Rencontre des vapeurs à Morat

 

 

Beat Schär

 

Nous avons une petite compagnie de navigation. On a un bateau à moteur et on s’est toujours intéressé aux bateaux à vapeur. On a loué en 2004 un bateau en provenance d’Allemagne, mais on n’a pas pu l’acheter. En 2004, on a eu l’idée d’organiser quelque chose comme ça, pour la promotion des petits bateaux à vapeur et aussi un peu pour Trivapor. J’étais aussi lié un peu avec Trivapor. On a organisé une telle rencontre en 2005 qui fut un succès grâce au beau temps. Tout à coup, l’association des vaporistes de Suisse a dit : « Nous, on fête nos 25 ans, est-ce que vous voulez participer ? » Ils nous ont demandé et on a dit : « On le fait encore une fois. » On s’est préparé et nous voilà maintenant avec ce beau temps. Il y a beaucoup plus de bateaux qui sont venus, je pense entre 28 et 30 qui sont venus, sans s’annoncer.

 

Beaucoup de bateaux depuis la France, depuis le lac Léman aussi ?

Oui. Il y a la « Vulcania » avec la « caliope », l’orgue à vapeur qui est fantastique. Il y a beaucoup de bateaux de la Suisse, environ 5 ou 6 de la France. Il y en a 2 ou 3 de l’Allemagne et même de l’Angleterre.

 

 

Jean-Luc Cluzeau

 

Le bateau tel qu’il est, pour le mettre en marche, il faut vérifier, mettre la chaudière en eau. Ensuite, allumer le feu. Moi, j’allume le feu avec du papier et du petit bois. Ensuite, on peut chauffer au bois ou au charbon. En principe, hier j’ai navigué, c’est la première fois que j’ai navigué qu’au bois, ce qui est plus écologique. Mais disons que le charbon a un avantage, c’est qu’il a un pouvoir calorifique qui est beaucoup plus grand, ce qui permet d’avoir un peu plus de puissance. Par contre l’inconvénient, c’est qu’on sort tout noir ! Ce qui est indispensable actuellement, c’est de se regrouper, trouver des gens qui connaissent, c’est-à-dire faire partie d’une association, d’un club. Moi, c’est mon cas. Les Anglais ont toujours été très amateurs. En Angleterre, il y a la SBA qui a, à peu près sept cents membres avec au moins trois cents bateaux. En France, tout notre patrimoine vapeur, on l’a fait disparaître. On l’a brûlé, il n’y a plus rien. Ce qu’il se passe d’ailleurs, M. Rapeau qui est ici, a créé un club en l’an 2000, où il a regroupé quelques fous comme moi qui s’intéressaient à la vapeur et on a décidé, disons, de remettre en route le patrimoine. Certains ont racheté des bateaux d’occasion en Angleterre. Moi par contre, j’ai retrouvé des plans d’époque anglais et j’ai reconstruit le bateau, un bateau qui naviguait dans les années 1900-1910. J’ai reconstruit ça à l’ancienne, ainsi que la machine. Un bateau à vapeur a une chaudière et une machine. Une chaudière qui fournit la vapeur et la machine qui amène le mouvement rotatif. Le moteur que j’ai, c’est un moteur qu’un Français avait d’époque. Il me l’a prêté. Je l’ai démonté. J’ai refait les pièces de fonderie à partir de ces éléments et j’ai réusiné toutes les autres parties. C’est un moteur qui n’existe pas dans le commerce, qui existait à l’époque. Il y en a qui ont des condenseurs, ce qui permet de naviguer en eau saline. Ici, on a la chance sur les lacs et en France dans le coin, d’être en eau douce, pas de problèmes. Mais dès l’instant que vous êtes en bord de mer, vous ne pouvez pas envoyer dans la machine de l’eau salée. Dans ce cas-là, il faut avoir une chaudière avec de l’eau normale et on condense la vapeur et on marche en circuit fermé.

 

 

Beat Schär

 

Comment vous expliquez cette passion pour le vapeur ? C’est assez incroyable.

Moi je pense que c’est la technique que l’on voit, comme ça bouge. Ce n’est pas un black-box, quand on ouvre le moteur d’une voiture moderne, on ne voit rien, on ne comprend rien, mais ici, on voit comment ça bouge. Cela intéresse les petites filles, les petits garçons et normalement, c’est clair, les grands garçons… Il y a aussi beaucoup de femmes.

 

Il y a beaucoup de grands garçons qui ont 60 ans.

Oui, oui ou plus. C’est vrai. C’est une fascination, parce que c’est vraiment des techniques « visibles ».

 

Il y a les bateaux à vapeur. Il y a aussi les carrousels à vapeur. Il y a des petits trains à vapeur.

L’association a pensé que si on pouvait encore ajouter pour les enfants des choses comme ça, elle démontre ainsi tout ce qu’ils ont. C’est un peu comme rajouté. Le principal, c’est le jubilé, les 25 ans de l’association et tous ceux qui veulent viennent avec des petits bateaux à vapeur.

 

Et vous personnellement, comment vous voyez le tourisme sur les trois lacs, est-ce qu’il y a vraiment un avenir, est-ce qu’il y a vraiment quelque chose d’important, d’intéressant à faire ?

Moi, je pense qu’il y a un avenir. Par exemple, avec notre petite société, on ne fait que du charter et on augmente chaque année. Je pense que les prestations sont sur un bon niveau et les prix sont en ordre. On a une chance, parce que la région des Trois-Lacs est tellement belle.

 

Dites-nous ce que vous offrez sur vos bateaux, des promenades, des banquets ?

Oui des promenades pour des privés, des associations, des compagnies. On a fait beaucoup de jubilés, des anniversaires, des mariages, etc. Mais seulement du charter. Je pense aussi que la LNM et le BLS, ils ont aussi commencé à faire comme ça. Le problème, c’est que les bateaux sont, d’après moi, trop grands en général.

 

Oui bien sûr, s’il faut louer tout un bateau pour une petite famille.

Cela ne va pas.

 

Vous, vous avez combien de places sur votre bateau ?

Le bateau à moteur a 60 places, mais certaines fois, il y a seulement 5 ou 6 personnes qui y vont, ce n’est pas trop grand, ça va. Pour le bateau à vapeur, le Sirius, il y a 15 places C’est spécial le bateau à vapeur, c’est tellement vieux…

 

Pour revenir à ces trois jours, qu’est-ce qui va se passer ? On peut faire des promenades en bateau, mais il y a encore autres choses ? Il y a aussi une course ou une compétition ?

La première chose c’est clair, c’est voir et sentir avec les yeux, avec le nez et ce qui se passe avec la technique des jolis bateaux et il y a la possibilité aussi de naviguer. On fait des courses pour les passagers. Il y a la possibilité avec le tracteur, le train à vapeur, avec le carrousel. On peut manger, boire. Il y a même une cuisine à vapeur, peut-être que vous avez vu, c’est unique en Suisse. Il y a aussi la compétition, mais ce n’est pas une vraie compétition. C’est pour présenter les bateaux. Ils doivent juger combien de temps ils ont pour une petite course et on va mesurer la différence qu’ils ont entre ce qu’ils ont jugé et cela donne directement le classement.

 

 

Yeti

 

Vous êtes là avec un train à vapeur, parlez-nous un petit peu de ce train magnifique.

Ce n’est pas un train, c’est un tracteur agricole. C’est un modèle réduit à l’échelle 1:3. L’original a été construit en 1909 et ce modèle est de 1995.

 

Et c’est vous qui l’entretenez depuis plusieurs années ?

Oui. C’est maintenant la sixième saison que je l’ai. Mais il faut dire qu’il a vraiment l’air d’être ancien ce tracteur, mais c’est que je fais beaucoup de kilomètres. Je fais pratiquement mille kilomètres par année. Je brûle deux tonnes et demies à trois tonnes et demies de charbon.

 

Pourquoi cette passion ?

J’avais toujours un petit peu du plaisir pour la vapeur, les bateaux à vapeur, les trains, les rouleaux compresseurs à vapeur. Mon grand souhait, c’était d’avoir une fois moi-même une machine. J’aurais bien voulu un original, mais cela dépasse mes moyens financiers.

 

Vous avez un surnom « Yeti » qui fait un peu rustre, un peu vieille bête comme ça ?

Ben oui.

 

Et pourtant, vous êtes finalement un homme moderne à l’avant-garde du progrès. Vous avez travaillé pour une télévision ?

Oui. J’ai travaillé pour Tele Top et plusieurs télévisions en Suisse et à l’étranger. Mais les huit dernières années, j’ai travaillé pour Tele Top, basée à Frauenfeld dans le canton de Thurgovie.

 

Quels étaient vos sujets préférés ?

Surtout ce que j’ai fait, c’était les faits divers, incendies, accidents, crimes. C’est ça que j’ai fait le plus. Il y a toutes les autres choses que j’ai faites. J’ai fait des prises dans le studio, de tout au fond.

 

Journaliste, cameraman, monteur ?

Oui.

 

Et maintenant, il y a des problèmes avec cette télévision en rapport avec votre âge ?

Oui. Ils m’ont flanqué dehors. La raison, je ne la connais même pas, vraiment la raison. Moi, je suppose qu’ils ont pensé que je suis trop âgé avec 60 berges pour travailler là. Cela ne va pas d’avoir 60 ans et de travailler pour une jeune télévision dynamique. Je pense que c’est ça.

 

Et alors votre opinion là-dessus ?

Je ne peux pas dire mon opinion, sinon il y a des juges qui vont me taper dessus ! C’est une blague… c’est une farce.

 

Mais sans forcément être très critique, cela se passe dans d’autres cantons aussi, c’est quand même des pertes de valeur que de mettre à la porte les plus anciens, non ?

Oui, mais moi je pense aussi que les jeunes sont meilleur marché, ils ont moins de salaires et aux jeunes, on peut encore les engueuler ! Moi, si on m’engueule, je dis : « Ta gueule, toi, qu’est-ce que tu veux faire ? ». Si j’ai fait une faute, ok, j’accepte d’être engueulé. Mais les jeunes sont contents de travailler dans ce métier.

 

Votre regard sur la télévision d’aujourd’hui et ces télévisions locales, qu’est-ce que vous en pensez où va-t-on d’après vous ?

C’est difficile à dire. Ce qui m’énerve à la télévision suisse, surtout à la télévision suisse alémanique, ils font beaucoup de répétitions. Il y a des émissions qu’on a déjà vues une année ou deux années avant. C’est ça qui m’énerve un petit peu et parfois, j’ai l’impression que ce n’est pas très professionnel. Je peux comparer, j’ai aussi travaillé pour des télévisions en Allemagne, mais là, j’ai toujours l’impression qu’il y a beaucoup plus de professionnalisme qu’en Suisse ! Vous connaissez peut-être MTV, la télévision de musique. Ils avancent l’image, ils la retournent, ils la mettent sur la tête… On ne peut pas faire comme ça avec la télévision.

 

Vous n’êtes pas de cette école-là ?

Ah non. Quand je veux regarder un film ou la télévision, je ne veux pas avoir mal à la tête ensuite. Je veux regarder ça. À la fin quand, il y a ces images qui bougent tellement, cela donne mal à la tête. Ce n’est pas ça le but d’une émission de télévision…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod