteur, ceux qui aiment un peu la technique, ceux qui aiment un peu le sport, la tension. Je pense que c’est pour tout le monde.
Et vous qui êtes un spécialiste, c’est quoi le secret pour gagner ?
D’analyser la piste comme elle est, et d’installer le tracteur comme il faut. Comme tout ce que j’ai dit auparavant. Je pense que c’est ça le plus important, de toujours être un petit peu en avant des autres. Voir comme la piste est. On a déjà vu ça hier. Plusieurs fois, ceux qui ont gagné, ils ont toujours vu que la piste n’est pas si dure qu’à l’autre place et ils ont préparé le tracteur spécialement pour ça, déjà à la première manche et comme ça, ils ont pu tirer plus loin… Je pense que c’est le secret !
Et le chauffeur doit faire des choix aussi, la vitesse, la traction ?
Exactement. Il y a beaucoup de choses qui sont par rapport au chauffeur, la piste si on va à droite ou à gauche, ça aide beaucoup. Si on vient dans le trou de celui d’avant, évidemment c’est fini.
Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod