Solidarité africaine
Tiziana Girard
Nous
organisons cette soirée de bienfaisance pour récolter des fonds pour que la
famille Kientega puisse partir au Burkina cet été pour
commencer leur projet de dispensaire mobile.
Justin Malonga
Je
viens de la République
démocratique du Congo et suis marié à une Suisse allemande. Nous avons trois
enfants. Ils s’appellent Joël Malonga, Joyce Malonga et Élodie Malonga. On
s’amuse ensemble. C’est la famille. On joue des styles différents. On joue un
peu la musique du Congo, on joue du blues, on joue aussi « Tanz und Musik »,
de la musique suisse allemande. On joue aussi du reggae, on joue de tout. La
musique, on arrive toujours à s’en sortir quand vous jouez de tout, c’est
positif. J’ai commencé à jouer de la guitare, j’ai appris à mon fils à jouer de
la guitare à six ans, maintenant, il a dix-huit ans. On fait des textes en
congolais, on fait des textes en Suisse allemand, en français. On fait des
textes en anglais aussi. Les enfants parlent déjà trois langues. Ils parlent
l’anglais, le français et leur langue maternelle le suisse allemand. Ma femme,
à la maison, parle le suisse allemand et en dehors de la maison, s’il y a des
invités, on parle le français. C’est vraiment positif, ça ouvre des portes. Je
descends en Suisse allemande, je n’ai pas de problèmes. Je suis là en Suisse
romande, je n’ai pas de problèmes. Cela veut dire que l’intégration vient
là-dedans. Quand vous avez la possibilité de comprendre la personne qui est en
face de vous, c’est là où les portes s’ouvrent. Si vous n’arrivez pas à
comprendre la personne qui est en face de vous, comment vous pouvez ouvrir la
porte ? C’est ça l’intégration, il faut apprendre la langue.
Sylvain Kodjo Mehoun
Je
viens du Togo. Le petit pays de 56 000 kilomètres
carrés en Afrique de l’Ouest, coincé entre le Ghana, le Bénin. Au nord, nous
avons le Burkina-Faso. Je suis justement voisin du Burkina-Faso. On a la chance
d’avoir nos pieds dans l’océan Atlantique au sud. Je suis Togolais. Mon nom est
Sylvain Kodjo Mehoun. Je suis
du Togo, mais je suis résidant à Paris. D’abord, je suis passé par Nantes où
j’ai fait sept ans avec la compagnie Royal de Luxe de Nantes pour les
spectacles de rues. En 1988, j’avais déjà créé une compagnie de conteurs
togolais, les Zitic, qui sont basés au Togo. Cela
fait sept ans que je suis dans la région parisienne où je crée mes spectacles.
Je suis conteur depuis 1988.
C’est
la deuxième fois que je viens en Suisse. La première fois, j’étais venu pour le
festival Buskers de Georges Grillon. C’était il y a
peut-être deux ou trois ans. Ils m’ont contacté pour cette fête de ce soir que
j’aime beaucoup, car c’est pour une cause de bienfaisance et là, ça me touche.
L’honnêteté voudrait vraiment qu’on se lance pour nous prendre en mains,
surtout nous qui venons de l’Afrique et tout ça. C’est notre devoir maintenant,
parce que c’est révolu qu’on se fasse toujours aider par d’autres. Il faudrait
que nous-mêmes mettions aussi la main à la pâte. On me pose la question,
Sylvain, tu es conteur africain et qu’est-ce que tu vas nous raconter en tant
que conteur africain ? Je me rappelle que dans certains moments, je suis
allergique au mot « africain », de la façon dont on l’utilise. On
dit : « C’est facile, c’est une musique africaine. On peut
l’accepter, il n’y a pas d’exigences. » Je ne peux jamais appeler un
conteur français un conteur européen. Je vais dire, c’est un conteur français,
donc je suis un conteur togolais, et pas africain. Je ne suis pas digne de
représenter tout le continent. Il est immense le continent. Je suis un conteur
togolais, quoique, un conteur de Lomé, la capitale. C’est assez large et quand
on me dit : « Tu viens, tu vas nous conter des histoires des animaux,
et tout ?» Je dis oui, comme Jean de La Fontaine. Je vais conter les
histoires comme Jean de La Fontaine. Je
n’ai pas vécu dans la jungle, je ne connais pas le langage des animaux. J’ai vu
les animaux à la télé, dans les parcs. Les animaux pour moi, c’est les hommes…
Quand je parle du lion dans mon conte, je veux parler de mon président. Si je
parle du lion qui s’est fait élire bien avant les sondages et tout, je dirais :
« Un lion dans la neige »… Je parlerai d’une autre personne. On ne
les nomme pas. C’est toujours les hommes. Quand on me demande, tu es conteur
africain, tu vas nous faire de la djembé ? Je ne
suis pas un percussionniste. Il n’y a pas mal de choses, c’est à nous de nous
mettre devant et d’expliquer que c’est une fonction à part et que l’étiquetage
nous bloque. Le capital, je dirais même certains capitalistes ont tellement mis
des barrières, des frontières que si nous, dans l’art, on n’arrive pas à
enlever ces frontières, ce ne serait pas juste. Je raconte des contes chinois,
puisque je suis allé en Chine. Je raconte les contes du Chili et je ne mets même
pas d’étiquettes sur ces contes, parce que ce ne sont que les personnages qui
changent. Les situations sont les mêmes, les histoires sont les mêmes, à part
qu’on dit le renard et un autre, la tortue. C’est par rapport à l’explication.
Si moi je parle de l’Europe et je vais en Afrique pour raconter l’histoire de
l’ours. Les gens me disent : « C’est quoi l’ours ? » Ce
serait plus simple de dire : « Il était une fois un gorille »,
comme ça ils comprennent mieux ce que je veux dire. Je dirais que j’adapte les
contes. Je ne mets pas d’étiquettes sur mes contes.
Omar
Bonjour.
Je m’appelle Omar. Je donne des cours de percussion depuis deux ou trois ans
dans un local à Saint-Blaise. Ce sont des rythmes essentiellement de l’Ouest
africain, des rythmes mandingues. On étudie ensemble des polyrythmies. C’est un
ensemble de djembés accompagné par les instruments
qui sont là-devant, qui sont des doums-doums. Je suis venu ce soir avec
quelques élèves qui vont se présenter à tour de rôle.
Je
m’appelle Philippe.
Moi,
c’est Yvonne.
Pauline.
Sandra.
Omar
On
a des répétitions le mercredi et le samedi matin. Pour certains élèves, ils
sont là depuis deux ans, trois ans pour certains. D’autres, nous on rejoints
cette année. On fait passablement d’exercices rythmiques. D’abord, on se chauffe
les mains. On revoit un petit peu les bases de la rythmique, un peu théorique
avec les croches, les noires, et petit à petit, on introduit les rythmes, les
uns après les autres. On étudie un rythme. On arrête. On étudie un deuxième
rythme. On arrête. Et ensemble après, on met les deux rythmes ensemble. Ça
donne un résultat assez intéressant qu’on appelle polyrythmie et après, il y a
tout un ensemble d’arrêts, d’arrangements, d’accélérations avec tout un tas de
codes rythmiques que vous allez peut-être apercevoir tout à l’heure dans une
petite démonstration. On se réjouit de cette petite démonstration qu’on va vous
offrir tout à l’heure.
Interview réalisée par François Gombàs
Texte retranscrit par Françoise Berthod