Monsieur Alex Caire : Poète
Alex Caire, vous êtes à la fois un poète
et un éditeur bilingue, d’origine égyptienne. Vous êtes nés au Caire en 1953.
Vous habitez actuellement Neuchâtel. Vous aimez œuvrer en faveur de la
rencontre des deux civilisations que
Absolument.
C’est tout à fait normal venant de quelqu’un qui a vécu une bonne partie de sa
vie à Alexandrie. Justement, j’avais voulu souligner le caractère
méditerranéen. Le caractère méditerranéen, c’est le contact, la recherche du
contact. C’est la chaleur humaine et l’amitié qui caractérisent les gens du
Sud. Avec le temps et avec mes débuts dans la poésie qui remontent à l’âge de
16 ans, bien sûr, j’ai commencé à écrire en arabe. Avec l’évolution du temps,
avec la création, ça fait bientôt vingt ans que j’écris en français.
D’après
mes voyages aussi, et c’est inutile de dire que
Je
suis un poète méditerranéen, pourquoi ? Parce que, ça ne me rajeunit pas,
mais cela fait quand même à peu près une quarantaine d’années que j’écris en
arabe. L’arabe qui est caractérisé par une richesse inouïe et une profondeur de
sens et des capacités extraordinaires d’expression. La poésie a bel et bien
existé avant l’Islam, avant même toutes les religions, puisqu’elle est
l’expression de l’inspiration, de la passion, de la frustration, de
l’énervement, de la colère humaine. Il y avait énormément de poètes qui
écrivaient et qui s’exprimaient, bien sûr, c’est eux-mêmes qui ont été à
l’origine de courant comme le courant sophiste, comme le flirt chaste et on
trouve aussi des poètes qui ont parlé de la femme, d’une façon un peu plus
ouverte et un peu plus crue que la période islamique pour une raison tout à
fait évidente. Quand l’Islam est venu, il a posé les bases d’une vie, d’une
société avec tout ce qui est permis et tout ce qui est interdit.
Vous aimez non seulement partager, je
dirais, en direct vos poésies avec un public, mais vous aimez aussi vous
entourer de comédiens ou de comédiennes pour dire vos poésies ?
Les
interprètes partagent avec moi mes vers, c’est-à-dire que moi je conçois
d’organiser un événement de scène, un événement poétique pendant 45 minutes,
pendant 50 minutes et me trouver seul sur scène, il me semble que c’est très
ennuyeux et c’est très égoïste. J’essaie toujours de me faire entourer par des
artistes qui ont beaucoup de talent et qui ont aussi beaucoup d’enthousiasme
pour les vers que j’écris et ça c’est la condition sine qua none pour qu’on
puisse travailler. Ma première question à la personne qui pourrait travailler
avec moi : « Voilà les textes, prends ton temps et dis-moi ce que tu
en penses ? » Je peux vous assurer que les artistes qui travaillent
avec moi, ils choisissent eux-mêmes les textes qu’ils souhaitent interpréter.
C’est une richesse en plus. C’est aussi l’esprit méditerranéen.
À qui confiez-vous la chorégraphie de
vos spectacles ?
C’est
curieux, parce que la chorégraphie est venue subitement dans mes récitals pour
la simple raison que je n’envisageais pas, dans le passé, intégrer une
chorégraphie et la chose est venue d’elle-même. J’ai rencontré une danseuse et
une chorégraphe talentueuse, Assiyâh, à Lausanne et
je lui ai tout simplement confié un extrait musical qui me convenait très bien
et qui, à mon sens, dans mon esprit, dans mon imagination, pourrait convenir à
une danse de cinq minutes. Vous pourriez être étonné, je n’ai pas assisté à des
répétitions ou à des essais. Elle est venue carrément la première fois qu’on a
présenté ça, l’année passée, sur le lieu de la scène et elle a dansé
directement. Je trouve ce contact spontané avec la musique et la relation. La
chorégraphie finalement, elle nuance le récital. Il y a des poèmes qui sont présentés
et il y a des extraits musicaux qui appuient le tissu dramatique du récital et
la chorégraphie vient centrer le récital, c’est-à-dire la chorégraphie est au
centre et aussi pour donner une autre idée, une autre dimension encore poétique
aux textes que les spectateurs ont écouté et annonce la suite de ce qu’ils vont
voir.
J’aurais
aimé aussi vous raconter une anecdote très rapide. Lors de mes apparitions
récentes en Suisse romande surtout, j’ai été personnellement flatté et heureux
que les organisateurs me demandent de dire mes poèmes arabes. Il y a quelques
années, je tentais de dire que j’écris en arabe et vu l’enthousiasme du public,
des gens qui m’ont fait confiance, je programme de plus en plus de textes
arabes et j’insiste aussi à le dire. L’auditoire ne comprendra pas grand’chose et les gens me répondent : « Non, au
contraire, nous, on voyage dans la sonorité interne de la langue arabe »,
ce qui me flatte beaucoup.
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod