Peep-show dans les Alpes : Les Baladins

 

 

Germain Simonet

 

Depuis quand finalement jouez-vous dans la troupe des Baladins ?

Depuis l’origine. On a créé cette troupe en 1999. On va donc fêter nos dix ans. On s’est réuni un peu avant pour décider si on monte une troupe au village ? On a donc décidé de créer cette société et on a joué notre première pièce à La Rouvraie, parce qu’on n’avait pas encore La Grange ici. On a fait même deux spectacles à La Rouvraie. On s’est mis à construire, quand la commune nous a donné le droit de jouissance en fait dans cette ancienne grange. Tout nettoyer, tout sortir, tout ranger et après de construire cet espace théâtral. On a créé cette scène. On a créé la régie ici en haut. On a installé la salle en mettant une chape. C’était des planches qui permettaient d’alimenter le bétail qui était en dessous. Il a fallu tout couvrir et tout refaire, les WC, les sanitaires, etc. des loges aussi pour nous. Des locaux de matériel qu’on a pu installer. Depuis 2002, on mange nous dans cet espace.

 

 

Marianne Fornachon

 

Parlez-nous un petit peu de cette pièce dans laquelle vous jouez le rôle de la mère.

En fait, c’est une pièce d’une famille de paysans de montagne qui se joue en huis-clos. On est dans notre chalet de montagne et on est confronté à la vie difficile des paysans de montagne qui n’arrive plus à s’en sortir. Et comme dans l’environnement de notre fils, il côtoie les fils des autres paysans plus haut et il a appris que le voisin, il profitait justement des cars de touristes qui arrivaient dans la région, parce qu’on habite une très belle région qui est tout près du Cervin, n’est-ce pas ? « Ces touristes, on va en faire quelque chose » a pensé le Mühlentaler qui habite plus loin. Il a eu l’idée de faire quelque chose, de se mettre en scène. Le fils discute avec mon mari et lui dit : « On pourrait faire ça. » Je ne suis pas tellement chaude au début, parce que je n’aime pas qu’on vienne regarder dans mon intérieur, dans mon intimité. Pour finir, on se laisse tout de même faire, on se met en scène. On essaye de jouer la comédie, ce qui n’est pas facile. De fil en aiguille, on fait des saynètes. Une première saynète, ensuite on essaye de se mettre en scène nous-mêmes et on se rend bien compte que le dialogue est un peu pauvre. Après cinq mots, on n’a plus rien à se dire. Et après, on se dit : « On va quand même trouver quelque chose, une pièce qu’on a jouée une fois » et on met cette pièce en scène. Alors ça va déjà mieux et finalement cela finit aussi un petit peu dans la pagaille, à force de la jouer. Pour finir, on finit vraiment avec l’histoire d’Heidi et Clara et là, on se déguise carrément. Là, on est carrément ridicule. Mais enfin, on va jusqu’au bout de ça et après quand on a fait le tour de tout ça, finalement, le ménage survit tout juste. On est en crise. Les gamins veulent quand même partir, parce qu’ils se rendent bien compte que ce n’est pas leur avenir et nous, on se rend aussi compte que ce n’est pas une vie pour nous. On est quand même mieux dans notre paysannerie, qu’on va quand même continuer, mais sans que ce soit plus rentable, parce que ce qu’on a mis en route, ça va nous rapporter des sous. Ce sera des requérants d’asile qui vont tenir notre rôle après. Voilà comment la situation évolue. C’est dramatique, mais voilà… On revient finalement après avoir tout vécu ça, à la case départ, mais on fera de la paysannerie sans qu’on ait besoin de gagner notre vie avec. Et le couple a tenu contre vents et marées…

 

 

Julien Locher

 

Je suis le fils Holzer, Hans junior et j’ai fini mon apprentissage et je m’ennuie un peu dans les Alpes. Je ne sais pas ce que je fais ici. Il aimerait bien avoir de l’argent pour s’acheter sa moto, descendre dans la vallée pour pouvoir vivre sa vie.

 

Mais en réalité, vous êtes vous-même un citadin ou bien ?

Oui, oui. En réalité, je suis un citadin plutôt.

 

Comment on rentre dans ce rôle-là ?

Il faut laisser ce personnage entrer en nous-mêmes et essayer de voir ce qu’il peut ressentir dans ces moments-là.

 

Vous avez l’impression qu’il y a une grande différence finalement entre le jeune homme citadin et le jeune homme qui vit dans la montagne ?

Quand il est jeune, oui. Il connaît la ville tout de même, vu qu’il y vit pour son apprentissage. Il sait déjà ce que c’est. Il aimerait vraiment y vivre dans la ville. Cette campagne ne lui plaît pas !

 

 

Audrey Ramsbacher

 

Moi, je suis la fille Holzer. Je suis une adolescente. Je veux m’égarer, m’éloigner un peu de la famille et de la vie qu’on a. Je m’ennuie tout le temps et à la fin, je veux partir de la maison, donc je pars.

 

On est à quelques heures de la Première, comment s’est passé les répétitions ? Quel genre de relations on a avec le metteur en scène ?

Avec le metteur en scène, moi je dirais, que c’est de l’amitié maintenant, ça fait un moment qu’on le connaît. On s’entend tous bien, c’est une bonne ambiance. À quelques heures de la Première, il y a le stress. Les répétitions vont tout le temps en s’améliorant, ça va. On est assez confiant cette fois, je crois.

 

Dans quelles mesures c’est important le metteur en scène, vous savez votre rôle ? Dans quelles mesures, il corrige ce que vous faites ?

Dans les déplacements, parce qu’il y a souvent des déplacements qui sont faux. Des fois, on est dos au public ou caché par quelque chose. Dès fois, l’intonation, le ton qu’on donne est mauvais. Il nous rectifie et nous explique comment on doit le donner, en fait.

 

 

Pierre Vonwyl

 

Dans la pièce, vous ne parlez pas beaucoup, je crois ?

Rien.

 

Pas un mot ?

Zéro. Non, pas un mot. J’aurais dû le faire, mais maintenant on a mis la voix off, alors je ne parle plus rien.

 

Par contre, vous devez faire un gros travail de maquillage ?

Oui.

 

C’est la première fois que vous faites une pièce de cette façon-là ?

Avec un tel maquillage, oui. Autrement, j’ai déjà joué plusieurs fois, oui. Mais sans maquillage ou très peu de maquillage. Ça, c’est vraiment une première pour moi.

 

Ce n’est pas la première fois que vous jouez. A 48 heures de la Première, ça fait une drôle d’impression ?

Oui, ça commence à travailler dans le ventre, carrément oui… C’est inévitable, surtout pour moi. Je le sens, oui. Aujourd’hui, cela va encore.

 

Et pourtant, vous continuez de faire du théâtre ?

Oui. C’est ça que j’aime faire. Je trouve que cela fait partie du jeu pour finir.

 

 

Ueli Locher

 

On vous a vu faire une répétition. Aujourd’hui, vous êtes à quelques heures de la Première, comment on se sent ?

Écoutez, comme avant une Première, légèrement le trac, mais on est prêt. On est prêt. Au bout de la langue, on est prêt.

 

Comment se passe le choix des acteurs quand vous avez décidé de faire telles ou telles pièces ?

Cela dépend toujours, la troupe a environ 50 membres et tout le monde ne veut pas jouer. Il y en a qui chante. Et on change aussi d’une année à l’autre. Là, il fallait deux jeunes, deux parents qui peuvent avoir ces jeunes autour de 16-20 ans et un grand-père de 90 ans. Alors, le choix est déjà limité avec les personnages qui sont donnés par la pièce.

 

 

Germain Simonet

 

Vous, cela fait dix ans que vous faites du théâtre ?

Cela fait dix ans. On a deux types de pièces chaque année. On fait un théâtre classique en automne comme la prochaine qu’on va jouer. Et on a la chance d’avoir des auteurs et compositeurs de pièces musicales et on alterne. Au printemps, on fait des pièces musicales et en automne, des pièces de théâtre conventionnelles. Les pièces de théâtre musicales ont l’avantage d’avoir beaucoup de monde sur scène, d’amener beaucoup de nos membres sur scène en tant que chanteurs, figurants ou acteurs et même dans les grands rôles. En général pour les pièces théâtrales, c’est clair qu’on est en comité plus restreint, car on a rarement des pièces qui permettent d’avoir dix, quinze acteurs sur scène. Par contre, on a l’avantage d’avoir une énorme scène et de ce fait, d’avoir des spectacles qui sont relativement grandioses. C’est toujours un plaisir de chanter quand on ne sait pas chanter, par exemple, comme cela a été mon cas au départ. Je n’ai jamais voulu être trop impliqué dans les chanteurs, parce que je ne savais pas chanter. J’avais le sentiment de ne pas savoir chanter, mais on avait quand même un programme de travail de voix, de pose de voix, apprendre à chanter correctement, aller dans les aigus quand on a une voix basse et c’était très bien. C’était un plaisir.

 

 

Pierre Vonwyl

 

Qu’est-ce qui est excitant, de rentrer dans un autre personnage ?

Oui. C’est de savoir où l’on a ses limites, ses possibilités. Ce qui est très important, je me réjouis énormément d’évoluer dans une équipe, voir qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, où on peut aller, jusqu’à quel but ? Le but que l’on s’est donné, c’est très intéressant cette évolution sur plusieurs mois.

 

L’aspect psychologique et finalement les relations entre les comédiens vous intéressent beaucoup ?

Ça va. Moi je suis moi, voilà.

 

En plus du plaisir de jouer du théâtre, un rôle, un rôle de composition quand même, est-ce que sur le plan personnel comme ça, ce genre de choses vous amène autre chose que simplement le plaisir d’avoir joué une pièce ?

Oui. C’est sympa aussi d’avoir le contact avec les autres comédiens et aussi toute l’ambiance qu’il y a autour. Bien sûr, c’est sympa de pouvoir jouer ce rôle et pouvoir se lâcher un peu…

 

Est-ce qu’on peut vraiment se lâcher où les metteurs en scène sont finalement très dirigistes ?

On peut se lâcher jusqu’à un certain niveau. Si cela ne plaît pas, il faut que ça change, que ce soit quand même en rapport avec le personnage et pas trop libre.

 

Une fois que vous avez la pièce, les acteurs, le scénario, la mise en scène. Quelle est la marge de liberté que vous avez ?

La marge de liberté, c’est-à-dire qu’il y a toujours une liberté qui dépend, je pense, de l’acteur… Un autre qui jouera le même rôle, je ne ferai peut-être pas la même chose avec lui. J’essaye de prendre aussi ce qui vient de chaque personne en soi. On tire ce qu’on a en nous-mêmes quelque part. Cela peut changer d’une personne à l’autre. Par contre, ce qui est de la pièce, ce que le texte veut dire, ce que la pièce veut dire, là je ne peux pas changer grand’chose. On peut faire des adaptations comme on l’entend, c’est clair. Mais là, beaucoup de choses sont données, c’est-à-dire qu’on est dans une histoire de téléréalité, des paysans qui font quelque chose qu’ils n’aiment pas faire en fait. Ils font ça par nécessité. C’est du théâtre dans le théâtre, ce qui veut dire pour les acteurs, il faut jouer mal quelque part, mais quand même bien pour que ça passe en tant que spectacle. Et après, quand ils retombent dans la famille, c’est une pièce de théâtre traditionnelle. Si vous voulez, le jeu, quand on est observé justement, ils doivent jouer quelque chose, mais ils jouent mal…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod