M. Jean-Paul Comtesse : Écrivain

 

 

Jean-Paul Comtesse est né à Bevaix, fils d’un vigneron qui devait décéder cette année-là. Homme de mouvement, il a été typographe, directeur d’entreprise, puis responsable du centre de formation des cadres dans une multinationale de l’alimentation. Il est Docteur de la Sorbonne à Paris, pour une thèse sur l’éducation permanente et le changement. Il est revenu au village natal pour écrire. Il a publié des romans et des nouvelles.

 

 

Bonjour M. Jean-Paul Comtesse. Merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes écrivain et vous avez publié votre dernier livre « Le Valanvron, trois détours ». Ce sont trois nouvelles qui sont en principe entourées presque dans une quatrième. Vous avez choisi la région du Valanvron. Pourquoi le Valanvron ?

Oui, c’est trois nouvelles qui ont un… Elles sont très différentes. C’est trois histoires qui n’ont aucun rapport les unes avec les autres, sauf que c’est trois fois quelqu’un qui fait un détour. Alors le Valanvron, c’est un tout petit vallon, une petite prairie de cinq, six kilomètres de long, près de La Chaux-de-Fonds. Et, comme je le dis dans l’introduction, c’est une, vous savez il y a des maisons, il n’y a pas un village, les maisons sont dispersées entre les sapins du Jura. C’est un détour, parce que la route elle est faite pour aller au bord du Doubs. Mon idée, c’était que c’est une terre d’évasion qui est peuplée de sédentaires et une évasion, c’est toujours l’idée d’aller ailleurs et c’est toujours le risque d’être ramené chez soi et le Valanvron m’a paru une illustration, une allégorie de ça. Alors les trois nouvelles sont entourées de deux pages. Au début,je les appellerais introduction, elles s’intitulent : « Un dimanche », où on dit : « À la limite d’une nation frontière, le Jura, le Valanvron, ses pâturages, ses sapins etc. ». Et puis la lumière tombe, c’est un dimanche soir, on ne voit que des maisons, les quelques maisons qui sont là, on ne voit qu’une façade éclairée, les autres sont déjà gagnées par l’ombre et je dis : « Sous chacun de ces toits, sans nul doute, un amour qui naît, qui s’épanouit ou qui se meurt », et c’est ça le détour. Et alors, à la fin du livre, il y a de nouveau deux pages, après la troisième nouvelle, que j’ai intitulées « Un lundi », puisque l’autre c’était « Un dimanche », et là j’imagine le début de la semaine dans un endroit de campagne, une toute petite école, il y a une gamine qui marche au bord de la route. Elle marche sagement parce qu’on lui a appris qu’il faut se tenir au bord de la route, et puis, comme je dis là, je cherche la page, la voilà : « Elle marche sagement et une pirouette lui échappe : « Ainsi font, font, font… », et puis elle continue, et puis après elle dit : « Trois p’tits tours et puis s’en vont… » et l’idée du livre, c’est que du Valanvron, on fait trois détours qui sont au fond trois histoires d’amour. Voilà.

 

Alors en principe, ces trois histoires d’amour, c’est comme quelqu’un qui est le soir chez soi, la nuit tombe et puis ce sont des souvenirs qui lui passent dans la tête et puis après le lundi, c’est de nouveau une nouvelle journée qui commence.

Si vous voulez.

 

Oui.

Bon, naturellement, les trois histoires d’amour, est-ce que c’est le même personnage ? Non. Mais on n’écrit jamais que sur soi, au fond, on est quand même toujours, même si on trouve des personnages romanesques, c’est toujours de son propre cœur que partent les choses, on a qu’un univers dans la tête, c’est notre cœur, c’est notre monde, et les trois histoires d’amour, c’est trois belles histoires d’épanouissement mais c’est trois détours.

 

Il y en a une qui s’appelle : « Aucun doute, Thomas ». Là, il s’agit de Thomas qui rencontre, après vingt ans, l’écrivain Hubert et ils étaient amoureux de la même fille à l’époque.

Oui, oui.

 

Et puis c’est très romantique, très sage.

Oui.

 

Et ils se retrouvent après vingt ans et puis ils se rappellent de cette histoire-là.

Oui. Là, c’est presque un petit peu autobiographique en ce sens que l’écrivain, c’est un écrivain que j’ai connu et qui habitait Bevaix. Quand j’étais étudiant, c’était un homme qui était extraordinaire pour moi et j’ai été un ou deux jours lui donner un coup de main, pour être son secrétaire. Il n’y avait pas de femme chez lui, c’était un homme qui était assez misogyne, et j’ai inventé l’histoire de Cordélia comme étant finalement l’idée que même les hommes qui n’aiment pas les femmes, ou qui disent qu’ils ne les aiment pas, ils sont toujours à la recherche d’une femme. Alors la nouvelle s’intitule : « Aucun doute, Thomas ». Ça a un double sens. Thomas, c’est le type qui n’a pas cru dans la bible, c’est le type qui a dit à Jésus qu’il voulait toucher pour croire que c’était vraiment lui. Alors la nouvelle c’est : « Aucun doute, Thomas », aucun doute c’est Thomas, c’est un type qui ne croit pas mais aucun doute Thomas, n’aie aucun doute, celui qu’aimait la jeune femme qui était là, voilà le sens de l’histoire.

 

La deuxième, c’est : « Le sergent et le colonel », et cela se passe au service militaire. Il a connu le sergent et puis le colonel a été sauvé par le sergent, pour lui la guerre là-bas était finie, puis il continue sa carrière de militaire et il se souvient du sergent qui lui avait sauvé la vie.

Oui.

 

Et puis là, il prend contact, il va le visiter et puis il tombe amoureux de sa femme.

Oui.

 

Alors ça c’est aussi un peu autobiographique ou ?

Non. Je n’ai pas connu de sergent. C’est une histoire que j’ai inventée, je la place en France. C’est des militaires français, le sergent, c’est un alsacien. L’histoire est pendant la guerre ; le sergent sauve un jeune officier parce qu’il n’est pas encore colonel. Je l’imagine un peu dans une de ces guerres que l’armée française a dû faire à l’étranger et puis après il va voir son ancien sergent et tombe en face d’une femme beaucoup plus jeune que son mari, pleine de vie, et lui qui était un homme un peu braqué sur la carrière militaire, un peu enfermé, il connaît l’épanouissement et il y a des papiers, des… ils s’échangent des billets les deux. « J’ai envie d’être près de toi, embrasser ta bouche, descendre lentement », signé Alice. C’est le nom de la femme. Et lui répond : « J’ai rêvé de toi toute la nuit, ton être est un don, tu es la vie incarnée. »

 

Elles sont très belles. La troisième nouvelle elle s’appelle : « Vive la gare de Perpignan ». Et puis là, c’est un jeune homme qui a perdu sa sœur dans un accident de moto et il veut venger la mort de sa sœur en tuant le fautif de l’accident et puis finalement, il reste à Perpignan où il fait des cauchemars et puis il repart chez sa fiancée. Alors, c’est aussi quelque chose que vous avez vécu ou quelque chose que vous avez imaginé ?

Je ne voudrais pas répondre à la question, parce que c’est trop intime, de l’accident mortel de la sœur, etc. Mais je voudrais dire qu’effectivement, le garçon, il veut venger sa sœur et aller tuer le type qui a provoqué l’accident mortel. Mais il s’arrête. Il part de Paris pour aller à Barcelone, le train s’arrête à plusieurs gares et à Perpignan, ça dure un peu plus longtemps. Le type, il descend sur le quai pour se dégourdir un peu et le train part. Alors, il est forcé de passer la nuit là et pendant la nuit il réalise qu’il veut retourner vers sa fiancée à Paris et abandonner cette idée. Et la nouvelle s’appelle : « Vive la gare de Perpignan », parce que le grand peintre Salvatore Dali, il allait à Perpignan avec son épouse pour expédier des tableaux et c’était elle qui faisait tout, qui faisait l’emballage qui faisait les expéditions et lui il se prélassait dans la salle d’attente comme ça. Un jour il a eu une idée et il a crié : « Vive la gare de Perpignan ! » et c’est pourquoi, j’ai repris ce titre, parce que le garçon, étant obligé de s’arrêter là, il revoit la vie : « Vive la gare de Perpignan, vive la vie ! », voilà.

 

Vous avez eu un parcours professionnel très intéressant et après votre retraite, vous êtes retourné à votre village natal qui est Bevaix.

Oui.

 

Et puis vous avez écrit : « Le vieil homme et l’amour ». Il s’agit de Bevaix même ?

Oui. J’ai toujours un problème quand j’écris, c’est que dans mes récits, la réalité se mélange avec les rêves. Ça m’embête un peu. Et j’ai un ancien professeur avec qui je parlais de ça qui m’a dit : « Mais écoutez, moi ! J’ai une solution pour vous. J’ai écrit un article, une brochure sur un docteur qui habitait à Bevaix. Si vous preniez ça comme cadre de votre livre, vous arriverez. Puis au fond, je ne suis pas arrivé à écrire l’histoire du bonhomme, c’est la mienne. « Le vieil homme et l’amour », c’est une déformation du titre d’un livre d’Ernest Hemingway : « Le vieil homme et la mer ». Alors mon vieil homme raconte sa vie, sa maman, sa grand-maman, ses premières amours, etc. Et c’est un enfant illégitime et un jour il dit à sa mère : «  Mais qui c’est, mon père ? » et elle lui répond : « Écoute, j’ai joué avec le feu et tu es la flamme qui est sortie. » Et ça lui donnera une idée pour toute sa vie de privilégier au fond les gens qui ne sont pas trop conformistes, qui vivent leur vie, leur bonheur, leur amour. Voilà, c’est ça « Le vieil homme et l’amour ».

 

Vous avez gagné le prix littéraire des Alpes et du Jura en 2004 avec votre livre « Sabika Désirade ». C’est un roman et puis il s’agit aussi de la région de Bevaix.

Oui et non. J’ai mis beaucoup de choses. En fait Sabika, c’est une Andalouse. Elle habite Grenade et elle a fait son enfance dans l’Alhambra. Elle est sous l’influence merveilleuse de la nature et de tout. Mais son père décide d’aller habiter en France pour des raisons qu’on n’a pas à expliquer aujourd’hui. Là en France, près de Montpellier, elle rencontre un jeune homme qui est un séminariste qui se destine à devenir moine et une histoire d’amour se fait entre eux et effectivement Sabika Désirade, ce n’est pas son nom. C’est moi qui lui donne le nom de Désirade parce que je verrais le mot : « désir » dans Désirade. Elle est tellement amoureuse de ce garçon, qui la quitte à la fin des vacances, parce qu’il est fidèle à sa vocation, qu’elle se dit : « Je vais écrire moi, l’histoire de notre amour. » Elle n’y parvient pas. Elle ne parvient qu’à se souvenir de toutes les lectures que le garçon lui racontait quand ils étaient ensemble. Le livre est ainsi fait que sur la page de couverture, c’est écrit : « Sabika Désirade, la femme au livre » au singulier et dans le livre, on lit toujours : « Sabika Désirade, la femme aux livres », au pluriel. C’est donc au fond la lecture, l’imagination, l’imaginaire.

 

M. Comtesse, je vous remercie beaucoup pour vos explications et on attend vos prochains romans.

Merci Madame. C’est moi qui vous remercie, je vois que vous avez été une lectrice très attentive et vous savez je trouve que votre émission est sensationnelle. Je crois qu’elle apporte beaucoup et je suis très heureux d’avoir pu passer un moment avec vous, merci Madame.

 

Merci à vous.

 

 

Interview réalisée par Linda Fischer

Introduction lue par Fabrice Drapel

Texte retranscrit par Vanessa Arm