Tybo :
Humoriste
Bonjour Tybo.
Bonjour.
Bienvenue en Suisse.
Merci.
Un pays que vous connaissez ?
Totalement.
J’y ai vécu, oui.
Vous êtes comédien. Vous faites de
l’humour, mais ce n’est pas vraiment votre choix. Racontez-nous un peu ça.
J’habitais
à Genève et je suis parti à Paris pour devenir comédien et à la base je ne
savais absolument pas ce que je voulais faire dedans. Mais je savais que
c’était un truc qui m’attirait. Après, j’avais plein d’envies mais je ne savais
pas dans lesquelles je voulais aller en profondeur. Il s’est avéré que j’ai
écrit un one man show et qu’avec mon meilleur ami, on avait envie d’essayer de
gagner de l’argent par nous-mêmes et arrêter un peu de squatter les parents. Du
coup, il m’a mis en scène et Gérard Sibel, qui est un
dénicheur de talents comme ils disent, est venu me voir et je me suis retrouvé
à travailler pour « Juste pour rire » et avec les trois autres
zigotos, très vite. Ce n’est pas vraiment un truc que j’avais décidé, mais qui
me titillait, qui me faisait envie. Du coup, je vais un peu au fond de
l’histoire, essayer d’aller voir ce qu’il y a à prendre là-bas.
Quel premier bilan de votre métier
d’humoriste ?
Le
premier bilan… ça fait un an qu’on tourne ensemble. On a fait quelques villes
de France et on a joué pas mal sur Paris. En tout cas trois amitiés, ce qui
pour moi importe beaucoup et après derrière, des plaisirs scéniques. Non, des
vrais beaux souvenirs et une envie de continuer, ça c’est sûr. Pour le moment
en tout cas, tant que cela me fait rire, me fait plaisir, qu’il y a de belles
choses à prendre, oui…
Qu’est-ce qui est le plus excitant dans
ce métier, la réaction des gens ou tout ce qu’il y a autour finalement, la
préparation, l’écriture ?
Le
vrai plaisir, c’est quand on a écrit. Quand on se dit : « Ça va, je
l’ai écrit. » Le monde de l’écriture est parfois un peu vertigineux, parce
qu’on ne sait pas trop où on va et on essaye de trouver des choses à dire, parce
qu’on a des choses à dire tout au fond, je pense. On arrive à un moment où on
se dit : « J’ai écrit un truc qui me plaît, je crois que j’ai envie
de le dire. » On se retrouve à ce moment derrière le rideau. Ce qui est
enivrant, qui est palpitant, qui est plein de choses en même temps. Une fois
que l’on monte sur le plateau, c’est un peu la foire aux loups. C’est vrai que
quand on arrive à avoir quelques rires par ci, par là, c’est une satisfaction
personnelle. Mais on se dit que si jamais ils rient, c’est qu’il y a une
raison. Du coup, on n’a peut-être pas tout à fait tort. C’est très vertigineux
comme truc, je trouve. Vraiment, c’est une belle chose.
C’est clair que de jouer du Molière ou
du Shakespeare, on sait ce que les gens viennent chercher et ils trouvent ce
qu’ils viennent chercher. Quand vous préparez vos sketches pour la première fois,
ça peut…
J’ai
eu l’occasion de jouer Tartuffe cet été et c’est vrai… Après, ça raconte plein
de choses et Molière, c’est quelqu’un qui, 400 ans après, arrive encore à
toucher l’actualité, arrive à nous raconter des choses sur la religion. Enfin voilà,
si on replace Tartuffe au Moyen-Orient maintenant, on se retrouve dans une
situation où l’on se dit : « Il a écrit ça il y a bien longtemps et on
se retrouve devant ses propos… » Je ne sais pas, Molière, c’est quelque
chose d’assez fabuleux. C’est une écriture parfois plus recherchée que ce qu’il
y a maintenant, parce que quand on regarde tous les mots qu’il utilise et ce
qu’on peut utiliser dans un one man show, c’est quand même plus restreint…
Quand on écrit son propre spectacle, on
ne sait pas la réaction des gens ?
Non
absolument pas. C’est aussi très différent quand on joue dans une petite salle et
quand on joue dans une grande salle. Quand j’ai commencé, je jouais dans une
petite salle de 40 places, un petit café théâtre qui était des plus ludiques,
et après quand on est arrivé dans des situations où on jouait ensemble dans des
salles de 350, tu te retrouves à avoir beaucoup plus de rires et évidemment le
rire des autres communique avec les gens du public. Cela ramène quelque chose
et ce n’est même plus nous qui sommes maîtres de ce qu’on a écrit, parce que
c’est le public qui est aussi auteur de la réaction, de ce qu’on peut raconter.
L’auteur n’a aucune autorité sur ce qu’il a écrit et du coup, selon moi, c’est
eux qui créent ce qui va se passer vraiment. La semaine dernière, on a joué à
Marseille avec Verino et il s’avère que le régisseur
a oublié de mettre ma musique. Du coup, on est obligé aussi de faire avec ça,
alors que dans Tartuffe, cela serait plus compliqué, je pense, d’improviser en
alexandrins. C’est tout de suite plus délicat, je pense.
Quand on rentre, quand le spectacle est
terminé, quels genres de questions on se pose, quand on arrive dans les
coulisses, on se dit : « Tiens, est-ce que les gens ont aimé ou pas
aimé, ils ont un peu applaudi, beaucoup ri ? » Comment vous faites
votre critique ?
En
général, je demande à mes copains. Après, on a un sentiment de toute façon en
sortant. Personnellement, je suis quelqu’un qui a un gros trac et, en revanche,
quand on sort, la première chose qu’on se dit, c’est : « Où est ma
bière ? », parce que c’est important de boire une petite gorgée de
bière après. Après de se dire : « Où est-ce que ça a ri, est-ce que
vraiment cela a touché les gens ? » C’est les questions que l’on se
pose par la suite et, souvent, quand on rentre chez soi, moi quand je me
couche, je me dis : « Oh là, là, c’était bien ou pas bien, ça a
touché ou pas touché, ça a fait rire ou pas rire. » Après, que cela fasse
rire ou pas, ce n’est pas le plus important. Cela dépend après à quel moment de
l’écriture. Mais il y a des endroits où l’on se fout totalement que ça rie. Par
exemple, Verino ne fait pas rire… Cela dépend aussi
du contexte, de l’endroit où l’on est.
Si on parlait de votre style, comment
est-il et comment l’avez-vous trouvé ?
Je
trouve que la parole directe avec le public, c’est de plus en plus utilisé dans
le « stand up », c’est un truc qui m’intéresse beaucoup. Après, je
trouve que les sketches en mode un peu « old school », c’est très intéressant, parce que l’on peut
un peu cacher la coquille dans l’œuf. Il y a un truc comme ça. On peut avoir
différents propos, c’est des propos que j’ai toujours eus avec les copains. Par
exemple, dans le cinéma, à notre époque, ça va très vite. On passe d’un plan à
un autre, très rapidement. Du coup, on passe d’un paysage à un autre et d’une
situation à une autre et ce qui est chouette avec le « stand up »,
c’est qu’on peut passer de la parole directe à une situation à une autre en
deux lignes. Du coup, ça ramène une sorte de vitesse au spectacle, on travaille
sur le rythme. C’est un peu comme une partition de musique, je ne sais pas.
Après mon style, je ne pourrais absolument pas le définir. Je ne sais pas du
tout ce que je fais et je ne veux pas le savoir… Je me laisse aller… C’est Verino qui dit souvent que c’est un espace libre, on est sans
filet avec le « one man show », c’est ce qui est super agréable. Je
pense qu’il a tout à fait raison vis-à-vis de ça. Si, tu as dit ça, je te le
jure… C’est Baudelaire qui l’a dit…
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod