Georges Dufaux :
L'anneau
Ophélie qui flottez
en ce lac de l'absence
Ouvrez vos yeux de pierre à ce pays sans
nom
Où déjà vous attend le feu de l'alliance.
Et la main trop connue parmi les goémons
Palpe dans sa raideur, mais bientôt une
vague
Entraîne toujours plus loin le désireux
fardeau,
Car vous ne vouliez pas que ce soit cette
bague.
Et aujourd'hui voguant, voilà que le
bateau
Dans un sillon d'étoiles pour l'éternelle
semence
Nous éloigne tous deux par un commun
chemin.
Et nos coeurs purifiés d'un aussi long
silence
S'en iront reposer dans un même destin.
Le lierre étouffera sous l'épaisse verdure
La trace de nos ombres rongées de mille
vers,
Incantation divine perdue dans le murmure
D'une plaie qui se rouvre à l'océan
désert.
Et la coque tranchante viendra l'ouvrir
encore
Glissant nonchalamment sur un rouge tapis
À cette heure où pour d'autres se lèvera
l'aurore
D'une nouvelle mort saluée de nos cris !
Vous flottez Ophélie parmi les anémones
Singulier nénuphar, seul objet de mon
coeur.
Daignez le regarder, ce doigt vous fait
l'aumône
Et le lointain s'efface ô merveilleuse
odeur !
Texte retranscrit par Françoise Berthod