M. Florian Thévoz : Les chiens de traîneau

 

 

Quelle est votre passion, quel est votre sport ?

C’est une passion qui est née avant tout du sport, d’avoir un animal et de pouvoir partager un peu des événements sportifs, on va dire. À la base, c’était simplement pour aller courir en forêt, etc. J’ai commencé avec un Malamute et ensuite un deuxième. Et puis, étant initié avec des collègues qui faisaient du traîneau, je me suis orienté vers une autre race de chiens, du Groenland, l’Esquimau du Groenland, qui était plus approprié en montagne, à mon avis, pour faire le genre de randonnée que je voulais faire comme travail. Je me suis orienté vers cette race. J’ai cherché pendant quelques années des élevages qui étaient intéressants pour moi et qui correspondent à ce que je recherchais. Ainsi de suite… Maintenant, on a réussi à avoir entre guillemets un « cheptel » de chiens intéressant au niveau de la génétique. Ils vont pouvoir faire une portée l’année prochaine. Notre idéal serait d’avoir six chiens compétitifs qui peuvent travailler.

 

Il y a la passion, mais il y a aussi la compétition. Vous avez quelques titres déjà à votre actif ?

Tout à fait. L’année passée, on est allé en Slovaquie. J’ai fait un titre de vice-champion d’Europe en sprint, mi-distance à deux chiens avec deux Groenlandais. Puis deux semaines après, on était en Allemagne, où là, j’ai pu faire un titre de champion d’Europe de mi-distance. C’est des courses qui sont pour le sprint court, trois jours de suite et pour la mi-distance, ce sont des courses de 25 km à peu près avec du dénivelé en montagne sur trois jours aussi.

 

Quand on voit ces chiens, ils sont quand même impressionnants, parce qu’on n’en voit pas beaucoup. On aurait peut-être tendance à dire : « Ont-ils mauvaise réputation, sont-ils des chiens dangereux finalement ? »

Dangereux, on va dire, envers leur congénère, c’est possible. Ils peuvent avoir un peu d’agressivité envers les chiens d’autres races ou même des Nordiques. Par contre, envers l’humain, ils ne doivent absolument pas être dangereux, puisque c’est des chiens qui travaillent depuis toujours avec les hommes. C’est des chiens qui subissent des tests. On doit voir leur comportement, voir s’ils sont aptes à être dans un milieu où il y a de l’humain, etc. Si, ils ne représentent aucune agressivité. C’est vraiment une condition « sine qua non » pour détenir ces chiens. Par contre, c’est vrai que c’est des chiens qui vivent en meute et ils ont un besoin de pouvoir vivre en meute. Ils ont aussi besoin de pouvoir créer une espèce de hiérarchie entre eux. Donc, il y a certaines fois des rivalités, des tensions qu’ils doivent pouvoir gérer.

 

Mais l’être humain au milieu d’une meute, finalement il ne risque rien.

Non. La preuve derrière vous !

 

On voit des enfants qui les caressent. Ce n’est pas forcément des chiens qui connaissent les enfants ou bien ?

Voilà. Ils ont l’habitude d’être depuis toujours, depuis des centaines et des centaines d’années au milieu de familles d’humains, d’enfants, etc. Ils sont à part entière, pour la plupart, intégrés dans des familles. Ils ne doivent pas avoir d’agressivité envers l’homme, c’est clair. Il n’empêche qu’il faut toujours avoir les règles de base envers les animaux. On ne s’avance pas vers un chien comme ça directement. On demande d’abord à son maître si on peut aller le caresser, etc. et éventuellement être accompagné.

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait se lancer dans la course comme ça ?

Je lui conseillerais d’abord de prendre pas mal de renseignements au niveau d’Internet, des élevages, de ce qu’il se fait. Ensuite, de côtoyer des gens qui ont déjà ce genre de chiens, de voir quelle race correspond plus à leurs activités, à ce qu’ils aimeraient faire avec des chiens de traîneau, des chiens nordiques. Et ensuite de fréquenter des élevages qui sont de pure race. De trouver un contact adéquat avec l’éleveur. Je pense que pour la suite, pour la progression du sport et son évolution personnelle, c’est important de garder un bon contact avec un éleveur, de ne pas aller comme on le dit, chez des marchands de chiens. À partir de là, il faut céder un peu au coup de cœur, avec qui on s’entend bien, est-ce qu’il a des chiens qui correspondent à ce que l’on veut ? Est-ce qu’ils sont beaux, est-ce qu’ils ont un gabarit au niveau physique qui vous intéresse ? Et ensuite de fréquenter un maximum de manifestations de ce genre-là pour connaître un peu le matériel, la manière de pratiquer et de s’initier un peu avec des amis, comme je pense, tout le monde le fait. Il n’y a pas d’écoles en Suisse spécifiques pour ce genre d’activités. C’est un peu en simple amateur qu’il faut se découvrir…

 

Si on habite en plein centre d’une ville, ce n’est pas recommandé quand même ?

Non, ce n’est pas recommandé. Par contre, il y a beaucoup de gens qui pensent qu’il faut X kilomètres de promenade par jour pour ces chiens. Je pense personnellement que ce n’est pas forcément le cas, mais par contre, c’est des chiens qui ont besoin d’activités, qui ont besoin d’être en meute. Ils doivent pouvoir, soit vivre avec un congénère, soit pouvoir avoir beaucoup de balades et être accompagné quasiment en permanence avec un humain. Il faut leur créer ce milieu-là. Par contre, un chien qui est accompagné d’un autre chien dans un petit appartement, s’il a des promenades régulières, etc. s’il est sorti, s’il a un milieu qui lui convient, il sera beaucoup plus à l’aise. Un chien, seul qui a un parc de 1000 mètres carrés, sera un chien ennuyé. Par contre, c’est tout à fait possible d’avoir des chiens en appartement. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est possible de les avoir à condition qu’ils aient vraiment la possibilité de se défouler, de faire du sport, etc.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod