Verino :
Humoriste
Verino, bonjour.
Bonjour.
Première fois que vous êtes en
Suisse ?
Première
fois ! Non, ce n’est pas vrai. J’ai déjà joué, mais je ne sais plus où.
Dans un café théâtre qui s’appelle « Le P'tit Music'Hohl »,
je ne sais pas si ça vous dit quelque chose. C’est à Genève, je crois. J’ai
fait la première partie d’un copain qui s’appelle Achille Schweizer. C’est donc
ma deuxième expérience suisse.
Racontez-nous comment est-ce qu’on
décide de devenir humoriste ?
Cela
dépend de chacun. Moi je sais que c’est un truc que j’ai toujours voulu faire.
Je me souviens d’une anecdote quand j’avais sept ans. Cela tombe bien, c’est un
hasard que vous me parliez de ça…
J’ai des dons de…
Oh
la, la, c’est incroyable ! Quand j’avais sept ans, je regardais la
télévision. Il y avait tous les humoristes qui commençaient à devenir stars qui
passaient et je me souviens de Jean-Marie Bigard qui avait fait un sketch et je
ne comprenais pas du tout le principe du métier. J’étais devant ma télévision
et je voyais le mec qui faisait des trucs et les gens qui riaient et je
trouvais cela scandaleux que ce mec-là gagne sa vie en faisant rire les gens…
Du coup, je me suis dit, si c’est scandaleux, il faut que je le fasse. Comme
c’était la plus grosse arnaque du siècle, je me suis lancé à corps perdu
là-dedans, de mes 7 ans jusqu’à mes 25 ans.
Déjà à l’école, déjà quand vous étiez
enfant, vous aviez besoin de faire rigoler les autres ?
Oui.
J’avais besoin et ça marchait bien. Il y avait trois copains derrière qui se
marraient comme des abrutis. Toute ma scolarité, j’ai toujours voulu faire ça.
Je n’étais pas particulièrement beau, ni particulièrement grand, ni
particulièrement intelligent. Du coup, on cherche quelque chose et oui,
j’aimais bien faire rire. J’aimais beaucoup faire rire, surtout mes profs.
Quand on n’est pas particulièrement fort à l’école, je n’étais pas mauvais,
j’avais de bons résultats. Mais le truc, c’est que je faisais un peu de cirque
comme ça et le but justement était de réussir à faire rire les profs. Je sais
que c’était mon challenge de faire marrer mon prof. Je savais qu’à partir du
moment où il entrait dans mon jeu, il était hors de question qu’il me fasse
sortir de la classe… C’était donc mon challenge tous les jours.
Vous réussissiez de temps en temps ?
Oui
souvent. C’était drôle. Je me suis bien amusé. J’ai un très bon souvenir de ma
scolarité, parce que je m’éclatais. C’était mes copains, les profs.
Et après, comment cela s’est
concrétisé ?
Après
l’école, j’ai commencé des études. J’ai fait une fac de pharma que j’ai
complètement foirée, j’avais besoin de gagner un petit peu ma vie, je livrais
des pizzas à côté. De ce fait, je n’ai absolument pas travaillé. Après, j’ai
recherché un autre métier dans lequel on ne faisait rien. Mon étude de marché a
été assez rapide. Il y avait comique et il y avait prof de sports. Je me suis
dit : « Je vais faire les études pour être prof de sports et, à la
fin, on verra bien si je gagne ma vie, si je peux me permettre, avec le temps
que nous laisse le métier, de pouvoir travailler mes sketches et de commencer. »
En fait, je n’ai pas réussi à les finir parce que j’en avais ras-le-bol et très
vite je me suis rendu compte qu’il fallait aussi, pour pouvoir faire ce métier,
avoir un certain risque et du coup, j’ai abandonné mes études. Je suis monté à
Paris pour faire ça, pour être comédien.
Vous avez suivi une école, des
cours ?
J’ai
fait les cours Florent avec un ami à moi qui s’appelle Donel
Jack’sman. Quand je dis ami, ce n’est pas vraiment….
On s’est retrouvé là-bas pendant une année. On a fait les mêmes cours et très
vite, les cours Florent nous préparent à jouer la comédie, mais c’est du
théâtre classique. Il n’y a absolument pas de one man show, même le one man
était très mal vu, parce que c’est les comiques, juste faire rigoler. Et moi,
c’est ce qui me branchait. J’ai quitté l’école dès que j’ai réussi à écrire mes
premiers textes et je suis directement monté sur scène dans des cafés ou dans
des petits théâtres qui cherchaient des humoristes débutants. Au fur et à
mesure, on fait des rencontres ce qui me permet d’être aujourd’hui ici, à
Boudry.
