Madame Laurence Rondel-Thiébaud : Professeur de piano

 

 

Aujourd’hui nous sommes invités chez Laurence Rondel-Thiébaud. Bonjour Madame Rondel.

Bonjour.

 

Merci de nous recevoir chez vous. Vous êtes professeur de piano diplômée et vous avez fait le Conservatoire à Bienne déjà en 1983. Le piano, cela a toujours été votre vocation ?

Le piano, je l’ai commencé à six ans. C’est clair que j’en ai toujours joué et j’ai eu la chance de pouvoir entrer au Conservatoire très jeune. À seize ans, j’ai pu commencer mes études. C’était pour moi une évidence. Je faisais aussi du violon à ce moment-là. J’ai pu faire ce qu’il me plaisait le plus.

 

C’est très beau quand on peut faire ce qu’on aime dans la vie. Après, vous avez travaillé pendant vingt ans comme enseignante au Conservatoire de Sion. Là, c’était surtout avec des enfants d’après ce que je sais.

Oui. J’avais des classes de tous âges, mais j’ai commencé avec des enfants que j’ai suivis jusqu’à un âge d’adolescent. J’aimais bien aussi les voir grandir. C’était sympa de pouvoir les garder longtemps, puisque je suis restée assez longtemps pour avoir une classe qui évolue. J’ai eu un peu tous les niveaux jusqu’au début des classes professionnelles. À ce moment-là, c’était varié, quand j’avais un peu tous les niveaux, après quelques années, c’était vraiment un travail varié. Ce n’était pas seulement des enfants.

 

Je crois que maintenant cela fait quelques années que vous êtes ici à Cortaillod ?

Oui, je suis arrivée ici il y a deux ans et demi, parce que j’ai suivi mon deuxième mari ici. C’est un peu nouveau pour moi de venir dans cette région et je suis vraiment très, très contente d’être arrivée ici à Cortaillod, parce que c’est un endroit vraiment absolument magnifique, un cadre somptueux. J’essaye maintenant de développer une nouvelle classe avec spécialement des élèves adultes. J’aime bien pouvoir changer et évoluer un peu avec eux, parce que maintenant je suis sensible aussi, avec l’âge on peut perdre des facultés, rencontrer de nouvelles difficultés, et j’aime bien pouvoir travailler cette chose différente pour moi.

 

Ce n’est pas facile d’arriver à un nouvel endroit et devoir reconstruire ou de se faire connaître pour un instrument ou quoi que ce soit ?

Cela prend un peu de temps effectivement. Au départ, j’ai un peu essayé de me faire connaître par de la publicité et ce n’est pas le moyen qui était le plus efficace. Cela a été beaucoup plus efficace quand j’ai pu faire un site et me faire connaître. Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir faire un duo avec Cédric Monnin, avec qui on a fait des concerts à plusieurs endroits. On a appris à me connaître aussi par ce moyen-là. Maintenant, je vais dire que j’ai des gens qui peuvent venir de tout le canton. C’est sympathique.

 

Vous avez fait plusieurs fois des concerts à la clinique du Noirmont pour des gens qui ont des problèmes cardio-vasculaires. Comment êtes-vous arrivés à cette clinique ?

Au tout départ, on y est allé en duo avec Cédric qui était déjà allé jouer quelques fois là-bas et, par la suite, on m’a demandé d’aller jouer moi, toute seule, et c’était vraiment une nouveauté pour moi, parce que je n’aimais pas beaucoup jouer en public avant. J’ai beaucoup accompagné des percussionnistes et toutes sortes d’instruments. Mais jouer toute seule, je n’aimais pas ça ! Quand je suis allée au Noirmont, j’ai découvert que les gens là-bas avaient vraiment envie de passer un moment agréable, d’être juste dans du plaisir et du partage et j’ai eu envie vraiment de pouvoir partager ce plaisir avec eux. J’ai découvert ce plaisir-là pour moi-même aussi. Cela m’a apporté un échange. C’était quelque chose de riche et j’aime toujours beaucoup, beaucoup aller là-bas, parce que les gens qui viennent là, ils n’avaient peut-être pas prévu d’écouter de la musique classique à ce moment-là ou de la musique de piano. Ils viennent là parce qu’on arrive tout près d’eux. On touche aussi des gens qui n’ont pas forcément une très grande habitude de la musique. Alors je peux jouer les choses que j’aime vraiment, les choses qui sont peut-être des fois simples, mais que j’aime écouter.

 

Vous jouez du Mendelssohn, Dvorak, Schubert, Gershwin et Chopin. Vous adorez la musique classique, c’est clair. Mais il y a aussi d’autres musiques qui vous intéressent ?

J’aimais beaucoup faire du ragtime dans le temps. J’en fais un peu moins maintenant, parce que justement avec l’âge, l’arthrose, ça fait un peu mal aux mains et comme c’est des très grands accords, c’est fatigant. J’en travaille un petit peu moins maintenant. Mais je commence maintenant à faire les chansons pour pouvoir, dans les homes, accompagner les résidents et qu’ils puissent avoir un moment où ils chantent avec moi. Je suis en train de mettre en route ce programme. Je me réjouis beaucoup de pouvoir aller bientôt chanter dans les homes.

 

Vous donnez aussi des cours chez vous. Vous avez une chambre de piano et je crois que vous avez déjà pas mal de succès, pas mal d’élèves qui se recrutent parmi quelles personnes qui viennent jouer chez vous ?

J’ai vraiment toutes sortes de personnes qui viennent. C’est en général des gens qui se rendent compte à un moment donné qu’ils ont envie de faire quelque chose pour eux ou qui ont toujours eu dans un coin de leur mémoire, cette envie de faire du piano et qu’ils n’avaient pas osé, pas pu quand ils étaient jeunes. Tout d’un coup, ils se réalisent en venant prendre des cours. Moi je les accueille toujours en faisant d’abord une leçon de démonstration. On présente le piano, on va s’approcher, aller toucher un peu les touches, les cordes, voir comment ça se passe. Ensuite, on va gentiment sur les touches pour se rendre compte que quand on est adulte, c’est plus facile à apprendre que quand on est enfant en fait. On pense toujours que c’est plus facile pour les enfants et c’est tout à fait une idée fausse. Je profite de le dire pour les adultes qui ont envie de s’y mettre, c’est tout à fait possible, à tous les âges. On a quand même des avantages en étant adulte. On appréhende mieux la lecture. C’est plus facile pour nous de comprendre ce qu’on fait. On a aussi une expérience acoustique. On a beaucoup écouté de la musique, notre oreille est plus faite et cela nous aide beaucoup pour apprendre des pièces.

 

Vous avez créé une théorie illustrée, est-ce qu’elle se différencie des autres théories ?

À l’époque où je l’ai faite, c’était déjà il y a une quinzaine d’années, je devais enseigner le solfège classique au Conservatoire avec une méthode qui était simplement écrite, vraiment la théorie musicale expliquée en mots. C’était quelque chose d’extrêmement ardu et laborieux pour les élèves. Ce n’était pas intéressant. J’ai profité d’acheter un logiciel d’édition de la musique et de pouvoir mettre au milieu des exemples concrets pour que les élèves voient tout de suite de quoi on parle. Si on parle d’une altération, on dessine un dièse ou un bémol. En pratique, c’est tout à fait plus facile à voir et à s’en rappeler. Comme ça, je pouvais faire aussi des exercices pratiques pour eux, pour exercer les sujets qu’on travaillait.

 

Vous travaillez toujours encore avec cette théorie ?

Je l’utilise pour mes élèves quand j’ai envie de leur expliquer une chose spécifique. Maintenant, ce n’est pas le même processus qu’au Conservatoire. On avait tout le solfège expliqué comme une espèce de grammaire. C’était magnifique. Tout est vraiment très clair quand on sort de là. Mais à l’heure actuelle, pour moi, ce qui est important, c’est qu’on comprenne ce qu’on a besoin dans les morceaux. Au fur et à mesure qu’on commence à apprendre une pièce, il y a quelque chose à expliquer. À ce moment-là, je vais peut-être prendre ce support-là pour faire le lien avec la compréhension de ce qu’on fait. C’est vraiment une aide. Ce n’est pas une théorie pour juste apprendre la grammaire. Je pense que c’est bien la langue vivante quand même.

 

Vous avez aussi un site Internet qui illustre pas mal votre activité comme pianiste. Pouvez-vous un peu nous expliquer votre site ?

J’ai commencé à faire mon site pour expliquer un peu ce que j’avais envie de faire, de donner des cours où l’on retrouve du plaisir comme base d’enseignement, c’est vraiment à arriver à du plaisir. Je l’ai un peu complété. J’ai un peu expliqué comment le solfège s’apprend quand on est adulte. Ensuite, j’ai mis mes activités, quand j’ai commencé à me produire ou à faire des animations dans des homes. Maintenant, j’ai un site qui est assez grand où l’on peut trouver toutes sortes de renseignements sur moi, y compris une carte pour me trouver et toutes mes coordonnées pour arriver jusqu’à moi.

 

On trouve aussi la liste de vos concerts que vous allez donner. Vous vous tenez assez dans l’actualité ?

Oui, j’essaye de le tenir à jour. Dès qu’un concert est passé, je parle de ce qui s’y est passé et si j’ai un nouveau contrat qui se présente, je le mets, afin qu’on sache toujours où on peut m’entendre…

 

Votre passion c’est le piano, mais vous avez encore d’autres intérêts aussi à côté ?

Oui, d’abord j’ai ma vie personnelle, parce que j’ai la chance d’être une jeune mariée. Je mettrais ça d’abord en tout premier lieu, parce que je pense que c’est le plus important. Comme anecdote, je peux dire que j’aime beaucoup faire de la moto aussi.

 

Vous partagez ça avec votre mari ?

Nous partons tous les deux, chacun sur sa moto pour des balades hebdomadaires normalement quand le temps le permet…

 

Merci beaucoup pour cet entretien sympa et est-ce que vous pourriez me donner un petit cours. Je n’ai encore jamais joué de piano. Est-ce que vous êtes d’accord ?

Mais volontiers, merci.

 

 

Merci beaucoup pour cette leçon, ça m’a fait très plaisir. Mais maintenant, j’aimerais bien écouter une professionnelle.

Je vais vous jouer « Le clair de lune » de Debussy, qui est une pièce que j’aime beaucoup de par ses couleurs impressionnistes, qui nous donne vraiment l’impression d’être le soir à attendre la lune se lever…

 

 

Interview réalisée par Linda Fischer

Texte retranscrit par Françoise Berthod