Soirée du Costume Neuchâtelois à Cernier

 

 

Monica Péter

 

Comment se porte la chanson neuchâteloise ?

Je dirais bien. On aimerait bien avoir un peu plus de monde pour augmenter l’effectif qui est en train de diminuer depuis des années.

 

Qu’est-ce qui retient les gens, de devoir porter le costume ?

C’est l’une des premières, je pense quand même. Il y en a qui trouve le costume trop ringard peut-être, plus adapté à nos jours. Il y a aussi trop d’activités qui sont proposées aux jeunes maintenant. Il y a des jeunes qui ne se sentent peut-être pas tout à fait à l’aise dans notre groupe avec un costume, leurs copains qui se moquent d’eux après. Qui sait ?

 

C’est des chansons de la région, des chansons du folklore suisse romand, neuchâtelois ou plus loin encore ?

Il y a de tout, de partout en Suisse. Ce sont des chansons en français, mais il nous arrive de prendre aussi des chants un peu plus populaires, aussi d’autres langues suivant les régions où l’on se produit après. En allemand, cela peut être en italien, en anglais, c’est arrivé aussi, même en Suisse.

 

Et vous avez également un groupe de danse ?

Oui. On a trois groupes de danse, au Locle, à La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel. Eux sont, à mon avis, un peu plus actifs que les chanteurs pour l’instant, mais cela peut changer. J’espère…

 

En 2008 à Herisau, une fête nationale de la danse, qu’est-ce qu’on peut en dire ?

C’était génial. Si cela pouvait avoir lieu un peu plus que tous les quatre ans, ça serait encore mieux. C’est une expérience à vivre pour chaque danseur de toute façon, de pouvoir danser, cela peut être un Tessinois, un des Grisons, un de Suisse centrale, on sait tous la même danse. Quand vous allez chanter, vous ne savez pas forcément la langue, tandis que les danses, il y a une chorégraphie. Elle est dansée dans toute la Suisse de la même manière.

 

Vous vous déplacez aussi dans la Suisse romande et en Suisse alémanique ?

Oui, tout à fait.

 

La Fête fédérale, c’est toutes les années ou… ?

Non. Elle a eu lieu en 1998 à Berne et la prochaine aura lieu en 2010 et cette fois à Schwyz.

 

Et dans les cortèges, est-ce que vous êtes souvent invités ?

Très souvent, oui. On en a fait pas mal en 2001. C’était un peu la préparation pour l’expo nationale à ce moment-là. On a été à Neuchâtel, Boudry, Saignelégier. On a fait vraiment plein de cortèges. Évidemment la fête d’Unspunnen qui a eu lieu en 2006. C’était aussi impressionnant. Cela a été repoussé d’une année en raison des inondations d’Interlaken. C’est une fête qu’il faut vivre. C’est tous les douze ans, malheureusement. C’est trop peu…

 

Même ici près de chez vous, autour de chez nous, dans les homes pour personnes âgées, c’est intéressant. Vous y allez volontiers.

Ah oui. Ce n’est pas un devoir, ça. De faire plaisir à ces gens-là âgés, qui n’ont plus l’occasion de voyager autant, ils ont un plaisir fou de nous accueillir. On fait trois ou quatre visites par année facilement.

 

Il suffit que les homes vous contactent et vous y allez volontiers.

Tout à fait. Il n’y a pas de problèmes, oui.

 

 

Marlyse Lehmann

 

Quand on regarde comme ça un groupe qui danse, on a l’impression que tout est facile, alors qu’en réalité, il y a beaucoup de travail ?

C’est vrai qu’il y a quand même pas mal de travail. Il faut savoir qu’il y a une base de pas, pas mal de pas différents dans le folklore suisse. C’est des pas qui sont, soit tirés suisses, soit qu’on a tiré de l’étranger depuis fort longtemps, la marche, la valse, la polka, la mazurka, le pas de Bourgogne. Enfin, il y a un tas de pas qu’il faut apprendre pour avoir une bonne base. Quand on a cette base, on peut ensuite la chorégraphier, c’est-à-dire faire les déplacements du corps soi-même ou en couple et ensuite sur un cercle.

 

On ne peut pas improviser la danse. Chaque metteur en scène ou chorégraphe doit se tenir à des règles écrites ou bien ?

Ce n’est pas vraiment des règles, mais on a effectivement un livre de terminologie où l’on a répertorié les pas existants, les enchaînements les plus utilisés, les manières de se tenir pour qu’on ait tous la même terminologie. C’est vrai que chaque chorégraphe peut quand même imaginer dans sa tête, une figure un petit peu différente et essayer de l’introduire dans une danse. Il n’y a aucune interdiction à ce niveau-là.

 

Mais on dit, c’est une particularité, si des groupes tessinois ou romanches se rencontrent, il y a certaines danses, ils peuvent les faire instantanément ensemble ?

Tout à fait. On a des danses, vu que l’on se retrouve beaucoup en Suisse entre nous pour danser, il y a des danses qui sont des hits, que pratiquement tous les groupes vont savoir danser. Quand on se retrouve, c’est des grandes fêtes. Tout le monde danse et il y a des danses qui sont très régionales. Cela veut dire qu’il y a des danses qui sont créées par un chorégraphe, par exemple Charles-Éric Jaquet, qui était là tout à l’heure, qui a écrit certaines danses que nous faisons dans le canton de Neuchâtel, qui ne sont pas forcément dansées ailleurs en Suisse, mais qui pourrait l’être une fois à l’occasion. Pourquoi pas ? Si on a l’occasion de leur enseigner, on a des cours en Suisse qui se donnent au minimum une fois par année, un cours suisse. Toutes les régions de Suisse sont invitées pour apprendre les danses de chaque région. On se retrouve très souvent.

 

On sait comment cela s’est transmis de génération en génération. C’était un peu le bouche à oreille au début ?

Alors tout à fait. C’est vrai qu’au départ, on avait nos arrière arrière-grands-parents qui dansaient sur la place du village au son de l’orchestre, des amis qui venaient de la maison d’à côté, ou l’hiver devant l’âtre, on se retrouvait entre amis, et on dansait. Petit à petit, ils ont mis des pas un peu plus semblables en se disant : « C’est sympa, on va danser la même chose » et quelqu’un a dit un jour : « Il faut qu’on écrive, autant musical que danse, parce qu’il faut que cela reste. » Depuis là, on a réussi à avoir des danses qui nous viennent, on ne connaît même pas les auteurs, on a des danses qu’on dit traditionnelles maintenant, mais on ne sait pas qui réellement les a écrites, qu’on pratique toujours. On a des nouveaux chorégraphes qui maintenant gentiment mettent des nouvelles chorégraphies avec des petits plus pour un petit peu suivre le mouvement. On n’est pas rétrograde. On a envie d’aller de l’avant aussi… même qu’on a des traditions à respecter !

 

Ils se créent toujours des nouvelles pièces ?

Toujours et de plus en plus. Les gens ont envie d’apporter quelque chose et de transmettre quelque chose dans l’idée, chaque sensibilité de chorégraphe a envie de faire passer quelque chose dans sa danse, il y a un tas de choses qui peuvent venir qui sont très sympas.

 

À quel âge peut-on commencer la danse ?

C’est vrai qu’actuellement, on a peu de tout-petits, mais à partir de trois ou quatre ans, il y en a qui se mettent sur le cercle comme les rondes enfantines à l’école. On commence comme cela avec les tout-petits. Petit à petit, le degré évolue et la difficulté évolue.

 

Que pourriez-vous dire à des jeunes, à des adolescents qui aimeraient danser ? Quels arguments pourriez-vous leur donner ?

En général, on est quand même des gens assez ouverts. Il ne faut pas croire parce que c’est de la musique que nos grands-parents écoutaient déjà que c’est ringard. Je crois qu’il faut être ouvert d’esprit. Nous, on écoute aussi de la musique actuelle. Moi, je vais dans ma voiture, j’ai des CD de toutes sortes. Il faut être assez ouvert et peut-être une fois, oser venir se mettre sur le cercle et voir ce que c’est. On a en général de très bonnes ambiances au niveau des groupes de danse. On voyage, on va à l’étranger. On a pas mal d’ouvertures. Je crois qu’il faut aussi oser, simplement.

 

La danse populaire, ce n’est pas rétro, ce n’est pas vieillot ?

Ah non. Si quelqu’un dit ça, je ne suis pas d’accord, parce qu’effectivement à l’heure actuelle, comme je le disais tout à l’heure, on a des chorégraphes qui vont de l’avant, qui créent des figures plus modernes avec des positions plus modernes, pas seulement une prise où on se tient comme quand on danse dans un bal. Je crois que cela permet d’ouvrir l’esprit et nos danseurs aiment ça aussi. Oui, on va de l’avant…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrits par Françoise Berthod