BMX : À Saint-Aubin

 

 

Éric Lapraz

 

Ce club existe depuis 23 ans exactement. C’est un club qui a été fondé par une bande de passionnés qui ont découvert le BMX, ces petits vélos de folie. Il faut dire qu’il y a quelques années, les vélos n’étaient pas comme ils sont maintenant. C’était des vélos beaucoup plus simples, beaucoup plus lourds et qui n’étaient pas très maniables. Au fil des années, l’engouement a été tel pour ce sport qui nous vient des États-Unis, que le matériel a beaucoup, beaucoup évolué et maintenant on arrive à des vélos vraiment magnifiques ! J’ai un fils qui fait du vélo depuis 12 ans, du BMX depuis 12 ans. Maintenant, il est professionnel à part entière, disons de BMX en tant que pilote professionnel. Il a eu l’année passée, vraiment une saison fabuleuse. Il a fait, il avait commencé par être champion suisse, on s’y attendait un petit peu. Après, ce qui était un peu plus dur, il a été champion d’Europe, on était content, il pouvait le faire, mais il faut toujours le faire… Après la chose extraordinaire, quand on est allé aux Championnats du monde, il a été champion du monde dans la catégorie Juniors. Comme c’est un titre qui est reconnu officiellement par tous les organes UCI et UEC, c’est quand même un titre très important pour la carrière d’un pilote.

On a pu remarquer que cela a vraiment boosté tous les clubs que ce soit devenu une discipline olympique. Même avant les fameuses courses qui se sont déroulées en Chine aux Jeux olympiques, on a déjà remarqué qu’il y avait beaucoup de jeunes qui commençaient à s’intéresser de plus en plus à ce sport. On peut le voir dans notre club, nous avons plein de nouveaux membres qui ont commencé à pratiquer le BMX. De même que dans les autres clubs, c’est un engouement général, que ce soit en Suisse, en France, en Europe. C’était un très bel événement.

 

 

J’explique aux parents, surtout pour les petits, l’enfant doit jouer. Il est là pour s’amuser, pour jouer, pour se faire plaisir. Il ne faut pas qu’il y ait une pression des parents qui veulent absolument que leur enfant soit un champion. Cette approche est toute fausse. On a remarqué, certains parents qui voulaient qu’il soit fort tout de suite, qui voulaient faire plein de choses et ça ne fonctionne pas. Ça fonctionne un petit moment et après ça ne fonctionne plus. Il faut simplement coacher l’enfant. Il faut le guider, il faut le mettre dans la bonne direction, quand il y a des petits écarts, il faut essayer un petit peu de le resituer, mais il faut absolument que cela reste un jeu. Je vois même encore mon fils maintenant qui est professionnel, pour lui, c’est toujours un jeu, ça restera toujours un jeu… C’est fun, c’est un jeu. Il s’amuse avec les autres et même qu’il est un très grand athlète à temps complet, ça reste vraiment un jeu. Il faut que cela le reste !

 

 

Patrick Christen

 

Je m’appelle Christen Patrick, j’habite à La Vue-des-Alpes. J’ai 23 ans. Je pratique le BMX depuis neuf ans environ et j’entraîne au club de La Béroche-Saint-Aubin depuis trois ou quatre ans avec Marc Lapraz.

 

Vous avez au sein du club, un garçon qui est vraiment en train de réussir, en train de percer. Parlez-nous un petit peu de lui.

Yvan Lapraz, c’est juste. C’est un pilote du club. Malheureusement, on ne peut plus beaucoup le voir, étant donné que maintenant il est élite et qu’il arrive à gagner sa vie avec ce sport. C’est vrai qu’il est un peu dans tout le monde. Il fait des courses de par le monde. Chaque fois qu’il vient, c’est vrai que cela dynamise l’ambiance, parce que les jeunes sont du club d’où vient Yvan Lapraz et c’est un peu un symbole de réussite. C’est vrai que c’est quelqu’un de super sympa et cela fait plaisir de pouvoir le compter parmi nous.

 

Parlez-nous un petit peu de ce sport qui n’est quand même pas très. très connu, même s’il était olympique depuis cette année ? Est-ce que c’est un sport qui coûte cher pour des parents qui aimeraient lancer leurs enfants là-dedans ?

Je dirais que c’est un sport, on pourrait le comparer au motocross en fait de par le principe, mais c’est beaucoup moins cher. On peut s’en sortir, tout équipé, à moins de mille francs. On trouve du matériel facilement d’occasion si on se rend sur des courses régionales. Il y a beaucoup de pilotes qui vendent du matériel d’occasion et on peut s’équiper vraiment bien pour moins de mille francs, casque, vélo, genouillères, coudières, gants.

 

On voit qu’une course dure entre 40 et 50 secondes. Quelles sont les qualités qu’il faut avoir pour devenir un champion ?

Pour les tout petits, c’est vrai qu’il faut un petit peu de force et d’endurance, d’endurance très courte. La course fait environ 400-450 mètres. Pour les petits, c’est surtout de la coordination pour pouvoir gagner de la vitesse dans les bosses. Après, plus on grandit, plus la force joue un rôle et c’est surtout de la puissance, force et vitesse, coordination et dynamisme. Il faut vraiment être très dynamique.

 

L’entraînement, ce n’est pas de faire des centaines de kilomètres chaque semaine ?

