Monsieur Jacques Sandoz :
Producteur
Aujourd’hui, nous recevons dans notre
studio, Jacques Sandoz, bonjour Jacques.
Bonjour.
J’aimerais tout d’abord dire que ça me fait plaisir d’être invité sur une
petite télé régionale qui s’occupe de la culture, parce que c’est une chose qui
n’est pas ordinaire et c’est très plaisant.
Tu as eu un parcours peu habituel pour
quelqu’un qui est de Neuchâtel. Tu t’es consacré au cinéma. Est-ce que tu
pourrais nous raconter tes débuts ici à Neuchâtel ?
Effectivement,
je suis resté ici à Neuchâtel jusqu’après le bac et en fait, j’avais cette
passion du cinéma. Dans les années 50 et 60 déjà, puisqu’on a commencé à faire
des films, lorsque j’avais 12 ou 13 ans à l’école secondaire. On faisait des
films en
Ce n’est pas mal de prendre une telle
décision. Ici à Neuchâtel, tu as fait partie de la nouvelle génération dans les
années 70 ?
Effectivement
beaucoup de monde veut faire du cinéma. À mon époque, il y en avait moins,
c’est déjà un peu plus facile. Lorsque j’ai fini le bac, mon père a voulu…
faire une école de cinéma à l’époque, ce n’était pas possible, il y en avait
une à Londres, une à Rome, une à Paris, ça coûtait beaucoup trop d’argent. Mon
père a décidé : « Tu dois apprendre un métier. » J’ai fait l’École
de photographies de Vevey. En sortant de Vevey, j’ai fait un premier court
métrage qui s’appelle «It’s my life » qui a tout
de suite eu du succès. Il est sorti à Soleure qui était le début du festival de
Soleure, festival de cinéma suisse. Il a obtenu une prime de qualité de
Suite à ce succès, je crois que tu es
parti aux États-Unis ?
Non,
ce qui m’a amené aux États-Unis, ce n’est pas direct après. Cela a été l’évolution
de toutes ces années 60 où on a passé d’une évolution mentale, politique, de
mœurs, d’attitudes avec la musique, avec Mai 68 et qui a abouti à la fin des
années 60, début des années 70, à une recherche de soi, à un intérêt pour une
autre forme disons de religion, intérêt pour la pensée orientale. À la fin de
« Stella da Falla », la fin du film qui était la quête d’un jeune
homme dans notre monde d’aujourd’hui, cela s’est terminée par la rencontre avec
un gourou hindou de treize ans, qui s’appelle le Guru Maharaji.
Effectivement, c’est une personne que j’ai rencontrée et qui m’a fascinée et
que je suis allé filmer en Inde en 1970. Là, j’ai fait un court-métrage qui
s’appelle « The Lord of the Universe (1974) »
qui était en anglais déjà. Ce court-métrage de quarante-cinq minutes, lorsque
je l’ai amené aux États-Unis, on m’a fait faire une tournée de conférences dans
les universités avec mon moyen métrage et j’ai pris quinze fois l’avion en dix
jours pour traverser tous les États-Unis. Cela a été un succès. Si vous voulez,
j’étais arrivé avec ce film sur un gourou hindou au moment où l’Amérique
commençait à s’intéresser au mouvement de la pensée orientale, ce qui était
très, très fondamental dans les années 70. Cela m’a propulsé sur la scène
américaine en tant que réalisateur et producteur de documentaires. Tout de
suite, avec l’enthousiasme qui existe là-bas, on m’a tout de suite proposé
d’autres contrats et je suis devenu, avec une production à Los Angeles, je suis
devenu un spécialiste des mouvements orientaux.
Pourquoi es-tu revenu en Suisse ?
Pour
deux raisons. Premièrement, je voulais faire de la fiction et étant
documentariste à Los Angeles, on ne pouvait pas considérer dans cette société
très structurée, que je commence à faire de la fiction. Et deuxièmement, parce
que je ne voulais pas finir ma vie aux États-Unis pour plusieurs raisons. Donc,
je suis revenu en Suisse. J’ai redémarré une nouvelle carrière à Genève et dans
les années 80, en 1985-86, j’ai réussi à monter une production de longs
métrages et à réaliser le long métrage dont j’avais toujours rêvé. J’ai écrit
ce scénario au moins pendant dix ans, c’est les gémeaux « Gemini - The Twin Stars (1988) »,
qu’on a tourné avec six millions et demi à New-York, Genève, Appenzell,
St-Moritz,
C’est
l’histoire de deux adolescents. L’un Suisse, de la tradition suisse, de la
tradition appenzelloise, c’est assez cliché dans un
sens, et l’autre qui sort de New-York C’est une réflexion un petit peu sur ces
modes de vie, sur cette attitude par rapport à la société, les valeurs de la
tradition. C’est une espèce de conte. C’est un film qui a tout à coup accroché
auprès de l’audience adolescente. Il y a des jeunes qui, pour eux, c’est
carrément le film de leur vie ou presque. C’est un peu un phénomène
particulier. Si bien qu’il a bien marché. Je n’ai jamais fait de films qui
soient diffusés par un studio américain et on sait très bien que pour faire une
diffusion mondiale d’un film en salle, il faut investir des sommes qui sont
plus importantes que la production du film, pour que ce film atteigne ce
public-là. Mais il a été diffusé dans des réseaux tv et vidéos à l’époque dans
vingt-cinq pays. Tout à coup, il a atteint une renommée internationale. J’avais
fait un film qu’on a tourné d’abord en anglais, fait une version française, une
version allemande, etc. Cela implique beaucoup de choses, beaucoup de travail.
J’avais réussi cet objectif de faire un film style Hollywood, malgré tout, avec
ma personnalité et c’est un film que j’aime beaucoup.
J’ai vu un film de toi « In the Eye of the Snake (1991) » et
j’ai vu qu’il a aussi été tourné au Burundi. Pourquoi le Burundi ?
Après
« Gemini », je me suis trouvé dans la situation où j’avais de nouveau
la possibilité de tourner une production de style américain en Europe et on a
pu créer un projet qui s’appelait « In the Eye
of the Snake » avec Malcolm McDowell,
Philippe Léotard, beaucoup d’acteurs, qui est un
thriller psychologique et j’avais envie d’avoir une expérience africaine. J’avais
un ami, Jean Garzoni, qui est herpétologue
à Lausanne et comme le film est en relation avec une histoire d’herpétologue et de serpent, on est allé au Burundi. On a
tourné ce film là-bas et le pays m’a beaucoup plu et on a établi une petite
production là-bas. On a continué de faire des petits films locaux aussi. Après,
j’ai de nouveau fait une carrière mondiale en télé et vidéo. J’ai lancé la
première production cinématographique du Burundi, un film qui s’appelle « Gito, l’ingrat (1992) ». C’est un réalisateur
burundais qui l’a réalisé. C’était son premier film, une comédie africaine sur
un étudiant qui rentre au pays. C’est un film qui a été produit plus
traditionnellement avec les fonds de Berne, coproduction française et les fonds
d’aide au cinéma africain avec un budget moins important aussi. Mais qui, lui
alors, a fait une carrière étonnante au niveau des prix. Il a gagné… C’était le
film africain de l’année. Au FESPACO à Ouagadougou, au FFM à Montréal, on a
fait le tour du monde avec ce film et je crois que de ces trois films que j’ai
produits ou réalisé, « Gito, l’ingrat » est
celui qui est aujourd’hui le plus connu au monde. Cela a été cette période où
j’ai réussi à avoir une production et à faire du long métrage en
Là, j’ai entre mes mains le livre sur la
famille Sandoz qui a été réalisé par toi.
Cela
s’inscrit, si tu veux, dans mon retour à Neuchâtel. Au début des années 90, la
production est devenue très difficile et à ce moment-là, j’ai décidé de revenir
à Neuchâtel. J’avais toujours envie de le faire, parce que je trouve que c’est
une région que j’ai à cœur et, d’autre part, j’avais envie de faire des choses
dans l’Arc jurassien. Avant de faire ce livre, on m’a proposé, la télévision
romande m’a proposé de faire une série sur l’Arc jurassien avec une cavalière
qui est en fait la dernière production professionnelle que j’ai faite, qui
s’appelle « Le cheval frontière (2001) », qui a passé à la télévision
à Nouvel An avec un succès public de nouveau assez étonnant et que j’ai fait
ensuite dans une version de 90 minutes et qui a montré l’intérêt que j’ai pour
cette région. Il y a une autre chose qui se passait dans ma vie, c’est que j’ai
toujours eu comme hobby, ce que mon père était président du fonds Sandoz,
l’intérêt pour la généalogie et l’histoire de la famille. Les Sandoz sont
originaires du Locle et j’avais la conviction qu’il y avait un Sandoz qui était
admis au départ, au Locle en 1500, de tous les Sandoz qui existent dans le
monde entier actuellement. C’est un peu comme un scénario de film, on pourrait
raconter l’histoire d’une famille neuchâteloise depuis un personnage jusqu’à
nos jours et, d’autre part, la famille Sandoz est une famille qui s’est
illustrée de différentes manières et qui a une branche fortunée, c’est les
produits chimiques, pharmaceutiques de Bâle. C’est vrai que je me suis adressé
en l’an 2000 aux héritiers des Sandoz de Bâle pour leur dire :
« Voilà, on va faire un gros livre sur l’histoire de la famille Sandoz qui
aura un budget sérieux, on va mettre cinq ans à le faire. » En cinq ans, on
a fait ce livre qui est un livre exemplaire sur l’histoire d’une famille
neuchâteloise qui s’appelle, avec beaucoup de collaborateurs comme Jean-Pierre Jelmini historien, historien de l’art, de l’histoire, etc. Et
c’est vrai qu’on a là, un livre sur une famille qui dépasse le cadre familial,
mais qui est un peu un prototype, l’exemple de l’histoire d’une famille
neuchâteloise à travers l’histoire neuchâteloise, qui est incroyable, et
d’autre part son développement dans le monde, aux États-Unis, en Angleterre et
en France surtout, l’horlogerie, les arts.
À
la fin, maintenant que je suis retraité et que je ne fais plus que des petits
projets, parce que je crois qu’il faut savoir passer la main et, d’autre part,
je n’ai pas du tout envie de me remettre à lancer de grosses productions, il y
a la satisfaction d’avoir fait un certain nombre d’œuvres abouties, comme un
film. Ce livre est comme un film, c’est une production, des collaborateurs, on
arrive à un résultat. Peut-être que ce sera ce livre sur la famille Sandoz,
l’œuvre la plus durable que j’ai faite dans ma vie…
En somme, une vie très intéressante et
très remplie.
Ouais.
Aventureuse et je n’en suis pas sorti riche, mais j’ai été riche d’expériences.
J’ai réalisé et fait ce que j’avais envie de faire et ça c’est une chose
formidable…
Nous te remercions d’avoir partagé ça
avec nous et te souhaitons une bonne continuation.
C’est
moi qui vous remercie beaucoup.
Interview réalisée par Linda Fischer
Texte retranscrit par Françoise Berthod