Monsieur Albert Meslay :
Humoriste
Aujourd’hui, nous sommes au théâtre de
Bonjour.
J’ai lu que vous avez appris une fois le
métier de programmeur-analyste. Comment un programmeur-analyste peut devenir
humoriste ?
Il
y a certaines personnes qui sont analystes-programmeurs et qui font de
l’informatique par passion. Ce n’était pas mon cas. Je faisais bien mon travail,
mais ce n’était pas vraiment une passion, même s’il y a une certaine forme de
logique. Évidemment, c’est beaucoup plus agréable d’être comique que d’être
analyste-programmeur dans le quotidien. C’est pour ça que j’ai choisi d’être
comique.
En fait, vous avez eu besoin de temps
pour vous faire mieux connaître. Cela fait plusieurs années que vous êtes très
connu en France ?
Oui,
c’est un boulot. Je suis venu, en France, j’ai beaucoup joué sur Paris en
cabaret, cela demande une présence quasiment quotidienne. J’ai bien fait. On ne
peut pas être comique du dimanche. Il n’y a pas de comiques du dimanche en
France !
Mais vous avez aussi été chroniqueur
dans « Le fou du roi » avec Stéphane Bern ?
Oui
c’est ça. Pendant 4 ans, j’ai fait des chroniques sur France-Inter. Des
chroniques « invité ». On avait un invité, ça pouvait être, je parle
des derniers que j’ai eus, Darry Cowl,
Michel Galabru, un peu tout le people, le show-biz,
surtout des comédiens, peu de politiques, des écrivains où j’avais un papier à
faire deux fois par semaine sur les invités en essayant un peu de les brocarder
sans vraiment être méchant. Cela m’a vraiment appris à écrire, parce qu’on est
obligé de faire deux papiers par semaine. Qu’on se conforme ou non, il faut
réussir à faire rire dix minutes par semaine. Cela m’a beaucoup appris au
niveau de l’écriture.
J’ai vu dans une petite description sur
vous que vous êtes pataphysicien ?
Oui,
la pataphysique, c’est revendiqué par le mouvement surréaliste, la séance des
solutions imaginaires avec Queneau, etc. et c’est une émission sur Canal avec
Ariel Wizman, qui m’ont déclaré en insert : « Albert
Meslay, pataphysicien » et c’est un peu resté.
Cela veut dire en principe des solutions
virtuelles ?
Des
solutions imaginaires, oui.
Vous trouvez que ça vous décrit assez
bien ?
Oui.
J’essaye de trouver des solutions. Je ne sais pas si je suis pataphysicien,
mais j’ai la volonté d’essayer de trouver des solutions.
Pour l’instant, nous sommes en train de
passez une période difficile avec la récession et tout, est-ce que vous pensez
que vous avez un rôle à jouer comme humoriste ?
Oui.
La période est peut-être difficile, mais depuis tout le temps. J’ai travaillé
avec des gens qui sont d’autres générations aussi, d’anciens comiques ou
chansonniers. On a toujours dit que la période était difficile. C’est depuis
tout le temps et leurs aînés avaient entendu dire aussi : « C’est
bien de nous faire rire en cette période » et si on regarde l’histoire, il
y a eu la guerre 14-18, ce n’est pas vraiment drôle, 39-45, ce n’est pas
vraiment drôle. Il y a eu la guerre d’Algérie, il y a eu la crise. Il y a eu
tout, la guerre du Golfe, d’Irak, beaucoup de période ont été difficiles. On
vit une période difficile, peut-être qu’on connaîtra encore plus difficile. Les
périodes, pour moi, sont toujours difficiles. Qu’est-ce qu’on regarde sur la
planète ? Sur le comique, comment je me situe par rapport à ça, d’une part
je dirais que c’est difficile, mais ce n’est pas de ma faute. Moi, ce que
j’essaye de faire, c’est de constater. C’est-à-dire, le monde est un peu
absurde. Quand on voit cette crise financière avec des dizaines et des
centaines de milliards, des gens qui ont joué avec des milliers ou des millions
d’année de SMIC, c’est un peu ahurissant… Et nous simplement pour faire rire,
il suffit de constater. Par exemple, là je donne un petit flash de mon prochain
spectacle. Je constate, c’est les chiffres, que les 100 personnes les plus
riches de la planète autant que les deux milliards les plus pauvres, je dis que
c’est vraiment un scandale. Cela me rend très triste et manque de bol pour la
personne classée 101ème fortune mondiale… C’est d’ailleurs, il y a
des chiffres, il y a toute cette réalité. C’est de savoir, nous humoristes,
comment se placer, comment décrire cette réalité et la rendre drôle…
L’humour de toute façon aide à surmonter
les crises aussi ?
Cela
permet de dire ce qu’on ne peut pas dire normalement. L’humour, c’est une
autorisation d’aller plus loin dans le registre de l’humour. Le dire
directement, on ne pourrait pas !
Vous pensez que l’humour a changé dans
les dernières années, parce qu’il y avait quand même à l’époque Coluche et tout
ça qui faisait des blagues piquantes parfois.
Oui,
là, il y a eu différentes périodes et justement avec cette crise, ce pessimisme
ambiant, on revient à un humour qui s’interroge un peu plus sur le monde et
moins dans le quotidien. Pendant des années, c’est le quotidien. Parler des
portables, de tous les gadgets qu’on peut avoir ou je viens de me faire larguer
ou j’ai largué, etc. Tous les problèmes du quotidien, c’est bien d’en parler.
Je pense qu’on peut aussi parler d’autres choses, essayer d’élargir un peu et
avoir un champ un peu plus large.
Vous ne faites pas des blagues sur des
personnages ?
Non
jamais.
Seulement des situations qui vous
touchent ?
Oui
ou des états de faits. Je parlais de l’Afghanistan. Là, dans mon spectacle de
la dépression, de sujets plus larges comme le Big Bang
ou la vie après la mort, ce n’est pas politique. Mais c’est des questions.
Avez-vous déjà été comparé à Raymond
Devos ?
Oui
parce que j’avais, c’est flatteur d’une part, eu le prix Devos en 1994 et j’ai
eu l’occasion de lui parler deux ou trois fois. Il m’a donné la patate, si l’on
veut, pour faire ce métier-là, parce qu’être reconnu par Devos, pour moi c’est
important. Ce que j’aime beaucoup chez Devos, c’est ce que j’essaye de faire à
mon niveau, c’est jouer avec les mots, c’est considérer les mots comme une
matière et aussi au niveau de la sonorité. On peut jouer avec les sons et aussi
des sens, jouer sur le sens, jouer sur les images et surtout faire rire…
Vous avez un humour très subtil, très
fin, un petit peu absurde ?
Oui
on dit que Devos, c’était l’absurde, aller jusqu’au bout des mots pour arriver
au sens, au non-sens, à la chute, essayer de déceler dans la langue française
et dans les mots, ce qui ne va pas dans le concret.
Interview réalisée par Linda Fischer
Texte retranscrit par Françoise Berthod