Non, loin de là. C’est vrai que tous les entraînements se passent sur la piste. On fait pendant les entraînements des parties un peu plus physiques. On fait du renforcement musculaire et on travaille surtout la puissance. C’est ça qui est important, d’être très puissant et sortir de la grille rapidement.

 

Est-ce que c’est un sport où il y a du fair-play, parce que cela pourrait frotter pas mal ? Il y a des bosses, des virages. Comment ça se passe ?

Ce que je dirais, c’est vrai qu’on se touche beaucoup. On part à huit, il y en a quatre qui sont qualifiés, c’est vrai que ça frotte. On a beaucoup d’amis, mais une fois qu’on est sur la grille, on est tout seul. Ce qui se passe sur la piste, se passe sur la piste. Une fois qu’on est à l’arrivée, on se sert la main. Parfois, il y a de petites histoires, comme dans tous les sports, mais en général, c’est assez fair-play. C’est fair-play comme sport.

 

Il y a quand même des règles. On ne peut pas faire n’importe quoi ?

Tout à fait. Quand on sort de la grille, il y a des couloirs à respecter. On ne peut pas zigzaguer pour faire des queues de poisson. Ensuite, on n’a pas le droit de jouer des coudes. On a le droit de légèrement s’appuyer, mais même pas le droit de se pousser. C’est vraiment très fair-play. Dans un virage, on arrive à huit, on se touche un petit peu, mais ça doit s’arrêter au simple contact. On n’ose pas aller pousser la personne.

C’est un sport qui est ouvert à tous. On a des passeports-vacances, des jeunesses et sports qui sont venus ici et on voit des personnes qui font simplement du vélo et qui arrivent à la fin de la journée à faire le tour de la piste complet. C’est des sports où il y a de plus en plus de personnes élites de mon âge, jusqu’à 35 ans, qui roulent. Il y a même des personnes, mon père, il roule, il a bientôt 60 ans. C’est clair qu’ils ne font pas des sauts comme nous. C’est vraiment un sport qui est ouvert à tout le monde. Même s’il y a des chutes comme vous avez pu le voir, c’est loin d’être violent. On se râpe un petit peu, c’est sûr, mais on est protégé. Il y a rarement des bras cassés ou des choses… C’est quand même assez fluide comme sport. Ce n’est pas violent.

 

On peut se faire plaisir quasiment à tous âges ?

Tout à fait. Il n’y a vraiment pas d’âges. La seule chose qu’on demande quand un pilote vient essayer pour la première fois, c’est qu’il sache aller sur son vélo. Quand on voit les bosses, si on ne sait pas faire du vélo, ce n’est pas facile de faire le tour de la piste. On commence d’abord sur le plat. On a un enfant du club, il avait 4 ½ ans quand il a commencé. Il fait le tour de la piste… On y va par étapes, c’est sûr. Il ne fait pas au premier entraînement le tour de la piste. Mais aujourd’hui, il a fait sa première course. Il a cinq ans, c’est que c’est possible. À soixante ans, il y en a qui roule encore… C’est vraiment ouvert à tout le monde et une personne qui aime faire du sport sans plus, il peut très bien venir rouler, on n’est pas obligé de faire les courses. Il peut venir s’entraîner. C’est surtout très convivial et on est là pour se faire plaisir avant tout comme tous les sports. Il y a quand même pas mal de filles qui roulent. Aujourd’hui, on a vu qu’il y avait pas mal de filles. C’est clair que ce n’est pas 50 % de filles et 50 % de garçons. On a pas mal de filles qui font ce sport et contrairement à ce qu’on peut croire, c’est des filles tout ce qui a de plus normales…

 

Ce n’est pas des garçons manqués ?

Exactement. Je pense qu’il faut oublier cette image. On a vu justement aux Jeux olympiques, celle qui a gagné est Anne-Caroline Chausson, qui est une fille tout à fait normale, même si elle était dans le sport depuis longtemps. Aux Jeux olympiques, quand les filles roulent, tout le monde se tait, c’est impressionnant… C’est un niveau proche de celui des garçons.

 

 

Yvan Bula

 

Cette course, je la sentais déjà bien depuis un bon bout de temps. Je savais que je m’entraînais régulièrement et c’est surtout un bon feeling avec le vélo ! On m’a mis dedans depuis l’âge de 3 1/2 ans et je ne l’ai pas quitté. C’est l’amour propre du vélo. C’est une bonne ambiance niveau course, c’est cool. On sympathise avec toutes les personnes qui font du bicross que ce soit en Suisse, avec les Suisses allemands, les Européens. Avec l’anglais, on arrive à se « démerder », sinon c’est une bonne ambiance… C’est une énergie très forte et très intense. Cela représente un 110 m haies en sprint. C’est un grand effort, mais sur une petite durée. Des fois quotidiennement, on n’y arrive pas à cause du travail ou de l’école, à aller s’entraîner tous les jours. L’idéal est de s’entraîner tous les jours et même si les copains ou copines disent : « Il faut aller au pub, il faut aller boire des verres », il faut dire non et aller s’entraîner ! Il est préférable de ne pas fumer ni de boire en trop grandes quantités. Une bière pour un jeune de 16 ans, ça peut encore passer. Une bière ça va, deux non. Aller aux championnats du monde, aux Jeux olympiques, c’est un rêve pour tout le monde et y faire une bonne place. Sinon, les championnats du monde et arriver en finale.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod