Victor Hugo : Il fait froid
L’hiver
blanchit le dur chemin
Tes
jours aux méchants sont en proie.
La
bise mord ta douce main ;
La
haine souffle sur ta joie.
La
neige emplit le noir sillon.
La
lumière est diminuée…
Ferme
ta porte à l’aquilon !
Ferme
ta vitre à la nuée !
Et
puis laisse ton cœur ouvert !
Le
cœur, c’est la sainte fenêtre.
Le
soleil de brume est couvert ;
Mais
Dieu va rayonner peut-être !
Doute
du bonheur, fruit mortel ;
Doute
de l’homme plein d’envie ;
Doute
du prêtre et de l’autel ;
Mais
crois à l’amour, ô ma vie !
Crois
à l’amour, toujours entier,
Toujours
brillant sous tous les voiles !
À
l’amour, tison du foyer !
À
l’amour, rayon des étoiles !
Aime,
et ne désespère pas.
Dans
ton âme, où parfois je passe,
Où
mes vers chuchotent tout bas,
Laisse
chaque chose à sa place.
La
fidélité sans ennui,
La
paix des vertus élevées,
Et
l’indulgence pour autrui,
Eponge
des fautes lavées.
Dans
ta pensée où tout est beau,
Que
rien ne tombe ou ne recule.
Fais
de ton amour ton flambeau.
On
s’éclaire de ce qui brûle.
À
ces démons d’inimitié
Oppose
ta douceur sereine,
Et
reverse-leur en pitié
Tout
ce qu’ils t’ont vomi de haine.
La
haine, c’est l’hiver du cœur.
Plains-les !
Mais garde ton courage.
Garde
ton sourire vainqueur ;
Bel
arc-en-ciel, sors de l’orage !
Garde
ton amour éternel.
L’hiver,
l’astre éteint-il sa flamme ?
Dieu
ne retire rien du ciel ;
Ne
retire rien de ton âme !
Texte retranscrit par Françoise Berthod