Charlotte Gabris :
Humoriste
Charlotte Gabris
bonjour et bienvenue en Suisse.
Bonjour
et merci beaucoup, c’est gentil. Je ne connaissais pas du tout avant.
Vous êtes partie dans l’humour, un peu
comme on rentre en religion ou bien ?
Ben
non, parce que rentrer en religion, c’est un peu triste. Non je suis partie
dans l’humour, parce que je faisais du théâtre avant et que j’avais envie
d’être seule sur scène et d’écrire mes trucs. Voilà, je suis partie dans
l’humour…
C’est vraiment ça votre première motivation.
Vous aviez de la peine à travailler avec un groupe de comédiens ?
Non,
mais c’est vrai que je n’aime pas trop les gens en général et du coup, je
préférais être solitaire. En fait, pas du tout. Non, j’aime bien travailler
avec d’autres personnes, mais c’est vrai qu’il y a un côté assez indépendant
quand on fait du « one man », écrire ses trucs, on n’est pas être dépendant
d’une pièce ou de quelque chose. On peut se produire tout seul.
C’est venu comme ça aussi d’un jour à
l’autre, l’envie de faire rire ou vous étiez déjà comme ça quand vous aviez
cinq ou six ans ?
Non,
j’ai toujours aimé faire rire les gens, mais vous savez c’est une sorte de
protection pour se faire accepter… Vraiment, c’est important le rire. C’est bon
pour la santé. On sauve des gens grâce au rire dans les hôpitaux. On ne peut
pas sauver tout le monde non plus, ça serait trop facile !
C’est vraiment vrai quand on dit,
concernant les clowns, mais ça revient au même que : « Les clowns
sont vraiment des gens tristes. »
Non,
je ne pense pas. Je trouve triste de dire que : le rire est la politesse
du désespoir, peut- être pour certains, ce n’est pas forcément pour cacher une
tristesse. Non, je ne pense pas.
Chez vous, c’est un vrai besoin de faire
rire les autres ?
Oui,
oui, c’est un besoin, même dans la vie… Après, ce n’est pas constant. Je ne
suis pas tout le temps en train de faire rire tout le monde. Je ne suis pas
tout le temps en train de me mettre en avant. Mais j’aime bien le faire sur
scène, oui.
Quel genre d’humour, vous avez
choisi ?
Plus
un humour un peu décalé, et cynique de temps en temps.
C’est-à-dire ?
J’aime
bien les situations décalées. Je ne sais pas comment définir, des fois ça tend
dans l’humour noir et il y a un côté décalé entre mes expressions et mon texte,
je pense.
Donc, ce sont des histoires quotidiennes
que vous transformez ?
C’est
des observations de la vie quotidienne. Après, il y a quelques personnages
aussi, parce que je ne voulais pas faire que du « stand up » et
après, il y a aussi des observations, des phénomènes de mode, de ce qu’il se
fait aujourd’hui.
D’où vient l’inspiration ?
Par
l’observation beaucoup en observant les gens dans la vie quotidienne.
Les scènes quotidiennes de la vie ?
Oui.
Il y a énormément d’humoristes en
Suisse, en France, en Belgique, au Canada, difficile de faire sa place ?
Oui,
je pense que c’est assez difficile. Mais je pense que c’est un peu comme dans
tout finalement. C’est un métier pas comme les autres. Mais je ne sais pas,
quelqu’un qui veut faire du droit, on ne va pas lui dire : « Attends,
il y a plein d’avocats, fais pas ça ! » Si c’est la bonne direction,
on trouve forcément sa place.
Sans rentrer dans votre vie privée, mais
quand on dit à ses parents qu’on a envie de faire comédien, qu’est-ce qui se
passe ?
Ils
demandent ce que l’on veut vraiment faire dans la vie, parce qu’ils n’ont pas
compris que c’était le vrai choix. Enfin moi, en ce qui me concerne, ils sont…
au début, ils étaient un peu surpris et finalement, ils m’encouragent à ça.
Ils ne vous ont pas dit que ce n’était
pas un métier ?
Ah
si, au début oui. Après forcément quand on voit que c’est une chose sérieuse,
ils respectent et ils comprennent.
Vous êtes née à Lausanne. C’est une
obligation de partir en France pour essayer de réussir ?
Dans
l’humour, oui, je pense. Après, pas forcément en France, mais c’est vrai
qu’ici, il n’y a pas beaucoup de café-théâtre, de scènes ouvertes. C’est assez
compliqué. Même pour jouer dans les gros festivals, il faut faire ses preuves
ailleurs. Oui, je pense que c’est important de partir.
Et pour une femme, l’humour c’est
forcément différent. Vous êtes obligatoirement dans d’autres créneaux que les
garçons ou pas ?
Non.
Je pense que ce n’est pas forcément d’autres créneaux, mais c’est vrai qu’il y
a moins de filles. D’un côté, c’est peut-être plus facile de faire sa place en
étant une fille, je ne sais pas… Mais c’est vrai, c’est bizarre. Il n’y a pas
beaucoup de filles, finalement. Mais je pense qu’après, la matière, elle peut
être exploitée autant par une fille que par un garçon.
On peut expliquer pourquoi moins de
filles font dans l’humour ?
Je
ne sais pas, peut-être que c’est encore un peu macho. Je n’en sais rien !
Les femmes n’ont pas d’humour !
C’est
vrai que des fois cela peut paraître un peu paradoxal de dire que des femmes
vont faire rire. C’est comme si on disait que les hommes vont réfléchir… C’est
vrai que cela peut paraître bizarre, mais je pense que c’est tout à fait
possible. Je pense que les femmes peuvent être drôles, malgré elles. Elles sont
drôles, je pense.
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod