Club Gym et Arts Martiaux de La Côte à Peseux

 

 

Beni

 

Le Club Gym et Arts Martiaux de La Côte à Peseux a été fondé en 1992 ici à Peseux. Avant je faisais partie d’un club à Neuchâtel avec Nourredine Manaï, le champion du monde. On a travaillé pendant onze ans ensemble et depuis là, nos chemins se sont séparés. De toute façon, on reste toujours dans la même branche et on a de bons contacts. Depuis 1992, on n’a jamais arrêté ici dans cette salle.

 

Que se passe-t-il dans cette salle ?

Dans cette salle, j’ai une gamme de jeunes, 60 % c’est des jeunes de 7 à 21 ans, si on peut dire comme ça, et il y a une trentaine d’adultes. On essaye justement avec ces jeunes, on travaille dans une manière, la philosophie de canaliser la violence, la surcharge d’énergie et on élimine les toxines petit à petit avec le temps.

 

Quels sont les différents sports qu’on peut pratiquer ?

Ici, on fait le semi-contact, c’est pour les enfants. C’est un sport dès qu’on peut toucher, on arrête. Le light-contact, c’est un sport qui est comme le full, mais sans appuyer les coups, et le full contact, où le ko est autorisé. Voilà les trois branches essentielles et on fait du self-défense aussi.

 

 

Sarah

 

Pourquoi tu fais du full-contact ?

Quand j’étais petite, il y a des garçons qui me tapaient et ma mère a voulu que je choisisse un sport. J’ai choisi le full-contact.

 

Et maintenant, qu’est-ce que cela a changé ?

Maintenant, je sais mieux me défendre.

 

 

Vjosa

 

On bouge les bras, les jambes, il y a tout. On a confiance en nous d’abord si on fait un sport. Il y en a qui font attention, parce qu’ils croient que je suis comme ça dehors, mais c’est le contraire. On vient ici pour se défouler. Dehors, on est complètement différent, on est plus libre, on n’a pas besoin de chercher…

 

 

Beni

 

Qu’est-ce qui vous fait dire que quand on pratique ce sport, on est moins violent ensuite dans la rue, dans la vie ?

Parce qu’à force de pratiquer, de travailler dans la salle, de ramasser les coups, on peut dire comme ça, mais amical, il ne reste rien pour dehors. L’agressivité, on la laisse ici. On a aussi une règle, j’explique à mes élèves, en rentrant dans la salle, vous saluez. Cela veut dire que vous entrez dans un esprit entre guillemets « violent » et en sortant, on fait exactement la même chose, on laisse tout là-dedans et on sort. On est des êtres humains comme les autres !

 

Comment vous leur expliquez qu’à la récréation, ils n’ont pas le droit d’utiliser ce qu’ils ont appris ici ?

Oui, c’est le point primordial. On explique aux enfants que tout ce qu’on apprend, on n’ose pas l’utiliser à l’extérieur. On peut se défendre en self, mais on ne l’utilise jamais. Le plus fort, c’est celui qui part le plus rapidement à la maison… Éviter le contact physique avec les autres.

 

Sur le plan personnel, qu’est-ce que cela leur rapporte également sur le plan moral, sur le plan psychique ?

Déjà, on dit toujours que c’est un mariage à l’extrême entre le haut et le bas qui fait qu’un gamin, souvent on entend dans les écoles, c’est un gamin qui n’arrive pas à avoir la coordination des mouvements et tout ça. Il a un problème de direction et ici, c’est la base du travail, c’est la coordination des mouvements entre le haut et le bas du corps et moi j’appelle ça vraiment par excellence un mariage entre le haut et le bas.

 

Mais ça c’est surtout pour le physique, maintenant sur le plan psychique ?

Sur le plan psychique, on entraîne à maîtriser, on apprend à respecter l’adversaire qui est en face et on apprend à avoir une estime énorme de l’être humain, parce qu’on dit toujours que l’être humain, c’est quelque chose qui est gracieux et on doit l’être. Travailler ensemble, on doit former une société, c’est le but de la salle, de créer un entourage très social, d’avoir vraiment une famille. Pas plus loin que ça, vraiment créer une famille où il y a un respect mutuel entre tout le monde. Les coups durs, on ne les voit pas, à part dans les compétitions et à l’entraînement aussi, parce que pour avancer, je crois que de temps en temps, il faut qu’on sente ce que cela veut dire d’avoir un coup dur pour apprendre à amortir et à s’occuper un peu aussi en même temps.

 

Pour des parents qui ont des enfants qui ont des problèmes, quels genres de problèmes pour un garçon ou une fille timide, pour un garçon ou une fille qui est très violent, c’est finalement pour tout le monde presque ?

C’est pour tout le monde, mais je travaille aussi de temps en temps avec des pédagogues, des psychologues. Ils m’envoient des gamins qu’on appelle des gamins perturbés, des gamins en surcharge d’énergie, des gamins qui n’arrivent pas à s’arrêter… On fait ça ici, parce qu’on a un cadre de respect. Cela veut dire qu’il y a une discipline martiale. Le gamin n’ose pas faire n’importe quoi, il doit suivre vraiment le travail qui est proposé par le maître ou par la personne qui gère le cours, le moniteur.

 

Beaucoup d’enfants aujourd’hui ont des problèmes, parce qu’ils ont malheureusement des parents qui n’ont pas la chance de les éduquer comme il faudrait. Vous êtes donc plus qu’un entraîneur, vous êtes presque un éducateur aussi ?

Oui. C’est une bonne occasion justement de sortir ces valeurs du travail d’éducateur, de mettre à l’honneur un sport de combat, ça c’est vrai. Je crois qu’avec les gamins pendant ma pratique de 30 ans, franchement on a vu une évolution énorme. On a vu des enfants, ce n’est pas que les parents ne savaient pas les éduquer, mais le temps manquait, cette surcharge, cette vie sociale qu’on a aujourd’hui, ces gamins qui viennent ici, j’ai eu un retour des parents, un remerciement énorme. Ils m’ont dit : « Quand mon gamin, il rentre à la maison, il est tout fier de lui. Il arrive à se maîtriser, il n’est plus comme avant. En plus, il me parle, il veut faire des compétitions, il est heureux, il a trouvé son chemin. »

 

 

Georges Jourdain

 

J’ai fait aussi des bêtises comme tout le monde, c’est normal, parce qu’à un jeune, doit essayer de mettre des barrières. De temps en temps, en qualité de jeunes, j’ai été aussi jeune, j’essayais d’aller toujours un peu plus haut. Mais à la maison, j’avais mes parents qui me disaient : « Halte, là ça ne va pas. » De temps en temps, les parents devraient dire aux enfants, adolescents : « Halte ! » On ne dit pas assez « halte », ça c’est le grand problème de notre société. On arrive dans une société, c’est vrai que maintenant il y a tellement d’informatique. Il y a tellement eu d’évolutions qu’on ne peut plus trop gérer ça, par rapport à tout, les médias, l’informatique. Il se passe quelque chose en Chine, cinq minutes après tout le monde le sait. Tandis qu’avant, c’était différent. On avait de temps en temps un téléphone, mais de temps en temps, on écrivait aussi, on marquait, on s’envoyait des messages comme ça. Maintenant, je crois que notre société n’a pas pu tout gérer ce problème de jeunesse et c’est dommage. Moi j’estime que les autorités devraient aussi pouvoir dire maintenant, au lieu de parler d’argent, ce qui est tout à fait normal, mais de temps en temps les autorités, le pouvoir public devraient pouvoir dire : « Que veulent nos jeunes dans notre société, ils veulent quoi ? » Les valeurs des enfants, je crois que c’est les parents, la faute un peu des parents de donner maintenant une certaine valeur aux enfants. Par rapport au sport, moi je peux vous le dire, j’entraîne aussi passablement de jeunes. Maintenant j’entraîne un peu moins, parce que j’ai eu un accident assez grave, mais par rapport à ça, chaque fois que je vais dans un club, dans un dojo, je me pose toujours un peu des questions. Les jeunes quand ils arrivent, que ce soit pour le judo, le full-contact, self-défense, au départ, ils ont toujours un peu peur. Moi, je demande toujours quand j’entraîne des jeunes, le respect de soi-même et la propreté. Le sport, ça apporte beaucoup. Dans toutes les situations, dans mon métier, je le pratique encore, si je n’avais pas fait de sport, j’aurais peut-être pu déborder. Par rapport au sport de haut niveau, ça m’a donné une certaine confiance, un certain équilibre en moi-même et la première chose, moi je dois respecter tout le monde. Je respecte même mon adversaire. L’adversaire doit aussi me respecter. C’est le rôle des adultes, c’est le rôle des parents d’expliquer ce que c’est que le respect. Merci.

 

 

Beni

 

Cette remise de médailles, ça concerne, on le fait pendant six mois, les enfants donnent les cours à ma place, toujours les petits. Ils donnent les cours à ma place et on a des critères à remplir. Chaque enfant donne les cours et à la fin des cours, on fait une sorte de votation ensemble. Est-ce qu’il est un bon pédagogue, est-ce qu’il a travaillé physiquement juste, est-ce qu’il avait une discipline, est-ce que ses copains l’ont respecté, est-ce qu’il a fait la coordination dans le mouvement ? Et à la fin, on donne une note. Pendant ces six mois, chaque gamin passe et à la fin, moi aussi, j’ai le droit de plus, c’est-à-dire ma voix est doublée lors du vote. Mais ce qui est très important et très étonnant, on arrive exactement à la même chose, c’est-à-dire que je ne peux pas dire : « Non, ce n’est pas vrai », parce qu’il est juste. Aujourd’hui, on va justement remettre les prix à ces trois premières places et aux autres, on ne va pas les laisser de côté, on va donner des petites médailles, des petites coupes pour les mettre dans le bain et on renforce leur intérêt pour l’année prochaine. Maintenant, c’est presque annuel. On sait que c’est une culture de la salle. En même temps, on remet des prix de sportif de l’année, les mérites sportifs. On en fait un pour les adultes, un pour les enfants.

 

 

Lorain

 

Avant je faisais du judo et j’ai arrêté, parce que je n’avais plus envie. Mon frère faisait ce sport avant. Maintenant, il est à Lausanne et ne peut plus le faire. Il m’a dit d’essayer, parce qu’il pensait que cela me plairait. Il me connaît bien. J’ai essayé et j’ai trouvé bien.

 

Pourquoi tu préfères le full-contact plutôt que le judo ?

Disons que le judo, je trouve un peu lent… on devait faire des techniques comme ça. Tandis que le full-contact, on fait un peu ce qu’on veut… On ne fait pas ce qu’on veut, mais on donne les coups qu’on veut comme ça tandis que là, à part dans les combats, on devait faire des enchaînements et tout…

 

Le full-contact, c’est quand même un sport où l’on peut se faire beaucoup plus mal que le judo ?

Ouais mais en même temps, je ne sais pas trop. On a des protections et tout, on fait attention quand même. C’est comme il a dit Beni, c’est du full-contact. Si on touche juste, on ne risque pas de se faire mal, à part de se tordre un pied ou comme ça.

 

Tu as des rêves, des ambitions. Tu aimerais faire de la compétition sérieusement ?

Ouais. Beni a dit qu’on allait faire de toute façon de la compétition. Oui, j’aimerais bien. Je me réjouis.

 

Là aujourd’hui, tu as reçu une coupe, tu peux nous en parler. Comme meilleur entraîneur, ça veut dire quoi ?

On a donné chacun notre tour un cours et après c’est les copains qui votaient. C’était une bonne expérience. On voit comment cela se passe, si on n’arrive pas trop à gérer, comment c’est dur… Moi, je trouve que c’était bien.

 

On m’a dit qu’il y avait beaucoup de disciplines, qu’est-ce que tu en penses ?

Moi je n’ai pas eu beaucoup de points en discipline. J’étais gentil avec mes copains, mais… Il ne faut pas que ce soit la foire et que tout le monde aille dans tous les sens, sinon on n’arrive plus à s’entraîner.

 

C’est aussi pour une question de sécurité, la discipline ?

Oui, parce que si on fait n’importe quoi, on risque de se blesser. Après dans les combats, on ne sait pas quoi faire et on se tape n’importe comment, après on peut se faire mal.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod