Fête médiévale d’Estavayer-le-Lac

 

 

« Frère Jean-Guillaume »

 

Frère Jean-Guillaume bonjour et bon dimanche.

Bonjour. Soyez les bienvenus en tout cas dans cette paroisse. La paroisse d’« Estavayel-le-Lac » chez Humbert. Humbert le Bâtard dit le bâtard. Soyez les bienvenus. Alléluia.

 

Parlez-nous de lui et de ce château.

De lui, de lui.

 

Oui.

Ah de lui. Humbert, 1432. Nous sommes en 1432, vous le savez bien. Ce cher Humbert reçoit la Seigneurie de Chenaux par le duc de Savoie. Ce cher Humbert fête la Saint François, qui est aujourd’hui, d’ailleurs au nom de l’église, une fête fabuleuse. On fête les moissons là-bas, la fin, on mange le cochon et en même temps, on fête l’arrivée d’Humbert à Estavayel-le-Lac. C’est exactement ça.

 

 

« Humbert de Savoie »

 

Humbert de Savoie est rentré de croisades il y a quelques années. Il faut savoir que c’est un peu un parent pauvre de la Savoie. Il n’est pas extrêmement bien vu de ses confrères et en fait, il est maintenant en position à Estavayer. On le met en position à Estavayer. C’est une position un peu difficile pour lui, parce que les gens d’Estavayer ont un peu de la peine à l’accepter et il est obligé de venir avec une garnison savoyarde et cela crée un peu des conflits. Il faut savoir qu’il crée un rempart plutôt contre la ville d’Estavayer que contre l’extérieur. Il a plus peur des gens d’Estavayer, mais c’est quand même quelqu’un d’assez cool en fait. Dans l’histoire, Humbert le Bâtard, c’est un homme qui ne se promène pas armé. Tout le monde a une dague avec lui, tout le monde est un minimum armé pour sa propre survie. Par contre, Humbert le Bâtard se promène souvent avec ses chiens, seul. Il mange avec son peuple. Il mange avec sa garnison. Il accueille des gens chez lui. C’est quelqu’un, ce n’est pas le noble qu’on peut imaginer au Moyen Âge, qui dénigre les gens, où les gens se roulent par terre dans la boue. Lui, ce n’est pas du tout comme ça. Estavayer, c’est une ville où il fait assez bon vivre.

 

Parlez-nous alors peut-être de votre voisin.

C’est le Père Jean-François, représentant de l’Eglise catholique. C’est un moine dominicain qui officie à ses heures comme inquisiteur. Il faut savoir que l’inquisition au Moyen Âge vient de Suisse. C’est en Suisse. C’est notre patrimoine à nous et on trouve intéressant, bien que ce ne soit pas une période hyper glorieuse pour nous, de pouvoir le présenter aux gens, leur expliquer qu’effectivement l’église catholique perdait un peu la main et a créé l’inquisition pour reprendre un tout petit peu son monopole. Son monopole moral et aussi financier. Là, on a des scènes. On a le tribunal sur bancs, où on juge des gens pour éréthisme et sorcellerie. Ce sont des sentences qui ont été appliquées. L’une a été appliquée à Lausanne en 1480 et les autres, ce sont des sentences qu’on a un peu adaptées pour la circonstance pour qu’elles soient comprises du public et un peu didactique et pédagogique, que ce ne soit pas trop lourd non plus. Parce qu’annoncer à quelqu’un qu’il va être brûlé. Il faut l’amener au public de manière la plus gentille possible en leur montrant comment une hache, ce n’est pas seulement des musiciens… Il y a beaucoup de clichés. On essaye de les casser un tout petit peu pour montrer ce que pouvait être la vraie vie du Moyen Âge. On n’a pas la science exacte, mais on essaye de s’y rapprocher le plus près possible.

 

 

« Frère Jean-Guillaume »

 

Humbert, c’est un illustre inconnu ici à Estavayer-le-Lac en 1432. C’est juste un seigneur de plus, tout simplement.

 

Et qui est le maître des lieux, alors ?

C’est Humbert justement. Le Duché de Savoie est le maître des lieux. Mais maintenant depuis aujourd’hui en fin de compte, c’est Humbert qui va s’occuper de la régence de cette seigneurie, du château et… des seigneuries adjacentes à Estavayer-le-Lac. Pour nous, c’est très bien pour l’église. C’est très bien d’avoir un seigneur comme ceci. Je pense qu’on va pouvoir restaurer l’abbatiale d’Estavayer-le-Lac. Cela va se faire, je vous le prédis.

 

C’est important pour l’église d’avoir un seigneur fort ?

C’est très important. Plus, il est fort, plus, il exploite son peuple, plus nous avons de bons chrétiens qui travaillent pour l’église.

 

Le bon peuple d’Estavayer, à cette époque, est soumis ?

Le bon peuple d’Estavayer est soumis, mais ce sont des bons travailleurs. Par contre, il est soumis de toute façon aux taxes. C’est une chose qu’ils apprécient beaucoup, même encore aujourd’hui, d’ailleurs. Même à votre époque à vous, d’ailleurs. On apprécie toujours beaucoup les taxes. On n’a pas vraiment le choix. Il faut payer ses taxes !

 

 

Louis Mertenat

 

Parlez-nous de l’artisan cirier à cette époque ou à notre époque ?

L’artisan cirier, c’est vraiment plus vieux. C’est plus vieux, qu’avant 2 000 ou 3 000 ans avant J.-C. Exactement, on ne le sait pas. Mais l’artisan cirier, c’était que de la cire d’abeille qui est un produit pour les nobles et pour les églises. Il faut savoir que la cire d’abeille est un produit noble. Pour un kilo de cire, les abeilles doivent manger dix kilos de miel et un kilo de pollen, d’où la cherté du produit. Au Moyen Âge, c’était aussi cher que les épices. La cire d’abeille a toujours été un produit de luxe. Encore maintenant, c’est quelque chose de cher. Il y a plusieurs teintes de cire. C’est d’après les abeilles quand elles ont fait la cire. Si elles font de la cire quand elles ont du miel de colza, ça sera une cire très jaune et si on prend l’autre extrême, le miel de sapin qui est un miel très noir, la cire sera plus foncée, d’où les différentes teintes, couleurs.

 

Vous avez encore d’autres produits ?

Bien sûr, la cire d’abeille ce n’était pas que pour les bougies. Ils faisaient des flambeaux, des cierges de Notre-Dame. C’est fait avec une plante, le bouillon blanc. C’était la plante par excellence au Moyen Âge. Ils prenaient les fleurs pour faire du sirop pour les bronches. Ils prenaient de la hampe pour faire des flambeaux, cela s’appelait des cierges royaux ou des cierges de Notre-Dame. C’était pour éclairer les campements ou pour veiller les morts. Autrement, les ciriers n’avaient toujours pas de papier, alors ils faisaient des tablettes de cire comme ceci, qu’ils teignaient en vert, noir ou exceptionnellement en rouge, c’est pour l’agrément de la vue, parce que sur le jaune, on n’arrive pas bien à lire. C’est comme si le maître à l’école écrit avec une craie noire ! Mais ça, c’est plus vieux que le Moyen Âge. Ils en ont retrouvé déjà dans les tombeaux égyptiens. C’est vraiment très, très vieux. Pour écrire là-dessus, ils avaient des stylets, cela pouvait être un os, un bout de bois, un clou quelconque, ce qu’il fallait c’est qu’il y ait une pointe et un plat. Et avec la pointe, ils écrivaient et quand ils voulaient effacer, ils prenaient le plat, vu que la cire est malléable, on arrive à reboucher en enlevant quasi rien. Voilà ce que l’on peut faire avec la cire d’abeille. En plus, ils faisaient aussi la cire caustique pour graisser les meubles. Ils faisaient pour les instruments, les musiciens, ils avaient toujours un bout de cire quand il y avait des petits trous pour reboucher leurs instruments de musique. On faisait aussi des savons. Le cirier faisait aussi des savons, parce qu’il y a de la cire d’abeille dedans. Voilà à peu près tout ce que l’on peut faire avec de la cire d’abeille.

 

 

« Frère Jean-Guillaume »

 

Pour ces jours-ci, vous avez dû faire une mise en scène un petit peu particulière. On n’est pas sur une scène de théâtre.

Tout à fait par rapport en tout cas au travail que je fais durant la semaine, c’est vrai que ça change, puisque c’est une mise en scène, un plateau vivant. La vie quotidienne est représentée, tout simplement. Oui, c’est très différent.

 

Vous avez fait une mise en scène très précise, très pointue ou vous laissez quand même les acteurs, comment dirais-je, faire un peu à leur guise ?

Il n’y a aucune mise en scène très pointue. C’est un contexte qui est posé. C’est un décor en fin de compte qui est réfléchi, qui est mis. Mais en fin de compte, tous les acteurs sont là, que ce soient les artisans, les artistes, les musiciens, ils ont tout à amener en fin de compte sur la scène, eux. Par contre, le contexte est posé. C’est déjà un gros travail, en fait.

 

 

« Capitaine de l’armée »

 

Moi, je suis capitaine de ces mercenaires qui sont en train de se rebeller, parce qu’ils n’ont pas eu leur solde. C’est difficile de les solder, quand on n’a pas d’argent !

 

Quelles solutions tu as, alors ?

J’ai très peu de solutions malheureusement. On va essayer de trouver de l’argent quelque part dans les caisses pour arriver à leur donner au moins une solde pour cette semaine… Mais, ils ont quand même été très bien nourris. On leur a fourni des femmes, mais ils n’en ont jamais assez ! Si on leur donne la solde, ils vont aussitôt aller la jouer, soit aux dés à la taverne… Il vaut mieux leur donner un bon repas, qu’ils aient le ventre bien plein. Ils ne sont jamais contents…

 

 

« Frère Jean-Guillaume »

 

Ce qui est particulier, c’est que là, vous avez à faire à des acteurs qui connaissent peut-être aussi bien que vous, voire mieux, cette époque ?

Certainement mieux que moi, mais c’est ça justement qui est riche. Ils travaillent à l’année par passion sur le domaine du Moyen Âge et chacun en fin de compte a dans la précision, des tas de choses à raconter au public. C’est vrai que là, on est à côté de la vannerie, de la poterie. Je ne suis pas potier, ni vannier. Ils connaissent bien leur travail, que ce soit même dans la reconstitution des armements militaires et autres. C’est vraiment de la précision et eux connaissent parfaitement ce domaine-là. Moi, c’est sûr que je suis juste là pour servir, que tout se passe et que cela fasse une cohésion entre tout le monde.

 

Vous avez dû jouer un rôle, vous jouez un rôle, c’est aussi un peu particulier ? Vous êtes à la fois metteur en scène et en même temps acteur.

Oui, parce que je suis passionné, j’ai envie en fin de compte de m’amuser aussi. Je suis là, cela me permet en fin de compte de voir l’animation en direct, voire mieux, d’une certaine manière, de diriger les troupes, puisque je m’amuse avec eux. Du coup, c’est un petit peu le concept du metteur en scène au Moyen Âge. Il faut savoir que les pièces à l’époque du Moyen Âge n’étaient pas mises en scène en avance. En fin de compte, c’était sur le plateau et le metteur en scène était lui-même acteur et en fin de compte dirigeait cette improvisation et certaines farces étaient faites de cette manière-là. L’idée est née par Adrien Genier, qui est le directeur de l’Office du tourisme, qui a créé l’Association « Estavayer la médiévale », de créer en fin de compte, demettre en valeur ces pierres qui sont là, ce patrimoine extraordinaire d’Estavayer-le-Lac par une activité artisanale, artistique et un moment de vie quotidienne à l’époque du XVe siècle. Les personnes qui sont autour de ça, il y a un comité de six personnes qui m’ont laissé la chance de pouvoir mettre en scène toute cette aventure… ure… ure.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod