Christian Beuret :
Association Projets Sud
Alors François, on va où ?
Salut
Christian, nous allons maintenant à Petionville dans
le projet de l’école mixte « Cœur de Jésus » à Jalousie.
C’est jour d’école ?
C’est
ça. Lundi 14 avril 2008.
Combien d’enfants aujourd’hui ?
Il
y en a environ 21 aujourd’hui.
Combien de professeurs ?
Aujourd’hui,
il y en a 5.
Cinq professeurs.
Il
y a deux cuisinières.
Deux cuisinières ?
Oui.
Et maintenant, on monte à Belle-Main ?
Nous
sommes à Belle-Main 31.
Situation générale de
Port-au-Prince ?
Un
petit peu calme, mais pas vraiment.
Les stations d’essence sont fermées ?
Oui,
oui.
La police pas trop nerveuse ?
Pas
trop nerveuse, un petit peu calme… C’est à suivre. Mais la situation n’est pas
en bon état à 100 %, mais je
peux dire qu’aujourd’hui, elle est à environ 25 %.
Bonjour Christian Beuret.
Bonjour
François.
Vous êtes membre de l’Association
Projets Sud. Parlez-nous de cette association.
L’Association
Projet Sud s’est créée en l’an 2000 lors d’un voyage que nous avions effectué
avec mon ami Philippe. Nous avions rencontré à ce moment-là un pasteur un peu
oublié, je dirais, par rapport au projet qu’il avait, puisqu’il avait créé une
école sans aucun soutien de l’État. Nous avions décidé à ce moment-là de créer
cette association pour soutenir son œuvre. Le pasteur François a fondé une
église baptiste. Il est le guide, le dirigeant et en parallèle, il a créé une
école pour le quartier où il a installé cette église, dans un quartier
populaire, en haut de Port-au-Prince dans une petite ville qui s’appelle Petionville, dans un quartier bidonville de 80'000
personnes qui s’appelle Jalousie.
Vous êtes partis en voyage à
Haïti ?
Ça,
c’était en l’an 2000. On est parti une première fois et on y est retourné cette
année, huit ans après, pour voir un tout petit peu où le projet en était. Si de
nouveaux besoins avaient émergés, comment cela se passait en fait ?
Qu’est-ce que vous avez découvert cette
année ?
J’ai
déjà eu le plaisir de redécouvrir Haïti dans une période un peu trouble,
puisqu’on y était en avril, au moment où il y avait les émeutes qu’on dit
« de la faim », contre la vie chère. Il y avait des émeutes en ville
de Port-au-Prince. Les stations d’essence brûlaient, les gens étaient très
mécontents vu le prix des marchandises. Une ambiance un tout petit peu
nerveuse, je dirais. Le grand plaisir de retrouver mon ami, le pasteur François
Joseph, qui travaille tant bien que mal au milieu de ces difficultés. On a découvert une école qui marche, une cantine scolaire qu’on
soutient plus spécialement, qui nourrit les enfants une fois par jour. On a
fait un calcul très précis pour savoir ce que coûtait une assiette pour nourrir
un enfant dans l’école, en étudiant bien les marchés, on arrive à une assiette
à un franc suisse.
Et cette école est-elle ouverte pour
tout le monde, pour tous les enfants ?
Elle
est ouverte pour les enfants du quartier, pour les enfants de l’église, mais
aussi pour les enfants qui environnent ce bâtiment. On estime à 50 % les enfants qui peuvent aller à
l’école. Il n’y a pas d’écoles publiques gratuites généralisées. Beaucoup
d’enfants ne vont pas à l’école.
Quel est le rôle de Projets Sud ?
Au
départ, on est arrivé dans cette école, dans ce quartier un peu par hasard. On
a rencontré François Joseph tout à fait par hasard, parce que non seulement, il
est fondateur de l’église, directeur de l’école, mais il a aussi une famille
qu’il doit nourrir et, pour cela, il fait de la maçonnerie et des taxis. C’est
vraiment tout à fait par hasard, on cherchait un chauffeur de taxi pour se
déplacer dans le pays, qu’on est tombé sur lui. En discutant avec lui, il nous
a amené dans son église et on s’est rendu compte que dans cette école, les
enfants étaient bien là, mais qu’ils dormaient à moitié. Le fait de ne pas se
nourrir régulièrement empêchait quelque part la connaissance d’entrer dans
leurs têtes, si on veut. Notre idée a été de dire, on va nourrir les enfants
pour qu’ils puissent mieux suivre l’enseignement donné. C’était le premier
projet. Depuis cette année, on a étendu un petit peu nos activités en soutenant
également l’école, parce que le pasteur François a beaucoup de peine à garder
ses professeurs, même s’il ne les paie pas beaucoup, puisqu’il les paie entre
60 et 70 dollars américains par mois. Mais il n’a même pas ça pour leur donner,
les parents ne payant pas régulièrement l’écolage. On a décidé de trouver un
peu plus de moyens encore pour soutenir le coût de l’école et voilà. On va
faire tout ce qu’il faut pour essayer d’envoyer quelque chose comme 18 000 francs suisses par année sur
place pour nourrir 80 enfants pendant toute l’année scolaire une fois par jour,
les jours d’école et pouvoir autant que possible payer les professeurs. Ça,
c’est le projet avec le pasteur François.
Et où trouvez-vous ces moyens en
général ?
Avec
les années, d’une part, on a réussi à établir des donateurs réguliers, des gens
qui donnent tous les mois dix francs, vingt francs, cinquante francs. On a
quelque chose comme 5 à 6 000
milles francs de dons annuels. On fait d’autres actions, ces dernières années,
un match au loto au profit de l’association à Cortaillod. On vient de le faire
le 18 octobre dernier. On va en refaire un au mois de juin. On fait des petites
actions, des repas. On fait des stands de marché. On est dans un pays très
riche. Là-bas, c’est un pays très pauvre. Il y a peut-être quand même quelque
chose à faire et quelque chose à prendre de notre temps. Il faut très peu de
temps en fait, il faut quelques heures par mois. De temps en temps une action,
deux, trois lettres, etc. pour pouvoir permettre quelque chose d’important,
c’est-à-dire de nourrir 80 enfants. C’est vrai que souvent, ici, les gens se
sentent impuissants face à la misère du monde et c’est vrai qu’on l’est pour
beaucoup. Mais il y a quand même des petits gestes à faire. Des gestes qui ont
extrêmement d’importance vu de là-bas. Vu d’ici, ce n’est peut-être pas
grand-chose 20 000 francs, mais
vu de là-bas, ça permet à une école de vivre ! Quand on arrive là-bas, on
est important pour le pasteur, parce que si on n’est pas là, son école aura
beaucoup de peine à continuer. Ne serait-ce que ça. Mais en même temps, on a
établi une relation avec lui très particulière, parce que Philippe Jaquet qui est dans l’association, va à Haïti et rencontre
le pasteur deux fois par année. C’est lui qui va directement apporter cet
argent et qui effectue le suivi de six mois en six mois. C’est vrai que c’est
plus une relation d’amitié et d’aide solidaire que de charité chrétienne.
Mis à part Projets Sud, existe-t-il
d’autres sources de revenus pour le pasteur François ?
Lui,
c’est son propre travail et le soutien de l’église, les membres de son église
qui soutiennent aussi l’école et les parents quand ils le peuvent. Mais, c’est
extrêmement peu, extrêmement faible.
Vu les conditions qui existent là-bas,
je pense que c’est très peu.
C’est
très peu. C’est quelques milliers de francs qui peuvent entrer dans le projet
de l’école de la part des Haïtiens.
Pasteur François
Là,
c’est la partie où il y a beaucoup, beaucoup de gens qui n’ont pas de moyens,
même pour envoyer les enfants à l’école, pour vivre, pour construire une petite
maison. Si vous allez regarder dans la vidéo, vous allez voir des petites
maisons où il y a sept ou huit personnes qui dorment. C’est vraiment peu pour
elles. Les gens sont donc confrontés à des crises de foi et viennent auprès de
nous, auprès de notre congrégation et disent : « Pasteur nous n’avons
pas de moyens pour vivre, pas d’habits pour sortir, pour aller à l’église, même
pour nos enfants et ils ne peuvent pas aller à l’école. »
Est-ce que les gens ici ont faim ?
Ah
oui. Tout le monde. Je peux dire 70 à 80 %. Donc vous venez d’assister à
ça. Quand il y a des Blancs, ils disent vous n’avez rien apporté pour moi.
C’est comme ça.
Que ce soient les enfants de ton école,
de ton quartier ?
Oui.
Même les parents aussi.
Tu appellerais ça de la faim ou de la
malnutrition ?
La
faim. Il y a pas mal de malnutrition aussi. C’est vraiment plus, la faim.
Ils n’ont pas les moyens pour se
nourrir ?
Non.
Pour s’habiller ?
Pour
s’habiller, pour se nourrir, pour construire une petite maison pour habiter, il
n’y a pas de moyens.
Mis à part les projets que vous avez
cités par rapport à la cantine, à l’école, existent-ils d’autres projets ?
C’est
vrai que ce voyage nous a montré l’état de l’école. L’école, c’est quelque
chose de très particulier, c’est une maison sur deux étages et il faudrait
qu’il y en ait trois. En attendant, les petites classes sont au sous-sol dans
des conditions difficiles. Notre projet, c’est vraiment de trouver quelques
milliers de francs, François estime à 5 000 francs le fait de pouvoir
couvrir ce troisième étage qui est presque terminé. Mais il avance depuis cinq
ans dans cette construction et il achète brique après brique, en fonction des moyens
qu’il a. On va essayer de trouver 5 000 francs pour pouvoir terminer cette
construction. Ça, c’est le premier projet. Le deuxième projet, c’est de
soutenir un projet dans un autre quartier, le quartier Delmas.
C’est un projet de santé communautaire avec une professionnelle haïtienne sur
place que l’on connaît bien, qui est formée dans ce métier pour accompagner,
dans la rue, chez les habitants, des projets de santé, de conseils, de
formation des matrones, des sages-femmes. Elle va dans les rues, dans les
assemblées pour faire de la prévention Sida. On va la soutenir, on va payer son
salaire qui équivaut à quelque chose comme deux milles francs par année pour
qu’elle puisse faire ce travail.
Merci beaucoup Christian Beuret d’avoir partagé vos projets avec nous. Nous espérons
que la prochaine fois que vous irez à Haïti, nous pourrons vous revoir et voir
l’évolution de ce projet.
Très
gentil à vous François et merci de m’avoir accueilli dans votre studio.
Pasteur François
Je
dis merci à tous nos amis, nos collaborateurs et surtout aux participants qui
nous ont vraiment supporté et qui ont fait beaucoup d’efforts. Pour moi, je
comprends vraiment, tous les efforts qu’ils ont déployé, tant d’efforts pour
nous aider. Je vous prie de rester ferme même avec le peu de possibilités que
vous avez de nous aider encore, parce que le travail est vraiment dur et lourd
à Haïti. Je vous remercie infiniment.
Interview réalisée par François Gombàs
Texte retranscrit par Françoise Berthod