La choucroute artisanale
Nous sommes ici à côté d’Olivier,
bonjour Olivier. Est-ce que tu pourrais expliquer un peu ce que tu es en train
de faire ?
Je
suis en train de couper des choux qu’on met dans les cuves après.
De quelle manière es-tu venu dans ce
groupe ?
Il
y avait tout un groupe qui faisait déjà la choucroute dont Pierre-Alain qui est
parti en Thaïlande et il m’a demandé si je pouvais le remplacer pendant qu’il
n’était pas là. J’ai commencé et ça me plait bien, on est une bonne équipe,
c’est sympa.
Ici nous nous trouvons à côté d’Elie,
est-ce que tu pourrais expliquer ce que tu es en train de faire ?
Alors
une fois que les choux sont râpés, je suis le tasseur,
donc je dois tasser la choucroute pour en mettre le plus possible et puis on
commence avec un pilon et on finit à la main.
Et comment cela se fait-il que tu
participes ?
Il
y a seize ans, j’ai vu Kurt et puis on a commencé avec une cuve, deux cuves et
puis après j’ai toujours continué. J’aime ça, c’est un joli passe-temps.
Ici nous nous trouvons à côté de
Pierre-Alain, salut Pierre-Alain.
Salut.
Qu’es-tu es en train de faire ?
Je
suis l’arrache cœur. J’arrache les cœurs des choux, c’est trop dur pour manger
et puis ça peut bloquer le rabot. J’enlève les premières feuilles et je les nettoie
un petit peu et après on met de l’eau et sur chaque cuve on rajoute ces
feuilles.
Et toi de quelle manière es-tu venu dans
ce groupe ?
J’ai
connu Kurt à une assemblée syndicale et il m’a expliqué la passion qu’il avait
de faire de la choucroute. Une fois je suis venu voir et ça fait quinze ans que
je fais de la choucroute.
Ici nous sommes à côté de Fred, bonjour
Fred.
Bonjour.
Est-ce que vous pourriez nous expliquer
ce que vous faites ?
Je
tasse comme Elie vous l’a expliqué avant, car tout seul c’est trop pénible. Il
faut être en tout cas deux ou trois pour tasser, on se relaie car, à la longue,
c’est pénible toujours de tasser. Comme ça, c’est vraiment bien tassé.
Et j’ai vu, vous faites des différents
goûts, ici avec des lardons.
Oui
celle-là on a mis des petits lardons dedans. Dans certaines cuves, on met soit du
genièvre avec du sel et une autre avec des feuilles de laurier et des clous de
girofle. On ne fait pas toutes les cuves la même chose. Et dans celle-là on met
des petits lardons avec un peu de sel et des clous de girofle. Et après, on
fait les raves.
Et vous cela fait combien d’années que
vous êtes dans ce groupe ?
Le
plus vieux, l’ancêtre, c’est Kurt. Moi ça fait bien une trentaine d’années.
Aujourd’hui c’est le jour où vous faites
le changement d’eau en principe, c’est pour continuer la fermentation.
Exactement,
c’est pour bien nettoyer tout ça avec une louche et des éponges. Je vais
commencer d’enlever cette croûte blanche ainsi que l’eau qu’il y a dessus
jusqu'à la surface de la planche. Maintenant, je vais enlever le dessus de la
choucroute qui n’est pas comestible. Quand on enlève, on sent tout de suite que
la structure de la choucroute devient beaucoup plus ferme et là, on peut
arrêter d’enlever la surface. Après, on prend toujours le dessous et ce qui
était dessus va se mettre dessous et ça va s’égaliser et la structure va
devenir comme celle-ci. Si on veut avoir de la bonne marchandise jusqu’à la fin
de la cuve, il faut toujours faire ça très proprement et bien contrôler et bien
regarder ce que l’on fait.
Fred et Pierre-Alain sont là, qu’est-ce
que vous allez préparer ?
Une
compote aux raves. C’est le même processus que la choucroute. On met du sel, du
vin blanc, on tasse sauf que c’est plutôt des spaghettis et que cela ne se râpe
pas. On essaie de les faire les plus longs possibles, qu’ils ne soient pas
ensembles, collés, qu’ils n’adhèrent pas l’un à l’autre, que ce soit bien quand
on la sort.
Tu t’appelles Kurt Ryf,
tu es l’initiateur de toute cette histoire de choucroute, est-ce que tu
pourrais nous raconter ?
Ça
a commencé dans les années 1976, j’avais une grande cave où j’habitais. J’ai
décidé avec un ou deux copains de faire un peu de choucroute, parce que c’était
en souvenir de mon père qui faisait aussi la choucroute, mais en plus petite
quantité. J’ai décidé que c’était une chose intéressante et que cela pouvait
faire plaisir à des gens. Alors, on a commencé cette histoire de choucroute. Il
y a aussi une jolie anecdote par rapport à mon père. En ce temps-là, la cuve à
choucroute était dans une cave où il n’y avait pas de lumière et je devais,
avec une lampe de poche, éclairer la cuve pour qu’il puisse bien la nettoyer,
enlever l’ancienne eau et laver la pierre, le bois et le linge, car on mettait
un linge en ce temps-là. Quand j’éclairais mal avec la lampe de poche dans la
cuve, je me faisais gronder et comme c’était un Suisse allemand, c’était des
fois assez hard, mais je réussissais toujours à m’arranger avec lui. C’était
une anecdote qui m’est toujours restée et qui me restera toujours…
Et comment es-tu tombé sur les cuves, ce
qui t’a donné après l’idée de continuer ça ?
J’étais
facteur dans un village vigneron, à Cressier, et lors de ma tournée, en étant
assis sur un banc, j’ai vu par une porte entrouverte d’une cave qu’il y avait
une cuve, une de ces fameuses cuve brune comme on voit derrière nous ici qui
était toute seule, là et il n’y avait rien du tout dedans et j’ai demandé à ce
monsieur ce qui se passait avec cette cuve et il m’a dit : « Oh mais
elle m’embête, je ne sais pas quoi en faire. » Vu que j’avais l’intention
de créer cette histoire de choucroute, je lui ai carrément dit que cet
après-midi, après ma tournée, vers cinq heures du soir, je viendrais la
chercher et la mettre dans ma cave pour commencer à faire de la choucroute
pendant la saison, au mois d’octobre.
Vous avez assez de succès avec votre
choucroute, vous avez quand même pas mal augmenté ?
Au
départ, on avait deux cuves et ça s’est dit de bouche en bouche et les gens
disaient : « Oh le facteur et ses copains font quelque chose de super
bon. » C’est quelque chose de bon à manger et qu’on peut utiliser comme
légume. Ça a du succès et de fil en aiguille, ça s’est un peu agrandi. Et
maintenant on se retrouve, on est six, le travail se fait toujours avec plaisir,
bien que c’est beaucoup de travail. Ça fait toujours plaisir de nous retrouver
et on a toujours quelque chose à se raconter.
Pour la préparation de votre table vous
ne faites pas seulement la choucroute comme on la connaît avec du jambon et des
wienerlis, mais on peut faire plein d’autres choses avec.
On
est plutôt axé sur quelque chose de traditionnel, ce qui veut dire faire de la
choucroute avec du fumé. La choucroute, c’est toujours un légume. On peut faire
de la choucroute avec un bœuf bourguignon ou un ragoût ou un rôti traditionnel.
Ce sont les hommes qui font la
choucroute et ensuite les femmes se joignent pour la manger et qui font la
cuisine.
Voilà
exactement. On a deux cuisinières. Pendant qu’on change l’eau ou qu’on sort de
la choucroute, on leur demande de nous préparer quelque chose, des petits encas
pour caler notre estomac avec les bonnes choses qu’elles nous font.
Monique
La
choucroute : une couche de choucroute au fond, deux saucissons, remettre
des couches de choucroute, 3-4 carottes pour ôter l’acidité, un litre et demi
de vin blanc et la cuire trois heures et demi. Avec ça, on a fait du lard, des
viennes et du saucisson.
Comment vous savez quand elle est bonne
ou pas ? Faut-il la goûter ?
Oui.
Là, elle est encore trop croustillante. Il lui manque encore une heure de
cuisson, parce qu’elle n’est pas tout à fait cuite. Là, je vais la remettre
gentiment sur 200 degrés. Il lui faut environ 3 heures et demi pour la cuire et
quand elle sera bien juteuse bien onctueuse, on pourra la manger. Vous verrez,
vous l’avez goûtée maintenant et, quand on la servira, elle aura un autre goût.
C’est mieux de faire comme ça que dans
la marmite à vapeur ?
C’est
vrai qu’il y a des gens qui se facilitent la vie en utilisant des trucs comme
ça. Dans la marmite à vapeur, vous mettez ça d’eau et puis en quinze minutes
elle est cuite. Elle n’a pas le temps de prendre du goût à part ce que vous
mettez vous. Tandis que là, elle est naturelle. Elle cuit dans le vin blanc,
elle prend son jus. Vous ne pouvez pas faire une choucroute en quinze minutes,
cela n’est pas possible.
Alors ce soir, il y a Jeannine qui a
fait des super feuilletés avec la choucroute. Est-ce
que tu connais un petit peu son secret ?
D’après
ce que j’ai pu entendre c’est des feuilletés à la choucroute. À l’intérieur, il
doit y avoir une lamelle de saumon et de la crème. Cela a été cuit au four et
ça a donné des feuilletés et pour ce soir pour ce fameux souper choucroute, par
rapport au début de la livraison de choucroute qui va débuter à Noël, c’est la
fête, les feuilletés d’apéritif. C’est elle qui nous a préparé l’apéro.
Interviews réalisées par Linda Fischer
et Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Vanessa Arm