Monsieur Nicolas Meyer :
Réalisateur
Aujourd’hui, il est presque impossible
de vivre sans la magie du film et de l’image. Derrière tout ce qu’on voit, il y
a le réalisateur. Nous avons invité aujourd’hui, un jeune Neuchâtelois, réalisateur
indépendant de films, il s’appelle Nicolas Meyer. Bonjour Nicolas.
Bonjour.
Comment devient-on réalisateur de
films ?
Je
ne sais pas si on devient réalisateur. Moi je crois plutôt qu’on l’est. On naît
peut-être réalisateur, en tout cas pour moi, cela a été une passion depuis que
je suis tout petit. La première fois que j’ai eu une caméra dans les mains,
c’était à l’âge de neuf ans.
Comment avez-vous eu une caméra depuis
petit ? C’est quelqu’un qui vous l’a donnée, c’est un cadeau d’anniversaire ?
Non,
c’est ma maman à la base qui s’est acheté une caméra pour filmer ses vacances.
Les films de vacances sont très vite devenus des films ou d’abord des fausses
émissions TV que je faisais avec mon cousin. Avec des amis, on s’amusait devant
une caméra à animer des choses. C’est des émissions qui duraient des heures,
des heures, que je n’ai même plus envie de revoir maintenant. C’est comme ça
que cela a commencé. Du coup, ma mère n’a plus pu filmer ses vacances, mais moi
j’ai commencé à filmer.
Vous étiez le plus derrière la caméra,
pas devant en fait ?
Au
début, c’était un peu les deux. Je crois que c’était la magie de l’image, de se
revoir sur une télévision, de savoir comment on est filmé, etc. C’est quelque
chose qui m’a très vite attiré. Par la suite, effectivement, c’est derrière la
caméra que je me suis senti le plus à l’aise.
Il faut faire une école ou c’est la
pratique, le terrain qui compte le plus dans ce métier ?
Moi,
je dirais que c’est la pratique qui compte. Je n’ai jamais vraiment cru aux
écoles. J’ai vu des gens qui ont fait des écoles qui sont revenus ici peut-être
désabusés aussi, qui recherchent du travail, parce qu’il n’y en a pas tant que
ça. Je pense que ce qu’il faut, c’est de la pratique, mais c’est un réseau. Des
gens qui nous font confiance, qui ont envie de travailler avec nous, avec moi
en l’occurrence. Moi, cela m’a beaucoup aidé. Du coup, une école je n’en ai pas
eu besoin, même si je suis entièrement conscient que j’ai encore beaucoup de
choses à apprendre. C’est encore une autre motivation dans ce métier.
Une formation, on en a toujours besoin,
je pense ?
Je
pense qu’il faut à un certain moment se remettre en question et dire
voilà : « Je suis là et j’ai envie d’apprendre ça », d’évoluer
dans le métier, c’est nécessaire surtout qu’avec les nouvelles technologies, on
est obligé de suivre le courant. Ce n’est pas forcément des choses qu’on
apprend dans une école, peut-être dans des cours ou des modules plus courts sur
six mois et ça j’y crois déjà un peu plus !
On apprend comment à filmer ? Il
faut quand même des personnes qui nous apprennent. Il faut avoir des maîtres,
il faut voler le métier, il y a des secrets du métier ?
Des
secrets, je ne sais pas. Je pense que tout le monde aujourd’hui peut prendre
une caméra et filmer. Certaines personnes le font mieux que d’autres, c’est
assez évident.
Il y a quand même des règles d’or ?
Il
y a des règles. On les apprend en regardant beaucoup de films, en filmant
beaucoup. En regardant qu’est-ce qui fonctionne, qu’est-ce qui ne fonctionne
pas ? Cela se définit au montage aussi. Je crois que la meilleure façon de
filmer, c’est de vouloir raconter une histoire. Juste de prendre une caméra et
de filmer tout et n’importe quoi, c’est entièrement faisable, mais cela ne
raconte rien. Je pense que ce qu’il y a de beau dans une image, c’est de
raconter une histoire qu’on a défini avant.
Vous avez dit que vous aviez déjà depuis
petit un réseau. C’est grâce au réseau que vous avez avancez, mais maintenant
aussi, vous avez un réseau ? Quel est ce réseau en fait ?
Actuellement,
j’ai la chance d’être intégré dans le réseau des théâtres neuchâtelois. Il y a
certaines compagnies de théâtres qui font appel à moi pour venir filmer leur
pièce, faire des vidéos de démo, des choses comme ça. C’est aussi des gens avec
qui, après, je n’hésite pas à travailler ou à collaborer si j’ai besoin de
comédiens dans un film. Je sais que je peux faire appel à ces gens-là et c’est
surtout ce réseau-là, actuellement, dans lequel j’évolue, c’est le théâtre,
c’est des pièces. C’est aussi très intéressant de venir regarder comment se
construit une pièce de théâtre, notamment au niveau de la mise en scène. Il y a
plein de choses que je reprends après pour réaliser moi-même mes propres films,
des petits trucs comme ça de comédiens qui sont intéressants à prendre.
Vous êtes un réalisateur de films de
courts-métrages et c’est votre profession, on peut le dire, même si à la base,
c’était une passion. Vous vivez quand même de ce que vous aimez faire ?
Moi,
je différencie deux choses. Il y a ma passion d’un point de vue professionnel
et ma passion d’un point de vue privé. Le privé pour moi, c’est les
courts-métrages, des choses où je m’amuse et où je ne gagne pas forcément
d’argent et j’en dépense plutôt. Je m’amuse pour moi et avec des copains pour
faire des courts-métrages, des histoires à raconter. Il y a le côté
professionnel de la chose où je gagne de l’argent en allant filmer des pièces
en faisant un peu de pub aussi de temps en temps. C’est les deux facettes du
métier dont j’ai besoin pour avancer.
Mais cela doit être difficile de… je ne
sais pas, je demande, est-ce que c’est difficile de vivre de ce métier
aujourd’hui ?
Ce
n’est pas difficile si on accepte de vivre avec des petits moyens et de se
passer de certains luxes matériels que d’autres peuvent avoir avec un salaire
régulier. Moi, je n’ai pas de salaire régulier effectivement, mais je m’amuse
beaucoup. Je crois que je ne changerai pas de métier, pour rien au monde.
Vous avez pourtant une autre passion.
Vous avez d’autres passions à côté qui vous aident ?
Effectivement,
j’ai notamment la musique qui est un moyen d’expression que j’aime beaucoup.
J’ai un groupe avec mon frère. On est six musiciens, le groupe s’appelle
« Half a Cup of Superkings » et on tient à jouer nos propres
compositions. Faire de la musique pour ne pas être créatif derrière, cela me
motiverait moins. Là, on fait vraiment nos compositions qu’on arrange
nous-mêmes, qu’on joue nous-mêmes et qu’on partage le plus possible avec le public.
Et cela vous aide dans votre métier
aussi ou ça n’a rien à voir ?
Ça
aide, parce que c’est aussi des histoires qu’on raconte. Ce n’est pas les mêmes
histoires, mais je pense que musique et cinéma, ça va très bien ensemble, ça se
complète, puisqu’il n’y a pas de films sans musique et une chanson peut être un
film aussi, c’est une histoire qu’on raconte. Il y a un texte, il y a une
intention musicale, il y a des émotions qui passent aussi. Pour moi, cela se
complète très bien. C’est assez évident que cela va ensemble.
Vous avez déjà un parcours qu’on
remarque. Je pense qu’il y a certaines choses que vous avez réalisées et il y a
aussi des projets. Est-ce que vous pouvez nous dire, parmi les réalisations
d’abord ?
Parmi
les réalisations dans les projets, il y a… Je fonctionne dans une association
qui s’appelle K-Lab Video, parce qu’il faut aujourd’hui une association pour
trouver des fonds, chercher un peu d’argent pour financer des projets. Là, on a
un projet en cours qu’on espère monter bientôt, on est en pleine recherche de
fonds et c’est assez difficile, ça prend beaucoup de temps. Mais cela concerne
les légendes romandes, les légendes de Suisse romande. On a envie de demander
aux gens de nous raconter des légendes qu’ils ont chez eux, avant tout les seniors
qui nous raconteraient ça face caméra. Dans un deuxième temps, aller sur les
lieux où a pris racine la légende pour l’illustrer avec des images tournées
cette fois-ci avec des comédiens, mais aussi toujours du lieu. Si on va tourner
un épisode dans le canton de Vaud, par exemple, ça sera des comédiens vaudois
qui joueront si possible en patois la légende qu’un senior vaudois nous aura
racontée. C’est une espèce d’envie de mettre en valeur une région, une culture
régionale.
D’engager aussi les gens qui travaillent
dans une région, je pense aux comédiens.
Oui
tout à fait. Vraiment mettre en valeur la région par son histoire, mais aussi
par son présent au niveau culturel et par ses habitants aussi. Je pense que
c’est très important que les habitants de la région puissent raconter les
légendes et aux comédiens de les porter après.
Vous avez réalisé des courts-métrages,
cela fait partie de vos réalisations. Il y en a d’autres ou est-ce que vous
pouvez nous en nommer quelques-uns ?
Il
y a quelques grands courts-métrages notamment en 2003 avec Maëlle Grand Bossi,
Goldy qui était le premier film pour lequel on a reçu des subventions et qui a
été diffusé un peu partout en Suisse. Par la suite, il y a eu d’autres choses
pour des concours notamment le Courge-Métrage à Neuchâtel qui fait enfin
revivre le monde du court-métrage à Neuchâtel. Sinon, il y a des projets que
j’ai avec des amis. On se retrouve pendant un week-end et l’on se dit :
« On tourne ça maintenant », on le monte et on le fait toujours du
mieux que l’on peut pour évoluer nous, au niveau de la réalisation, de la
caméra, du montage et aussi pour le montrer après, l’envoyer à gauche à droite
dans des petits festivals. Il y en a plein en fait.
Qu’est-ce que c’est le film pour
vous ? Comment peut-on définir le film, c’est assez complexe ?
C’est
assez complexe. Je vais essayer de rester simple. C’est vrai que pour moi le
cinéma comme l’art en général, c’est quelque chose comme un vecteur d’émotions.
C’est vrai que j’ai par exemple horreur des gens qui me disent :
« Oui, ce soir je vais voir une production hollywoodienne juste pour
oublier ma journée de travail. » Je trouve terrible de dire ça. Je trouve
triste, parce qu’oublier une journée de travail, on peut le faire, mais pas en
déconnectant son cerveau. Je pense qu’il faut oublier son travail peut-être,
mais aussi se remettre en question après en soi par rapport à ça.
Le film doit aider à réfléchir sur
soi-même.
Oui
et à découvrir des émotions et des sentiments qu’on a peut-être en soi et qu’on
a tendance à oublier, je pense de temps en temps. Justement quand on veut
déconnecter, parce qu’on a envie d’être diverti, je trouve assez dommage, parce
qu’on se met soi-même complètement de côté. Pour moi le cinéma, c’est ça, c’est
quelque chose où j’ai envie qu’on me transmette déjà des émotions, que le
réalisateur me fasse naviguer entre la tristesse, la joie ou peu importe le
film et que moi-même là-dedans, je retrouve mes propres émotions, mes propres
sentiments. C’est assez drôle, parce que finalement un film, je ne me souviens
pas forcément du réalisateur, de l’histoire, du titre. Mais souvent de
l’émotion qu’il a déclenchée chez moi.
Le cinéma doit avoir pourtant une
fonction divertissante. Comme vous l’avez dit, il y a des gens qui aiment bien
se relaxer, oublier une journée fatigante, mais en même temps, vous soulignez
qu’il y a ce rôle de vivre des émotions, de transmettre des émotions,
d’évoluer, d’avancer, d’aller un peu plus loin. Comment peut-on trouver un
juste équilibre entre ces deux fonctions ?
C’est
vrai que c’est un équilibre qui n’est pas forcément évident à trouver. Moi je
pense que le meilleur équilibre, c’est d’essayer de viser de faire des films
qui ne soient pas éphémères. C’est cette superficialité qui me dérange avant
tout dans certains films hollywoodiens et que finalement un film, à mon avis,
ne doit pas juste avoir cette fonction de divertir. Il peut être divertissant,
il peut être drôle, rire c’est divertissant, mais si on retient le fait que ça
soit drôle et si on retient des choses que cela a pu éveiller en soi à ce
moment-là avec un film drôle, donc divertissant, je pense que c’est un film qui
est réussi.
C’est grâce à quoi qu’un film dure plus
longtemps ou qu’il reste dans la mémoire, dans la culture des gens, grâce à l’esthétique,
au thème ou c’est tout un ensemble ?
Moi
je pense que l’esthétique, c’est quelque chose d’éphémère. Plus c’est sain,
plus ça reste. En général, je ne me laisse pas emporter par l’esthétique, même
si j’apprécie si c’est bien filmé. Je pense que c’est les thèmes, oui
effectivement qui font qu’un film soit durable, reste dans la mémoire des gens,
dans la culture aussi d’un pays. C’est finalement un film qui raconte les gens
tels qu’ils sont en ce moment, leurs problèmes, leurs joies, mais simplement le
fait qu’il raconte que ce soit des humains qui ont des sentiments et que ces
sentiments restent de toute façon, parce que dans cent ans, on saura toujours
ce que c’est d’être triste, joyeux et c’est ça qui reste en fait…
Pour qu’un film résiste, il faut
peut-être s’opposer à la mode ?
Oui.
Il faut passer au-dessus en tout cas. Il ne faut pas se crocher à ça. C’est
connu, les modes sont faites pour disparaître très vite et tout ce qui est
effets spéciaux, c’est à la mode et je pense que cela va aussi disparaître.
Vous avez des auteurs, des réalisateurs
préférés, des films ? Vous pouvez donner des exemples par rapport à ce
qu’on vient de dire, des films qui restent d’après vous ?
Des
réalisateurs qui restent surtout, moi j’adore Lars von Trier, réalisateur
danois. Lui l’esthétique, il la réinvente dans chaque film, mais d’une façon à
la purifier de plus en plus. Il va vraiment au plus simple et au plus efficace.
Par contre au niveau de l’histoire, il…
Je pense que c’est une esthétique, je
vous interromps, parce que cela me vient à l’esprit maintenant, c’est une
esthétique qui est au service du message et pas l’inverse ?
Oui, c’est exactement ça. Lars von Trier a souvent une
esthétique très brute, très brutale. Il va rechercher le premier degré de l’esthétique,
mais quand on regarde ses histoires, ça va entièrement avec ça. Ces histoires
sont assez brutales, ce n’est pas des histoires très joyeuses et en tout cas
pas très… qui voient l’avenir d’une façon assez sombre. Effectivement, cela va
ensemble. C’est vrai qu’il y a d’autres réalisateurs aussi comme Ken Loach,
surtout les Anglais, qui pour moi sont assez forts là-dedans. Ils ont un don,
c’est de regarder ce qui se passe autour d’eux et de raconter ça d’une façon
assez sincère et assez humaine une fois de plus. Je pense que cela, c’est
quelque chose qu’eux font très bien. C’est un peu les deux réalisateurs que
j’ai envie de citer.
C’est un peu
votre école, vos maîtres, on peut le dire comme ça ?
Si on veut bien, oui. Je ne les ai jamais rencontrés.
J’ai vu pas mal de leurs films.
Vous avez
dit avant qu’on apprend ça, qu’on apprend ce métier en regardant, en filmant
aussi ?
Oui.
Vous êtes en
pleine évolution. Je pense que vous avez aussi des messages ou des thèmes
favoris. Ce sont lesquels ?
Oui. Effectivement pour moi, mes thèmes favoris, c’est
les thèmes qui sont autour de moi. J’ai envie de parler de famille notamment.
C’est une chose qu’on nous impose. On grandit tous dans une famille, plus ou
moins. Une famille qui est imposée aux gens. On a tous forcément des conflits,
soit avec nos parents, soit avec nos frères et sœurs, etc. Par extension aussi,
des conflits ou des rapports amicaux qu’on peut avoir avec des amis.
Les
relations humaines.
La relation humaine en fait, je crois que c’est ça.
Peut-être par extension, on peut aller jusqu’à l’amour finalement.
Dans tout
ça, il y a l’amour.
Dans tout ça, il y a de l’amour, de l’amour fraternel,
l’amour amical. C’est vrai que le fait d’aimer…
L’amour
passionnel aussi.
Voilà. Oui effectivement. L’amour, je pense que c’est
un thème universel qui peut être traitable…
C’est un
thème ou c’est un déclencheur, une source ?
C’est une base. Je pense qu’on a tous connu un amour,
l’amour d’une façon ou l’autre. Après, il a différentes façons d’évoluer.
L’amour peut très bien se passer. Idéalement, cela fait une belle histoire et
l’amour peut aussi très mal se passer, déclencher d’autres choses et ne pas
fonctionner du tout. Là, ça déclenche autre chose. C’est vrai que l’amour, c’est
le fait de s’approcher de l’autre. C’est un très bon point de départ pour un
film et dans la vie aussi, je pense.
Avec le
film, on découpe la réalité, on la transforme, on surprend les choses qui
viennent de la réalité, pourtant cela reste une fiction. On se diverti, on
vient vers un film et on s’imprègne de vérité d’une réalité et on retombe dans
notre vie. On accepte de continuer dans le mensonge, par exemple.
Oui, c’est vrai qu’on accepte beaucoup de choses dans
la vie courante. Je dirais qu’on baigne là-dedans actuellement. Je pense que le
problème n’est pas forcément le cinéma, c’est plutôt, je dirais presque la
télévision. On a tendance à croire que tout ce qui se passe sur un écran, que
ce soit cinéma ou TV, c’est faux ou c’est une vérité qui ne nous touche pas et
qu’on a de la chance finalement de ne pas voir cette vérité-là. On se replonge
nous-mêmes dans notre petit train-train quotidien et on oublie finalement
qu’ailleurs, ce n’est peut-être pas comme ça. On a peut-être pas tous la même
chance sur cette terre et que justement le divertissement, en fait, c’est un
peu méchant, on se diverti avec les problèmes des autres. Je pense que la
télévision apporte beaucoup à ça, puisqu’il faut dramatiser l’information. Il
faut la rendre prenante et tout.
Choquante.
Choquante oui, pour émouvoir les gens et de
l’information. Ce n’est pas le but. L’information, le but c’est d’informer. Ce
n’est pas de prendre les gens par les sentiments et de leur dire :
« Regardez comme c’est terrible ce qui s’est passé. » Je pense que
c’est un peu pervers le système dans lequel on se trouve et peut-être
finalement que le cinéma n’est effectivement pas de la vérité. Mais c’est
peut-être la plus belle des vérités qu’on puisse regarder.
Et c’est
aussi le moyen de faire fuir les gens de leur propre réalité parfois en pensant
qu’ils se divertissent, en pensant qu’ils réfléchissent sur eux-mêmes ? En même
temps, on se sépare de nos problèmes, on fuit ses problèmes, on fuit une
certaine réalité pour aller dans une autre qui reste à la fin une fiction.
Oui, mais une fiction qui est partie d’une bonne
intention quand même, d’un réalisateur qui a envie de partager des choses. Pas
tous les films, on est d’accord.
Le cinéma
n’a pas un effet pervers sur les gens ?
Le cinéma est un condensé de réalités de toute façon,
pour le dire de façon pompeuse.
C’est
différent. L’information, l’image mouvante quand on parle d’informations tout
court à la télé, du cinéma, il y a quand même des différences.
Pour moi, il y a des différences oui, parce qu’on sait
que le cinéma, c’est une histoire. L’histoire peut être interprétée comme une
façon vraie ou comme une façon totalement divertissante. C’est un peu ce qui
m’intéresse le moins.
Pour ceux
qui regardent vos films, qui vont regarder vos créations, vous leur recommandez
de regarder comment les films, avec quel œil, avec quelle perspective ?
Dans quelle perspective ? C’est assez délicat,
parce que je ne me suis jamais vraiment mis dans le rôle du propre spectateur.
Effectivement, moi j’ai envie de raconter des choses, des histoires qui me
tiennent à cœur et qui, j’espère, tiendront à cœur de beaucoup de personnes
aussi. Je pense qu’il faut prendre ça comme un témoignage d’un état d’esprit
actuel, mais surtout pas comme une chose intellectuelle, et pas moralisateur en
tout cas.
Le film fait
rêver, quel est votre rêve personnel ?
Moi pour l’instant, je suis assez content de ma
situation actuelle. Je sens que cela vient aussi d’une évolution que j’ai
vécue. Mon envie par rapport à la vidéo et au cinéma, c’est de ne jamais
m’arrêter d’évoluer. Je pense que c’est extrêmement important, parce que le
jour où je serai catalogué comme réalisateur professionnel à Neuchâtel, en
Suisse, peu importe, je me dirai : « Voilà, j’ai atteint quelque
chose, je peux m’arrêter. Je n’ai plus rien à apprendre. » Je pense que ce
qui me motive, me pousse en avant, c’est le fait de vouloir apprendre, de
vouloir communiquer des choses.
Vous
préférez un travail plutôt seul ou dans une équipe, qu’est-ce qui vous plaît le
plus ?
C’est évidemment l’équipe, parce que quand on est sur
un tournage, il y a tellement de choses à faire et même pour l’écriture. Je
pense que c’est très intéressant de confronter ses idées à d’autres et de
construire quelque chose ensemble. Je pense que c’est assez essentiel.
À la fin,
quelles sortes de films recommandez-vous aux téléspectateurs de regarder ?
Moi, ce que je conseille aux gens, c’est d’être
curieux, c’est de faire preuve de curiosité par rapport à ce qui sort au
cinéma, par rapport à ce qui sort en DVD et de se dire : « Ce soir,
je ne vais pas regarder Batman, mais peut-être un petit film italien sur la
mafia, Gomorra, qui est sorti en ce moment et qui est un film qui est
surprenant tout simplement, parce qu’il est criant de vérité. C’est une autre
façon de voir les choses. Après cela peut plaire ou ne pas plaire, mais je
pense que la curiosité, c’est ce que je recommanderai aux gens.
Merci
beaucoup d’avoir participé et plein succès pour la suite.
Merci beaucoup.
Interview réalisée par Simona Radulica
Montserrat
Texte retranscrit par Françoise Berthod