Alors comment on choisit son
style ? Il n’est peut-être pas définitivement établi le vôtre.
Je
crois qu’il commence à se dessiner pas mal, mais cela met beaucoup de temps. Au
début, je recherchais vraiment à être différent. Du coup, je regardais ce qui
se passait autour. Mon but, c’était de faire des choses différentes, d’avoir
des idées différentes et d’aller dans des endroits qui n’avaient pas été déjà
visités par d’autres humoristes. Au fur et à mesure du travail, on se rend
compte que le plus simple pour être différent des autres, c’est d’être
soi-même, de fouiller au fond et de voir quelle est la vérité qu’on a à sortir,
trouver son clown. C’est ça, vraiment, trouver sa personnalité, ce qui fait
rire les gens, comment les gens nous perçoivent… C’est ça qui est hyper
important. Nous, on a une image de nous, mais c’est les gens qui nous
connaissent. C’est l’image que nous renvoie le public qui fait que, quand on
monte sur scène, on apporte quelque chose d’emblée. Si on continue à fouiller
dans cette direction, le public, tout de suite, va s’engouffrer dans notre
discours. Moi, c’est ça que je vais vraiment travailler. C’est trouver mon
clown, ma personnalité et du coup, c’est forcément différent puisque Verino n’existe pas déjà.
Vous faites partie de ces humoristes qui
pensent qu’on peut dire n’importe quoi à n’importe qui ?
Non,
moi je suis gentil. J’ai du mal à dire du mal, à taper sur les lieux communs
même si je le fais parfois. Je ne suis pas un humoriste à message. J’ai un
message profond qui est : « Riez, amusez-vous, soyez heureux »,
mais dans le spectacle ça ne va pas forcément se voir. Je n’ai aucunes
revendications sociales. Je n’ai absolument pas envie de changer le monde. Le
monde tel qu’il est, je sais bien que je n’ai aucun pouvoir, juste que les gens
soient heureux, qu’ils sortent de mon spectacle en ayant ri. Mais qu’ils ne
sortent pas forcément avec une leçon de morale, ce n’est pas mon fond de
commerce en tout cas.
Que pensez-vous alors de ces humoristes
qui provoquent jusqu’à s’offrir des procès de temps en temps ?
Vous
pensez à Dieudonnné ?
Par exemple.
Je
trouve que d’un certain côté, c’est bien, parce qu’il en faut pour tout le
monde. Dieudonné, je ne suis pas forcément pour son discours, mais je trouve
que c’est courageux d’aller faire ça. Moi, je ne sais absolument pas le faire,
parce que je sais que je ne connais rien en politique. Ce n’est pas mon métier,
ça ne me passionne pas du tout. Mais je sais qu’il y a Marc Jolivet, qui est un
humoriste assez engagé qui a tendance, lui, à reprocher aux humoristes de ne
pas aller dans cette direction-là. Je pense qu’après, comme je vous le disais
tout à l’heure, trouver son clown, il y a des humoristes qui sont faits pour
passer des messages et il y en a d’autres qui n’ont pas forcément la carrure,
le charisme. Moi, je pense que je fais partie de ces humoristes-là. Je pense
que je fais partie des humoristes qui ne sont pas… Moi, ça ne m’intéresse pas
en plus. Je n’aime pas prôner quelque chose. Je n’ai pas envie d’être le maître
à penser de quelqu’un, même si j’admire la carrière de Coluche, par exemple,
qui lui a tapé partout. Il a bien fait. Il était aussi à une époque où c’était
plus facile. Je pense que si je dis un truc sur Nicolas Sarkozy, je vais perdre
une jambe… Cela me branche moins, mais j’admire le travail de ces gens qui font
ça, comme Gustave Parking, par exemple, qui lui a vraiment des idées très
tranchées et qui a des messages intéressants, notamment sur l’écologie. Et là,
l’écologie, c’est très important. Recyclez vos déchets ! J’admire ces
gens-là, mais moi, je suis incapable de le faire.
Il y a un truc que vous aimeriez dire
absolument qu’on a passé à côté.
Non,
je ne crois pas. J’ai dit ce que je voulais dire. Soyez heureux.
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod