Boillat X : « Nom de Dieu »

 

 

Raconte-nous un peu cette soirée.

Cette soirée, c’est l’angoisse. Toi qui me disais tout à l’heure : « T’as la trouille ? » Non, c’est pire. Bien sûr que j’ai des angoisses. C’est clair…

 

C’est quand même un moment exceptionnel avec autour de toi, pleins de copains musiciens que tu connais depuis longtemps. C’est un petit peu un retour en arrière sur ton passé, sur ta vie. Un moment fantastique quand même ?

Retour sur ma vie. Tu sais, que ma vie… il y a longtemps que j’aimerais la faire disparaître. Bref, paraît-il que je suis encore vivant ! Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir tous les amis. Au début, il y en a qui ne voulait par crocher, etc. Non Boillat, tu sais, finalement, il y a deux cents balles au bout, alors je viens… Vous êtes tous vénaux ou vénales ? J’ai un immense plaisir. J’ai retrouvé Georges Lièvre, Blaise Dupasquier, etc. Et ils sont tous venus… Georges m’a fait une farce une fois absolument extraordinaire. C’était une « musique théorie », c’était : « Vous faites chier, etc. il y a 21 morceaux, bordel il est quelle heure ? À minuit, on n’aura pas fini ! » Et Georges nous a quittés. Il a foutu le camp et personne ne l’a retenu. Mais quand il y a eu l’article qui a passé, ma sale gueule dans le canard, il a téléphoné à ma femme et lui a dit : « Extraordinaire, fantastique, c’est bien ce machin, etc. » Ça m’amuse et il est là en pleine forme…

 

On a répété qu’une fois et ça j’y tiens. De bons musiciens ne se cassent pas le cul comme des adolescents de merde à la con qui disent : « Ah ouais, on répète tous les soirs ! » C’est pour se tailler effectivement de la maison et ils vont répéter. Nous, à nos âges, bien sûr que non… On répète une fois, cet après-midi, ici. Je pensais pouvoir sortir mon biniou, enfin les deux, j’en ai deux de binious. Non, je n’ai pas eu le temps, parce qu’il faut régler le son, etc. et tous ces problèmes techniques.

 

Ce qui m’a fait plaisir, on dit : « Ouais, on ne sait pas ce qu’il veut ! » J’ai dit : « Nom de Dieu, moi je ne m’appelle pas Hitler. Quand il y a des idées, il faut les travailler ici ces idées et ça, ça m’intéresse. Je ne peux pas penser mille ans pour les couillons. »

 

Pourquoi t’as voulu mélanger littérature et musique ?

Ce qui m’a toujours intéressé, c’est que de toute façon, tu écris quelque chose, tu essayes de faire chanter les mots. Alors une fois, tu fais une impression, une fusion des mots quand ils chantent. Moi, j’écris en X. Tu as lu cet article, entre parenthèses, je l’ai expliqué. Là, tu balances effectivement la musique dessus. Et là, c’est un sacré boulot. Là, il y a 21 morceaux. Tout le monde n’y croyait pas. On m’a dit : « T’es fou Boillat ! » Et pourquoi pas ? Et pourquoi pas ? Tout enregistrer d’un coup, non parce qu’il y a un principe de harcèlement, parce que mon ami Momo m’a dit : « Je te veux ! » C’est ça, c’est le mariage…

 

Tu donnes l’impression de broyer le noir, mais ce soir, Boillat X est heureux ?

Le foutre en couleurs celui-là, ce n’est pas possible. C’est du noir/blanc ma petite sœur. C’est du noir/blanc.

 

Cela serait dur de te filmer en couleurs. Ça serait du gâchis de pellicule.

Non, non. Je n’ai pas de slip bleu aujourd’hui… Tu as compris pourquoi ? Je n’ai pas eu de sarcasmes ! Non, non je suis très heureux. Mais d’une part, oser ce machin, ça me fait un immense plaisir, et ces amis…

 

Tu parles tout le temps de la mort. Tu dis tout le temps que tu as rendez-vous avec elle depuis des années, des années. N’empêche que si tu étais mort, il y a deux ou trois ans, cette soirée n’aurait jamais eu lieu ?

Eh bien merde, encore raté…

 

Et Dieu sait ce que cette soirée te plaît ?

Si, mais bien sûr. Je suis un demi-cinglé, effectivement qu’il sait que la folie se recherche en vertu de la vie qu’on tente de continuer…

 

Tu répètes souvent que tout n’a pas été rose dans ta vie, tout n’a pas été très facile ?

Pourtant dans ces textes, bien sûr, j’emploie des termes qui s’appellent roseraies, roses, etc. Mais tout ça, c’est des pensées pour la dame que j’aime… La fouine, le petit cui-cui, le petit coucou et rose noire… Bien sûr, il y a même des trucs là-dessus qui sont… oh oui, si on sait lire, il y a un peu d’érotisme aussi et ça, c’est une transposition de ce que je vis et en vertu de la merde que je vis. Mais la merde, je vais me démerder avec elle de toute façon…

 

Ils sont tous superbes. Je ne sais pas pourquoi ils sont venus jouer avec un « piachon » comme moi. Je n’y comprends rien du tout…

 

Le « piachon » des Breuleux ?

Le « piachon » des Breuleux, de La Chaux des Breuleux. La Chaux des Breuleux, ça c’est joli…

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod