Fête médiévale d’Estavayer-le-Lac
« Frère Jean-Guillaume »
Frère Jean-Guillaume bonjour et bon
dimanche.
Bonjour.
Soyez les bienvenus en tout cas dans cette paroisse. La paroisse
d’« Estavayel-le-Lac » chez Humbert. Humbert le Bâtard dit le bâtard.
Soyez les bienvenus. Alléluia.
Parlez-nous de lui et de ce château.
De
lui, de lui.
Oui.
Ah
de lui. Humbert, 1432. Nous sommes en 1432, vous le savez bien. Ce cher Humbert
reçoit
« Humbert de Savoie »
Humbert
de Savoie est rentré de croisades il y a quelques années. Il faut savoir que
c’est un peu un parent pauvre de
Parlez-nous alors peut-être de votre
voisin.
C’est
le Père Jean-François, représentant de l’Eglise catholique. C’est un moine
dominicain qui officie à ses heures comme inquisiteur. Il faut savoir que l’inquisition
au Moyen Âge vient de Suisse. C’est en Suisse. C’est notre patrimoine à nous et
on trouve intéressant, bien que ce ne soit pas une période hyper glorieuse pour
nous, de pouvoir le présenter aux gens, leur expliquer qu’effectivement l’église
catholique perdait un peu la main et a créé l’inquisition pour reprendre un
tout petit peu son monopole. Son monopole moral et aussi financier. Là, on a
des scènes. On a le tribunal sur bancs, où on juge des gens pour éréthisme et
sorcellerie. Ce sont des sentences qui ont été appliquées. L’une a été
appliquée à Lausanne en 1480 et les autres, ce sont des sentences qu’on a un peu
adaptées pour la circonstance pour qu’elles soient comprises du public et un
peu didactique et pédagogique, que ce ne soit pas trop lourd non plus. Parce
qu’annoncer à quelqu’un qu’il va être brûlé. Il faut l’amener au public de
manière la plus gentille possible en leur montrant comment une hache, ce n’est
pas seulement des musiciens… Il y a beaucoup de clichés. On essaye de les
casser un tout petit peu pour montrer ce que pouvait être la vraie vie du Moyen
Âge. On n’a pas la science exacte, mais on essaye de s’y rapprocher le plus
près possible.
« Frère Jean-Guillaume »
Humbert,
c’est un illustre inconnu ici à Estavayer-le-Lac en 1432. C’est juste un
seigneur de plus, tout simplement.
Et qui est le maître des lieux,
alors ?
C’est
Humbert justement. Le Duché de Savoie est le maître des lieux. Mais maintenant
depuis aujourd’hui en fin de compte, c’est Humbert qui va s’occuper de la
régence de cette seigneurie, du château et… des seigneuries adjacentes à
Estavayer-le-Lac. Pour nous, c’est très bien pour l’église. C’est très bien
d’avoir un seigneur comme ceci. Je pense qu’on va pouvoir restaurer l’abbatiale
d’Estavayer-le-Lac. Cela va se faire, je vous le prédis.
C’est important pour l’église d’avoir un
seigneur fort ?
C’est
très important. Plus, il est fort, plus, il exploite son peuple, plus nous
avons de bons chrétiens qui travaillent pour l’église.
Le bon peuple d’Estavayer, à cette
époque, est soumis ?
Le
bon peuple d’Estavayer est soumis, mais ce sont des bons travailleurs. Par
contre, il est soumis de toute façon aux taxes. C’est une chose qu’ils
apprécient beaucoup, même encore aujourd’hui, d’ailleurs. Même à votre époque à
vous, d’ailleurs. On apprécie toujours beaucoup les taxes. On n’a pas vraiment
le choix. Il faut payer ses taxes !
Louis Mertenat
Parlez-nous de l’artisan cirier à cette
époque ou à notre époque ?
L’artisan
cirier, c’est vraiment plus vieux. C’est plus vieux, qu’avant 2 000 ou 3 000 ans avant J.-C. Exactement, on ne le sait pas. Mais
l’artisan cirier, c’était que de la cire d’abeille qui est un produit pour les
nobles et pour les églises. Il faut savoir que la cire d’abeille est un produit
noble. Pour un kilo de cire, les abeilles doivent manger dix kilos de miel et
un kilo de pollen, d’où la cherté du produit. Au Moyen Âge, c’était aussi cher
que les épices. La cire d’abeille a toujours été un produit de luxe. Encore
maintenant, c’est quelque chose de cher. Il y a plusieurs teintes de cire.
C’est d’après les abeilles quand elles ont fait la cire. Si elles font de la
cire quand elles ont du miel de colza, ça sera une cire très jaune et si on
prend l’autre extrême, le miel de sapin qui est un miel très noir, la cire sera
plus foncée, d’où les différentes teintes, couleurs.
Vous avez encore d’autres
produits ?
Bien
sûr, la cire d’abeille ce n’était pas que pour les bougies. Ils faisaient des
flambeaux, des cierges de Notre-Dame. C’est fait avec une plante, le bouillon
blanc. C’était la plante par excellence au Moyen Âge. Ils prenaient les fleurs
pour faire du sirop pour les bronches. Ils prenaient de la hampe pour faire des
flambeaux, cela s’appelait des cierges royaux ou des cierges de Notre-Dame.
C’était pour éclairer les campements ou pour veiller les morts. Autrement, les
ciriers n’avaient toujours pas de papier, alors ils faisaient des tablettes de
cire comme ceci, qu’ils teignaient en vert, noir ou exceptionnellement en rouge,
c’est pour l’agrément de la vue, parce que sur le jaune, on n’arrive pas bien à
lire. C’est comme si le maître à l’école écrit avec une craie noire ! Mais
ça, c’est plus vieux que le Moyen Âge. Ils en ont retrouvé déjà dans les
tombeaux égyptiens. C’est vraiment très, très vieux. Pour écrire là-dessus, ils
avaient des stylets, cela pouvait être un os, un bout de bois, un clou
quelconque, ce qu’il fallait c’est qu’il y ait une pointe et un plat. Et avec
la pointe, ils écrivaient et quand ils voulaient effacer, ils prenaient le plat,
vu que la cire est malléable, on arrive à reboucher en enlevant quasi rien.
Voilà ce que l’on peut faire avec la cire d’abeille. En plus, ils faisaient
aussi la cire caustique pour graisser les meubles. Ils faisaient pour les
instruments, les musiciens, ils avaient toujours un bout de cire quand il y
avait des petits trous pour reboucher leurs instruments de musique. On faisait
aussi des savons. Le cirier faisait aussi des savons, parce qu’il y a de la
cire d’abeille dedans. Voilà à peu près tout ce que l’on peut faire avec de la
cire d’abeille.
« Frère Jean-Guillaume »
Pour ces jours-ci, vous avez dû faire
une mise en scène un petit peu particulière. On n’est pas sur une scène de
théâtre.
Tout
à fait par rapport en tout cas au travail que je fais durant la semaine, c’est
vrai que ça change, puisque c’est une mise en scène, un plateau vivant. La vie
quotidienne est représentée, tout simplement. Oui, c’est très différent.
Vous avez fait une mise en scène très
précise, très pointue ou vous laissez quand même les acteurs, comment
dirais-je, faire un peu à leur guise ?
Il
n’y a aucune mise en scène très pointue. C’est un contexte qui est posé. C’est
un décor en fin de compte qui est réfléchi, qui est mis. Mais en fin de compte,
tous les acteurs sont là, que ce soient les artisans, les artistes, les
musiciens, ils ont tout à amener en fin de compte sur la scène, eux. Par
contre, le contexte est posé. C’est déjà un gros travail, en fait.
« Capitaine de l’armée »
Moi,
je suis capitaine de ces mercenaires qui sont en train de se rebeller, parce
qu’ils n’ont pas eu leur solde. C’est difficile de les solder, quand on n’a pas
d’argent !
Quelles solutions tu as, alors ?
J’ai
très peu de solutions malheureusement. On va essayer de trouver de l’argent
quelque part dans les caisses pour arriver à leur donner au moins une solde
pour cette semaine… Mais, ils ont quand même été très bien nourris. On leur a
fourni des femmes, mais ils n’en ont jamais assez ! Si on leur donne la
solde, ils vont aussitôt aller la jouer, soit aux dés à la taverne… Il vaut
mieux leur donner un bon repas, qu’ils aient le ventre bien plein. Ils ne sont
jamais contents…
« Frère Jean-Guillaume »
Ce qui est particulier, c’est que là,
vous avez à faire à des acteurs qui connaissent peut-être aussi bien que vous,
voire mieux, cette époque ?
Certainement
mieux que moi, mais c’est ça justement qui est riche. Ils travaillent à l’année
par passion sur le domaine du Moyen Âge et chacun en fin de compte a dans la
précision, des tas de choses à raconter au public. C’est vrai que là, on est à
côté de la vannerie, de la poterie. Je ne suis pas potier, ni vannier. Ils
connaissent bien leur travail, que ce soit même dans la reconstitution des
armements militaires et autres. C’est vraiment de la précision et eux
connaissent parfaitement ce domaine-là. Moi, c’est sûr que je suis juste là
pour servir, que tout se passe et que cela fasse une cohésion entre tout le
monde.
Vous avez dû jouer un rôle, vous jouez
un rôle, c’est aussi un peu particulier ? Vous êtes à la fois metteur en
scène et en même temps acteur.
Oui,
parce que je suis passionné, j’ai envie en fin de compte de m’amuser aussi. Je
suis là, cela me permet en fin de compte de voir l’animation en direct, voire
mieux, d’une certaine manière, de diriger les troupes, puisque je m’amuse avec
eux. Du coup, c’est un petit peu le concept du metteur en scène au Moyen Âge.
Il faut savoir que les pièces à l’époque du Moyen Âge n’étaient pas mises en
scène en avance. En fin de compte, c’était sur le plateau et le metteur en
scène était lui-même acteur et en fin de compte dirigeait cette improvisation
et certaines farces étaient faites de cette manière-là. L’idée est née par
Adrien Genier, qui est le directeur de l’Office du tourisme, qui a créé
l’Association « Estavayer la médiévale », de créer en fin de compte, demettre
en valeur ces pierres qui sont là, ce patrimoine extraordinaire d’Estavayer-le-Lac
par une activité artisanale, artistique et un moment de vie quotidienne à
l’époque du XVe siècle. Les personnes qui sont autour de ça, il y a
un comité de six personnes qui m’ont laissé la chance de pouvoir mettre en
scène toute cette aventure… ure… ure.
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod