Jean-François Rumley :
Météorologue
Bonjour Jean-François Rumley.
Bonjour.
Vous êtes météorologue. Vous êtes
diplômé de Météo France et vous écrivez des prévisions pour quatre journaux de
Suisse romande. Parlez-nous un peu de vous et de votre métier.
J’écris
les prévisions, je les établis aussi. Effectivement les quatre journaux, c’est
l’Express, l’Impartial, le Journal du Jura et
Pour quelles raisons avez-vous eu envie
de devenir météorologue ?
Je
me suis toujours intéressé, depuis gamin, aux sciences de
Pouvez-vous nous dire en quelques mots
de quels facteurs dépendent les conditions météorologiques ?
Les
conditions météorologiques sont un ensemble sur
Avec tous ces éléments, il faut faire
des prévisions. Comment faites-vous ces prévisions ?
Les
prévisions maintenant sont très complexes. On a oublié la période où on
regardait si la grenouille montait l’échelle ou pas l’échelle. Maintenant, il y
a un réseau mondial interconnecté qui prend, dans un premier temps, le temps
présent. Le temps présent qui est pris à peu près toutes les douze heures. Sur
la base de ce temps présent qui est assez difficile d’ailleurs à établir, les
grands ordinateurs mondiaux calculent l’évolution des différents paramètres
physiques de l’atmosphère sur une évolution de dix minutes en dix minutes sur
l’ensemble de
Est-ce que l’on peut faire des
prévisions à long terme ?
Maintenant
les ordinateurs mondiaux qui calculent à raison de 500 milliards de calculs par
seconde permettent de faire, sur un maillage normal, des prévisions à une
semaine qui sont assez fiables. Elles sont faites aussi sur quinze jours, mais
elles ne sont pas encore diffusées maintenant, parce que la fiabilité est
autour de 50 %. 50 % cela veut dire : « Si
on lance une tune, on a autant de chances d’arriver à une prévision. »
C’est à peu près maintenant le délai. D’autre part, il y a aussi une
possibilité à plus long terme, c’est les mêmes modèles mathématiques qui sont
utilisés, mais un petit peu simplifiés, parce que sinon il y aurait tellement
de calculs que cela ne serait pas possible. Il faudrait beaucoup trop de temps
pour avoir ces prévisions. Ces prévisions à long terme sont de savoir ce que
l’on risque d’avoir. On constate donc un réchauffement climatique, savoir s’il
va continuer, jusqu’à quelle manière il va évoluer dans les 10, 20, 50 ou 100
ans prochains. Disons que cela n’est plus de la météorologie, c’est de la
climatologie.
Vous avez une manière bien particulière
de présenter la météo dans les journaux et j’invite nos téléspectateurs à
découvrir quelques morceaux choisis.
« Un
horizon tristounet au réveil, une croûte nébuleuse recouvre la région et
liquide à bas prix ses fonds de barrique. N’espérez guère que le Zorro étincelant
surgisse de la grisaille pour signer un de ses exploits légendaires, juste
quelques rayons à fleuret moucheté l’après-midi. »
« Salut
à toi, ô sublime, prestigieux et vénéré souverain. C’est l’anticyclone, roi des
pressions, il amène la paix et la sérénité dans ce bas monde continental. Il
est accueilli par des hourras et que le ciel lui prête vie jusqu’au week-end
pour vous protéger des envahisseurs nébuleux et belliqueux. »
« L’atmosphère
est une malade qui s’ignore. Sa pression est élevée et chacun imagine que tout
va bien. Elle est pourtant sous perfusion, au « goutte à goutte »,
suite à un refroidissement causé par un front froid. La dépression aiguë la
guette, il faut se méfier des eaux dormantes. »
« Il
y a des jours ainsi, vous regrettez de vous être levé avec cette débauche.
Oubliez le baromètre et le thermomètre car c’est là que les Athéniens
s’atteignirent, les deux culbutent. Avec la puissante dépression, la pluie est
à gogo, la neige de plus en plus bas et les vents à décorner des bœufs. »
J’ai remarqué que vous avez un côté
poétique et humoristique de décrire la météo. D’où vous vient ce côté
humoristique ?
J’aime
bien toujours les choses humoristiques. J’aime bien le deuxième degré de façon
générale dans la vie, dans la mesure où en météorologie, de toute façon, on ne
va rien pouvoir changer. On est abreuvé de bulletins officiels qui sont
relativement techniques et qui ne sont pas toujours très, très intéressants. Je
trouve que d’apporter une petite note, un petit peu plus comique avec un petit
peu de dérision comme ça, tout en restant quand même le plus scientifique
possible, ça amène un petit peu de couleur dans le journal.
Lors de vos prévisions, est-ce que
certains de vos lecteurs ont des réactions bizarres par rapport à vos prévisions ?
Les
lecteurs non, par rapport aux prévisions si elles sont bonnes ou pas bonnes.
Par contre certaines de mes connaissances où j’ai accepté de leur donner des
prévisions pour les quelques jours à venir, dont l’activité dépend du temps de
façon importante… Quand je leur annonce du beau temps, ils ont un grand sourire
envers moi. Elles me disent : « Viens, on va aller boire un petit
verre. ». Quand je leur annonce du mauvais temps, ils font la gueule et
s’en vont. Ils ont une réaction en croyant que c’est moi qui ai définitivement
certains pouvoirs sur le temps qu’il va y avoir sur la région en dessus de
nous, alors qu’en définitive, on essaye de prévoir… Mais il est certain qu’on
n’a pas d’influence.
C’est une grande responsabilité en fait.
C’est
une grande responsabilité effectivement quand on annonce du beau temps et que
ce n’est pas tout à fait ce qui était prévu, parce qu’heureusement ou
malheureusement, ce n’est pas une science exacte. Il y a toujours quelques
petites différences. Par exemple dans un temps d’été où l’ensemble de la
journée est belle et quelqu’un prévoit un barbecue et au moment important de
son barbecue, il y a un orage qui tombe à ce moment-là, ils ont l’impression
qu’on s’est complètement trompé, alors qu’on savait qu’il y avait un risque
orageux. Malheureusement, il est tombé juste à l’endroit où ils étaient. Ceux-là
nous tombe un petit peu dessus en disant qu’on s’était trompé, alors que la
réalité, ce n’était pas une erreur. Il y avait un risque, mais sans plus.
Cette autre passion que vous avez, c’est
la navigation. Comment est-elle liée à la météorologie ? Quels sont les
aspects qui la lient à la météorologie ? Je pense qu’il y a déjà un souci de
confort. Y a-t-il d’autres aspects ?
Dans
la navigation sur le lac que je pratique, ça n’a pas trop, trop d’importance,
parce qu’il n’y a pas une évolution ou rarement, disons à court terme, on
arrive souvent à savoir ce qui va se passer dans les heures qui suivent. Par
contre en faisant de la navigation en mer qui sont des croisières où l’on
quitte la terre pendant plusieurs jours, il faut savoir qu’est-ce qu’on va
rencontrer comme temps dans les jours qui vont suivre. Il peut y avoir des mers
qui sont très difficiles avec des courants peut-être contraires, avec une houle
ici et là, on n’a absolument pas, suivant l’endroit où l’on se trouve, de
possibilités de refuge. Là, c’est vraiment primordial d’avoir des prévisions,
pas nécessairement exactes, mais des tendances de types de vent qu’on va
rencontrer sans parler aussi de savoir la direction du vent, parce que si on
doit faire un trajet qui est contre le vent, bien sûr il va durer beaucoup plus
longtemps. On va rencontrer des vagues qui sont contraires, donc un inconfort
de la navigation. Il y a plein de paramètres qui font que c’est très important.
On dit que savoir observer, bien
interpréter les éléments de la nature, tels que le soleil, le vent, les nuages
sont des critères importants pour naviguer, pour prévoir la navigation. Est-ce
que c’est vrai ?
Tout
à fait. Ça l’est pour la navigation, ça l’est aussi pour les agriculteurs par
exemple chez nous, ça se perd beaucoup. Précédemment, ils étaient beaucoup plus
observateurs, parce qu’ils n’avaient pas d’autres moyens. Maintenant, on a les
moyens d’obtenir des renseignements par la radio, par la télévision, par les
journaux. Donc, les gens perdent un petit peu l’habitude d’avoir de
l’observation, mais il y a ceux qui gardent un petit peu ce sens de
l’observation, les directions du vent, les types de nuages, parce qu’à chaque
nuage est lié à un type de temps. Dans un front chaud, on ne va pas rencontrer
les mêmes nuages qu’on va rencontrer dans un front froid. En navigation, en
mer, la direction de la houle, la direction des vagues, il y a toutes sortes de
paramètres qui donnent une idée du temps qu’il y fait dans les dizaines voire
centaines de kilomètres aux alentours et donnent une idée quand même de ce
qu’on va rencontrer par la suite. J’avais eu l’occasion de l’exercer déjà bien
avant, lorsque j’ai fait une traversée de l’Atlantique à la voile. Nous
n’avions aucun moyen de connaître le temps. On n’avait pas de radio. On n’avait
pas de transistor. On était équipé d’absolument aucun moyen électronique. On
était pendant près de cinq semaines sans connaître ce qui se passait dans le
monde. On essayait de chercher justement par ces éléments de direction, de
voiles, de nuages, de houle et de vents, de déterminer la route qu’il fallait
suivre pour éviter, d’une part les calmes de l’anticyclone ou des anticyclones
même et d’autre part, des vents qui étaient trop forts, puisque c’était
l’Atlantique Nord. Si on va trop au nord, on ramasse des gros coups de vent. Si
on est trop au sud, on est encalminé dans les anticyclones. Le but, c’était de
rester à peu près entre deux et d’avoir des vents moyens, disons maniables en
tous cas pour naviguer. C’était le but avec tous ces éléments de nuages et
autres. On ne s’en est pas trop mal sorti. J’avais eu l’occasion de comparer
les cartes que j’avais imaginé lors du périple et celles de la réalité que je
suis allé rechercher par la suite. Je ne m’étais pas trop mal comporté, ce
n’était pas la catastrophe, ça correspondait assez bien.
Par rapport à ces traversées, les
anciens navigateurs embarquaient souvent un chat sur leur navire et on dit que
son comportement permettait de pronostiquer la météo. Est-ce que vous avez
entendu parler de cette légende ou non ?
Je
n’ai jamais entendu parler que les marins d’autrefois prenaient des chats. Je
ne sais pas exactement ce qu’ils pouvaient prévoir. Il est vrai que des animaux
de façon générale sentent un certain nombre de paramètres météorologiques que
maintenant on arrive à expliquer. Concernant la marine, j’ai entendu plutôt une
histoire de lapins. Mais ce n’est pas qu’on les voulait à bord, c’était qu’on
ne les voulait pas à bord. C’était même tabou donc on n’osait même pas en parler
en marine. C’était parce qu’ils mangeaient les cordages, ce qui n’avait rien à
voir avec la météo.
Nous arrivons au terme de notre
émission. Jean-François Rumley, nous vous remercions
et nous vous souhaitons bon vent pour vos prochaines expéditions… Merci.
Merci
à vous.
Interview réalisée par François Gombàs
Texte retranscrit par Françoise Berthod