« La genèse du
sourire » : Livre illustré
En
ce temps-là, les papillons venaient juste d’être créés.
Or,
il se trouva qu’il ne restait plus de corps disponible pour le dernier des
papillons. Pas d’ailes, pas d’antennes, rien du tout ce que possèdent ses frères
et ses sœurs, et qui les fait ressembler à des fleurs merveilleuses quand ils
volètent dans l’air.
Il
était invisible.
Au
début, il n’en avait pas conscience, et comme les autres, il se laissait porter
par le vent. Il se posait sur des fleurs afin de les rendre, pensait-il, encore
plus belles pas sa présence.
Un
jour, finalement, la vérité lui apparut : personne ne le regardait.
Ses
semblables le bousculaient même parfois, malgré tous ses efforts pour ne se
poser que sur des fleurs encore libres. Les autres ne le voyaient pas :
voilà l’évidence.
Et
il comprit enfin qu’il était invisible. En fait, il aurait dû s’en rendre
compte bien plus tôt, car naturellement, il ne se voyait pas lui-même. Mais il
ne s’était jamais trop posé de questions. C’est bien suffisant, pensait-il, que
ma beauté soit visible pour les autres. Moi, je n’ai pas besoin de la
contempler.
En
vérité, le fait que personne ne le voie le rendait triste.
À
tel point qu’il vola tout droit jusque chez le Créateur de toute vie, et se
plaignit amèrement auprès de lui.
D’un
air pensif, celui-ci regarda longtemps le papillon invisible, et dit
finalement : « Je te comprends. Mais le travail est fait. En vérité
il ne reste rien, mais vraiment plus rien que je puisse te donner.
D’ailleurs,
si tu avais un corps et des ailes et des antennes et tout ça, tu serais appelé
à mourir un jour, comme tous les autres êtres vivants. Est-ce là ce que tu
voudrais ? »
« Oui »,
répondit le papillon invisible. « Si pendant la durée d’une vie je peux
rendre les autres heureux, alors oui, je veux bien mourir à la fin. »
Le
Créateur était troublé, car il entendait cela pour la première fois. Il
réfléchit longtemps, très longtemps, et décida finalement : « Je vais
réaliser ton souhait et te rendre visible dès maintenant. Et tu ne mourras pas
pour autant. Je ne te donne donc pas de corps particulier.
Va
chez les humains ! Tu seras le Sourire. »
Dieter J. Baumgart
Vous êtes poète et philosophe
aussi ?
Oui,
oui un petit peu. J’aime beaucoup les aphorismes. J’aime les poésies et le
lyrisme. Mes poèmes ne sont pas comme du lyrisme normal. Pas du tout ! Ils
sont comme du réalisme poésie. Mes thèmes sont la communication entre les
hommes. Il manque beaucoup de communication. Pourquoi ? L’information est
le premier thème d’aujourd’hui. La communication et le sourire, les choses de
la communication sont passées. C’est pourquoi, j’ai écrit ce livre, cette
histoire. L’existence de ce livre revient à trois personnes. Moi, l’auteur, la
peintre et ce qui est très important pour ce livre, l’éditeur M. Ahoua. Je suis très, très heureux que Mme Studer l’ait trouvé.
Pourquoi le sourire est comme ça
important pour vous ?
Je
suis né en 1934. Dans ma jeunesse, le sourire était très, très, très rare. Le
sourire pour moi a été une possibilité pour comprendre les contacts avec
quelqu’un d’autre. C’est pour ça que j’aime le sourire comme possibilité de
communication.
Et le papillon aussi ?
Le
papillon. La spécialité de ce livre, c’est un papillon invisible. Le sourire
n’est normalement pas visible. Il est stationné ici dans les lèvres. On veut le
voir. C’est la spécialité du sourire.
Pourquoi le papillon est
invisible ?
Il
n’y a pas de choses pour le dernier des papillons à
Theres Studer
Comment vous avez trouvé cette histoire ?
J’ai
trouvé cette histoire il y a dix ans maintenant. C’était collé sur une grande
porte de bois dans un petit village en France, au Sud de
Qui a écrit cette histoire ?
C’est
M. Baumgart qui a écrit cette histoire et par hasard,
il était aussi dans ce village quand on y était. Je l’ai rencontré, on a parlé
ensemble. Je lui ai demandé si je pouvais faire des images pour illustrer cette
histoire. Il m’a dit : « Je vous donne l’histoire. »
Comment est née l’histoire ? Vous
avez fait la peinture ?
Oui.
J’ai fait la peinture, des esquisses, des dessins. À côté de ça, j’ai pensé,
j’ai réfléchi, j’ai recommencé et maintenant, c’est fini.
Et vous avez beaucoup discuté avec le
poète ou vous avez travaillé toute seule ?
Avant,
j’ai travaillé toute seule pendant des années. Après, je lui ai rendu visite.
Je lui ai montré mes images. Il a dit : « C’est ça ! C’est
exactement ça que j’ai pensé. Ça existe maintenant. »
C’est un joli mariage, la peinture et la
poésie.
Oui,
c’est un joli mariage. Oui, c’est vrai.
C’est difficile, parce que le poète, il
a ses idées et vous, vous avez vos idées ?
Oui,
oui, c’est difficile. Je pense que c’est intéressant de faire des peintures
avec quelque chose qui est invisible. Ça m’a intéressé : « Qu’est-ce
que je peux faire avec ça ? »
Et le papillon, c’est quelque chose de
spécial ?
Oui,
ils sont joyeux, ils sont colorés.
Et l’histoire du sourire, pourquoi le
sourire est important ?
Parce
que le papillon est retourné chez le Créateur et il a dit : « Je n’ai
rien pour toi, je ne peux pas te donner un corps comme les autres. » Il
était très, très triste après et après, il a dit : « Je n’ai rien,
mais je peux te donner des gens, va sur la terre et sois le sourire ! »
Dans quel monde on est ici, par exemple
dans ce tableau ?
Ici,
chez le Créateur. Le Créateur est prêt pour faire le papillon… Il a tout là,
des ailes, le plan, les lunettes.
Ici, c’est dans l’atelier du Créateur.
Oui.
C’est l’atelier du Créateur.
Le Créateur, c’est Dieu ou c’est un
artiste ?
C’est
ouvert… On laisse ouvert. Il y a des gens qui pensent que c’est Dieu. Il y en a
d’autres qui pensent autrement. Tous les gens peuvent penser ce qu’ils veulent.
C’est à cause de cela qu’il n’est jamais sur les tableaux.
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod