Anna de Noailles : L’Hiver
C’est
l’hiver sans parfum ni chants…
Dans
le pré, des brins de verdure
Percent
de leurs jets fléchissant
La
neige étincelante et dure…
Quelques
buissons gardent encor
Des
feuilles dures et cassantes
Que
le vent âpre et rude mord
Comme
font les chèvres grimpantes.
Et
les arbres silencieux
Que
toute cette neige isole
Ont
cessé de se faire entre eux
Leurs
confidences bénévoles…
Bois
feuillus qui, pendant l’été,
Au
chaud des feuilles cotonneuses,
Avez
connu les voluptés
Et
les cris des huppes chanteuses,
Vous
qui, dans la douce saison,
Respiriez
la senteur des gommes,
Vous
frissonnez à l’horizon
Avec
des gestes qu’ont les hommes.
Vous
êtes las, vous êtes nus,
Plus
rien dans l’air ne vous protège,
Et
vos cœurs, tendres ou chenus,
Se
désespèrent sous la neige.
Et
près de vous, frère orgueilleux,
Le
sapin où le soleil brille
Balance
les fruits écailleux
Qui
luisent entre ses aiguilles…
Texte
retranscrit par Françoise Berthod