Défilé de mode à Perreux

 

 

Jean-Pierre Castella

 

Dans le cadre des ateliers, on essaye de faire un événement par année. Cette année, on a axé un petit peu sur le tissage. Je pense que l’année prochaine, on va créer un autre événement qui sera peut-être pas forcément en lien direct avec l’atelier de tissage, mais peut-être avec un autre atelier. On cogite… L’atelier tissage date maintenant depuis 2004. À l’époque, les salariés qui y travaillent ont dû apprendre le tissage. Il y a quand même un certain nombre de gestes qu’il faut connaître. Au fil des années, ils ont atteint un niveau, des capacités qui nous permettaient de faire des tissus un peu plus « haut de gamme » que ce qui se faisait jusqu’à maintenant. C’est pour ça qu’en novembre 2007, j’ai eu l’idée de prendre contact avec l’École d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds pour voir si une collaboration était possible. C’est de là qu’est partie l’aventure. La doyenne de l’École d’arts, Mme Ferracani, s’est déplacée en nos ateliers, a vu un petit peu les tissus qui s’y faisaient et l’École d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds a estimé qu’on avait atteint une qualité suffisante et c’est de là que la collaboration est née. Les stylistes de La Chaux-de-Fonds, dans le cadre d’un cours sur le processus de formation, ont créé des modèles sur la base de nos tissus. Ensuite, ils ont collaboré en duo avec des couturières de 3ème année de formation aussi de l’École d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds pour créer les modèles qu’on a présentés le 14. C’était une aventure, l’atelier a produit plus de 40 mètres de tissus pour cette expérience. Il y a eu un peu de stress, des délais pas toujours faciles à tenir. Mais, l’un dans l’autre, on arrivait pile poil au 14…

 

 

Regula Ineichen

 

Nous, on choisi les couleurs. On a proposé des tissus, les couleurs, parce que nous, on n’est pas dans le secteur mode. Nous, on ne sait pas très bien quelle couleur est vraiment adaptée à ce jour. C’est eux qui nous ont donné un peu des idées. Quelles couleurs choisir pour qu’elles se vendent bien. Moi, j’ai aussi appris de prendre les couleurs qu’ils aimaient bien. On a fait nous-mêmes, mais ils donnaient aussi leur avis. C’était un travail d’ensemble. Pour faire les tissus, on a fini au dernier moment. On travaille mieux quand on est un peu stressé quelque fois et on est forcé de vraiment bien faire. C’était bien pour tout le monde. On sentait, ça travaille… ça fait du bien.

 

L’équipe a bien participé, à bien vécu ?

Oui. Ils étaient tout fiers. Ils voulaient tout montrer. Ils ont eu beaucoup de confiance de travailler comme ça. Ils étaient très fiers et je trouve aussi que les gens sont contents de travailler là. C’est important d’avoir du travail comme ça.

 

 

Ici, nous sommes à côté de David, bonjour David.

Bonjour.

 

Vous êtes en train de faire un joli tissu, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça se déroule ?

Oui, oui. Cela fait environ deux mois que je travaille là-dessus. J’aime beaucoup travailler là-dessus, parce que c’est très technique aussi. La matière, c’est du coton et du lin. On fait aussi du jeans, pull, tout ça… Au début, j’avais un peu peur de venir travailler sur cette machine, il y a des pédales. Il y a quatre cadres comme vous le voyez ici. Il faut toujours faire un, quatre, deux, trois. Il faut toujours respecter les un, quatre, deux, trois, sinon sur le tissu, on voit qu’il y a des fautes et on doit démonter. C’est une perte de temps et ce n’est pas très joli.

 

 

Regula Ineichen

 

On a décidé un peu les deux quel matériel on choisissait. Cela dépend de ce que l’on aime. On a choisi le coton et le lin. Ces tissus sont faits à 50 % de ces matériaux et après, il y a différentes entreprises qui nous fournissent ces matériaux.

 

 

Jean-Pierre Castella

 

Cette expérience a aussi pris un biais un petit peu particulier dans le sens où le fournisseur d’Ipso Facto Switzerland SA à La Chaux-de-Fonds a décidé d’être partenaire de notre démarche. Tout le travail avec La Chaux-de-Fonds s’est fait sous forme de concours avec le dernier événement, le 20 novembre, la remise des prix aux élèves. Dans ce cadre-là, les stylistes ont créé un concept. Il y a eu un premier jury qui s’est tenu où les élèves présentaient leurs vêtements mais sur dessins. C’était la première étape et ensuite, ils les ont réalisés avec des couturières de La Chaux-de-Fonds pour le jury du 20 novembre à laquelle Regula assistait et qui a décerné des prix, certes pas énormes, mais quand même des prix, ce qui donne un peu de piment pour les élèves. C’était leur première confrontation un petit peu à ce monde de la mode qui n’est pas toujours facile.

 

 

Regula Ineichen

 

Avant, il faisait avec la navette plus qu’avec les mains. Maintenant, il tire un fil, ça donne un bruit et c’est ça le changement de travail et la largeur. Avant, il travaillait sur 40 et maintenant il travaille sur un mètre. C’est ça.

 

 

David

 

Je veux aussi dire un truc qui est un peu rigolo. J’ai mon collègue qui travaille à côté de moi qui tape un peu comme ça… moi, je suis sur mon métier et on joue avec le rythme. Lui fait boum et moi je fais boum. On entend un boum et boum….

 

Alors, vous faites presque de la musique.

Je suis musicien aussi. J’aime beaucoup le djembé, j’ai un synthé…

 

Vous avez aussi participé aux préparations du défilé de mode. Vous avez vécu ça comme ça le défilé de mode ?

Non. J’y ai participé aussi question de musique. Ils sont venus me montrer, mais je n’ai pas vraiment préparé, c’est plutôt M. Castella et les autres.

 

Vous êtes allé voir le défilé ?

Oui, je suis allé voir. Cela m’a beaucoup plu et je suis monté sur scène à la fin, parce que j’étais… M. Castella a dit : « Maintenant, on invite sur scène ceux qui ont fait les tissus, c’est-à-dire les ateliers de Perreux. » J’ai reçu une rose, cela m’a fait plaisir.

 

 

Jean-Pierre Castella

 

Tout ce processus s’est fait au travers des tissus et c’est lors de ce défilé que les gens se sont vraiment rencontrés. C’est là qu’il y a eu la rencontre humaine et les stylistes parlaient des tissus qui sont sortis des tissages en termes de spiritualité. Cela leur faisait penser aux moines bouddhistes. En ne connaissant pas qui avait tissé ces tissus et là, il y a eu la rencontre humaine. C’était ça je pense, le principal intérêt de cette expérience qui est aussi une rencontre de deux mondes parallèles que rien n’obligeait à se rencontrer en fait. Le monde de la mode, les stylistes, l’affirmation de soi, le paraître et le monde un peu plus obscur des institutions surtout avec une connotation psychiatrique qui sont peu connues en fait. C’est cette rencontre qui était riche en émotion, en tout cas pour moi, et j’ose espérer aussi pour tout le monde. Je ne sais pas ce que tu en penses ?

 

 

Regula Ineichen

 

Oui, c’est juste. Pour les gens qui travaillent là, un ou deux avaient peine à monter sur scène. Il a fallu vraiment les appeler une fois pour qu’ils viennent et j’ai trouvé que ça faisait encore pour nous tous, du bien, de dire qu’ils avaient bien travaillé, bien collaboré. C’était bien. Moi je suis très étonnée que les gens avaient une autre vue sur Perreux et c’est ça que j’aimerais, que les gens viennent plus facilement à Perreux pour voir les gens qui travaillent, qui sont contents de travailler là. C’est aussi valable pour les gens qui ont peut-être un peu peur de ce qui se passe à Perreux. C’est ça aussi qui fait qu’ils ont plus de force pour venir visiter Perreux. C’est ça.

 

 

Jean-Pierre Castella

 

Peut-être ce que je pourrais rajouter, je suis peut-être un petit peu un dinosaure dans le social, c’est vrai que maintenant, avec les systèmes de qualité, les exigences qu’on a, on est de plus en plus envahi sous la paperasse. Moi, je tiens tout de même, tout en faisant notre travail, à garder l’aspect émotif, passionnel dans le travail. Ici, ce qu’on ressent dans l’atelier de tissage, ce n’est pas simplement un atelier, il y a quelqu’un, en l’occurrence Regula qui transmet une passion. Là, le travail social prend toute une autre dimension. Ce qui m’a aussi touché, c’est que tout ce défilé de mode a été préparé par deux jeunes stagiaires qui effectuent leurs premières armes un petit peu dans le social et on trouvait important qu’elles vivent cette expérience-là. J’espère qu’elles ont ressenti un petit peu notre passion et que, dans vingt ans, elles accueilleront les stagiaires avec passion, parce que c’est le moteur de notre travail malgré tout.

 

 

Regula Ineichen

 

Vous pouvez venir du mardi dès 08h30 à midi on ferme deux heures et le soir dès 16h30 vous pouvez venir regarder, toucher les tissus et voir. On n’a pas encore beaucoup de stock, mais on peut vous fournir pour le printemps…

 

 

Interview réalisée par Linda Fischer

Texte retranscrit par Françoise Berthod