Richard Märk : Marché de
« La ballade des gens heureux »
Nous
sommes une assez vieille maison dans le canton de Berne tout près du
« Röstigraben ». Nous sommes là depuis 120 ans pour des personnes qui
ne sont pas intégrées dans notre société, en raison de problèmes d’alcool, de toxicomanie
et d’autres problèmes avec la société. Nous leur offrons un cadre, une chambre,
un travail. Ils doivent ou ils peuvent travailler chez nous, que ce soit dans
l’agriculture ou dans des ateliers, pour tout le monde, nous avons une place.
Nous sommes là pour leur donner une maison, un cadre, quelque chose d’ouvert.
Nous sommes aussi une maison ouverte. Nous essayons de les accompagner dans la
vie avec leurs problèmes.
Est-ce que vous avez vu une évolution
durant ces 10-15 dernières années, l’alcool et la toxicomanie maintenant ?
Je
n’ai pas vu une très grande différence. L’alcool reste le plus grand problème
de la société, même si on ne le croit pas. La toxicomanie reste toujours à un
niveau, mais c’est beaucoup plus faible que le problème de l’alcool.
Quelle est finalement la recette pour
sortir de cette problématique de l’alcoolisme, s’il y a une recette ?
Il
n’y a pas de recettes. Il y a différentes manières. Ce qui est bien pour une
personne, n’est peut-être pas bien pour l’autre. Cela dépend dans quelle phase
du problème d’alcool – qui est une maladie du reste. Il n’y a pas de méthode.
« Le Café des Trois Colombes »
Nous
ne sommes pas une maison thérapeutique. Nous sommes là pour leur donner un
cadre socio-pédagogique. Nous les accompagnons. Nous essayons de vivre avec
leurs problèmes. S’ils ont une rechute, on essaye de vivre la rechute avec eux.
Il y a des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas avoir de thérapies. Eux
aussi ont le droit d’avoir une maison et un accompagnement.
Je suppose qu’ici l’abstinence, c’est
une obligation totale ?
Non.
L’abstinence totale est seulement possible dans une maison thérapeutique, qu’on
peut contrôler très serré, autrement l’abstinence totale n’existe pas. Je dis
toujours : « Où il y a deux alcooliques, il y a des problèmes
d’alcool ! » Dans la maison, nous avons l’interdiction de boire de
l’alcool, mais nous savons que dans la réalité, il y a toujours des
possibilités de boire de l’alcool. Nous vivons avec ça. Nous donnons un cadre,
mais on est très pragmatique.
« Non, je ne regrette rien »
On se rend compte aujourd’hui qu’il y a
plein d’activités que vous offrez à ces personnes, est-ce que vous pouvez nous
en parler un peu ?
Oui.
Premièrement, c’est l’agriculture. Nous avons presque
Et c’est important cette activité pour
eux ?
C’est
très important. Le travail donne un certain cadre, un certain but dans la vie.
Ce n’est pas seulement pour mes hommes ou mes femmes comme ça, c’est pour tout
le monde, et ça aide aussi à vivre dans une plus grande abstinence d’alcool.
Qu’est-ce que cela procure à ces gens de
pouvoir travailler ?
Cela
leur donne un cadre, ça leur donne un but, ça leur donne une sécurité. Tous nos
produits sont vendus sur le marché normal, il n’y a pas de produits « sociaux »
entre guillemets. Chez nous, il y a des camions qui viennent chercher les
produits. Nos clients le remarquent, même s’ils sont chez nous, ils sont membres
de la société.
« Mon amant de St Jean »
C’est le marché de Noël, un événement
aussi important ?
Oui.
C’est un très grand événement. Premièrement pour montrer à la société qu’est-ce
qu’on vend, ce que nous avons, mais également pour que nos pensionnaires passent
un beau jour. Ce n’est pas seulement un marché pour la vente, c’est aussi pour
qu’ils vivent. Nous avons beaucoup d’activités pour que les gens commencent
bien la période des fêtes, qu’ils se sentent bien et qu’ils rentrent à la
maison en ayant une bonne impression de notre Maison.
C’est
des tout petits pas. Mais il faut croire aux petits pas, les grands pas
n’existent pas dans la réalité. Les gens sont étonnés qu’avec des gens qui ont
des problèmes, on voit les gens qui sont à la gare ou je ne sais pas où qui
dérangent tout le monde, ici, ils arrivent à faire de belles choses, à vivre dans
un cadre propre, sain et on arrive à faire quelque chose de bien…
« Le barbier de Belleville »
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod