Landeron Classic 2009

 

 

Eddy Burgener

 

On peut commencer comme ça en m’expliquant peut-être ce que c’est qu’est votre association ?

L’Association de la Vieille Ville du Landeron existe depuis 37 ans, à l’initiative des membres fondateurs de l’époque qui souhaitaient faire revivre le bourg du Landeron après l’abandon des marchés du samedi qui étaient des marchés de produits frais, légumes et autres. La première initiative a été de monter la brocante qui est incontournable aujourd’hui. On en est à la 37ème édition. Les gens viennent de très loin, les marchands, les visiteurs. D’autres activités sont venues se greffer sur cette brocante dont les concerts de jazz en été, le marché artisanal au mois de mai. Pour la deuxième édition cette année, le premier samedi de juin, le Landeron Classic, réunion de voitures anciennes de tous types, de toutes catégories pour que la fête soit conviviale avec des gens déguisés, habillés d’époque en fonction de leur voiture, ce qui donne un caractère sympathique à la fête. Je crois qu’elle est forte appréciée, vu le succès de cette année, puisqu’on a même un peu plus de véhicules que l’an dernier.

C’est clair, l’écrin du vieux bourg du Landeron se prête magnifiquement bien à recevoir ces belles carrosseries.

 

Comment vous l’expliquez. Le Landeron est vraiment connu, reconnu pour cette hyper activité, cette motivation qu’il y a à faire vivre ce vieux bourg ?

Certainement que Le Landeron est connu aussi au travers de la brocante. Cette brocante qui a mis en valeur ce vieux bourg et qu’on connaît en fait l’endroit loin à la ronde. C’est clair, quand on bénéficie d’un endroit aussi magique que celui-ci, on a envie de le faire vivre…

 

À chaque fois que vous organisez quelque chose, le public répond toujours présent ?

On a beaucoup de chance. Je dois dire que ça me fait plaisir. On est douze membres à l’Association de la Vieille Ville, tous très motivés. C’est vraiment une bonne bande de copains. On prend beaucoup de plaisir à organiser ça, que la fête soit belle. Pour le Landeron Classic, on bénéficie du soutien et de la collaboration de l’Amicale des Vieux Volants du Val-de-Ruz, sans qui on n’aurait jamais pu mettre ça sur pied, parce que nous, on n’est pas des spécialistes de la voiture ancienne !

 

Combien de voitures en gros vont arriver ?

Une bonne septantaine.

 

Elles vont faire une balade autour du village ?

Cet après-midi, il y a une balade. Il y a deux parcours proposés. Un parcours plutôt plat pour les voitures d’avant-guerre et un parcours un peu plus sinueux et montagneux pour les autres véhicules. Les voitures vont sortir non pas, l’une derrière l’autre mais espacées d’environ 30 secondes à une minute, vu que M. Jean-Marc Kohler, spécialiste de voitures anciennes et du Vétéran Car Club romand fera des commentaires. Des commentaires abordables aussi pour le public, pas seulement pour les spécialistes sur les caractéristiques de certains véhicules. Le but aussi, c’est que les voitures sortent gentiment et lorsque les dernières partiront, les premières seront rentrées déjà. On ne vide pas le bourg du Landeron

 

 

Jean-Marc Kohler

 

Quelques mots sur cette réunion ici. Ce n’est certes pas la plus grande qui se fait en Suisse, mais quand même, elle a un petit côté sympathique.

Effectivement, c’est une manifestation très, très sympathique, conviviale, adaptée au cadre, puisque le vieux bourg permet de présenter dans un décor idéal des vieilles voitures tout en restant à une taille humaine. Ce n’est pas la plus grande concentration de Suisse. C’est clair qu’il y a des concentrations qui réunissent plus de mille véhicules, voire deux à trois mille. C’est un autre genre. Ce sont de grands parkings avec des carrosseries alignées et le côté amical, le côté échange public et collectionneur, n’est pas le même. C’est vraiment ce qui caractérise le Landeron Classic, c’est d’avoir un côté extrêmement convivial à cette manifestation qui en est maintenant à sa deuxième édition.

 

Je ne sais pas. Vous aviez assisté à la première déjà ?

Évidemment.

 

Il y a une évolution déjà cette année depuis la première ?

Il y a une évolution dans le plateau de voitures. Certaines voitures étaient présentes l’année dernière sont revenues cette année. D’autres sont arrivées. C’est ce qui rend la manifestation intéressante. C’est qu’il y a du mouvement. Quelques fois, les collectionneurs sont occupés. C’est le cas à cette période de l’année. Il y a beaucoup de manifestations. Ils sont de temps en temps partagés entre des choix cornéliens. Mais ça fait bouger les plateaux de véhicules et c’est tout à l’avantage de la manifestation qui présente une forme de renouvellement.

 

Il y a toutes sortes de concentration de voitures et il y a parfois que des voitures américaines. Aujourd’hui, c’est ouvert à toutes les voitures ? Toutes les marques ?

Oui, le Landeron Classic est ouvert aux voitures de toutes marques. Mais il est vrai qu’il y a des concentrations qui sont spécialisées. Chaque automne, le premier samedi de septembre, il y a un meeting qui réunit, à Morges, uniquement les voitures anglaises, parce qu’il est vrai que les Anglais, même si ce n’est plus le cas aujourd’hui, ont eu une production extrêmement large et variée.

 

Cette passion pour vous, c’est une vieille passion, ça ne date pas d’aujourd’hui. Comment est-ce qu’elle est née et comment est-ce qu’elle se cultive ?

La passion de l’automobile est née depuis ma tendre enfance. J’ai toujours été intéressé par les voitures. Au début, je les ai collectionnées sous forme de miniatures, les fameuses Dinky Toys dont tout le monde a entendu parler. Plus tard, j’ai eu envie d’en avoir une et, en 1980, j’ai eu l’occasion d’acquérir une petite Fiat Topolino de 1939, qui a été ma première voiture ancienne et qui m’a vraiment mis le pied à l’étrier. Cela m’a permis de participer à des réunions, de connaître de plus en plus de propriétaires, d’étudier l’histoire de ces voitures qui est souvent extrêmement passionnante et de faire vivre depuis quelques années des impressions et de couvrir des manifestations qui ont lieu en Suisse et dans les pays environnants centrées sur des événements liés à des marques, à des constructeurs et à toutes sortes de manifestations qui font revivre les belles années de l’automobile.

 

Il y a presque chaque fois un concours, on récompense la ou les plus belles voitures. Mais comment on juge finalement une belle voiture ? Ce n’est pas forcément la plus vieille et la plus chère ?

Effectivement, là c’est toujours une tâche extrêmement difficile. Cela m’arrive d’être organisateur de manifestation, ça m’est arrivé aussi d’officier au sein d’un jury. C’est toujours difficile, parce qu’on fait quelques heureux et beaucoup de frustrés… Elles sont toutes magnifiques et même si quelques fois, c’est un modèle populaire qui a été fabriqué à des milliers, voire des millions d’exemplaires, celui qui la possède a souvent consacré énormément d’heures pour la restaurer. Il y a des gens qui travaillent plusieurs années au fond d’un garage en les mettant sur des chandelles, en travaillant dans des conditions difficiles pour les remettre en état. Et là, on retrouve de véritables passionnés.

 

Vous tenez compte de ça quand vous récompensez une voiture ?

Oui en principe, il y a des critères qui sont liés à ces paramètres-là. Il y a des concours qui sont axés sur la présentation de la voiture, y compris la tenue de l’équipage qui doit être correspondante à l’époque du véhicule, ainsi que la remise en état de celui-ci qui ne doit pas être « sur » restauré. On doit respecter le caractère d’origine, essayer de remettre en configuration le véhicule tel qu’il était à sa sortie d’usine.

 

Les gens savent que la Suisse a été fabricante de voitures à une certaine époque ?

Ah oui. Il est vrai qu’au début de l’automobile, la Suisse a contribué à être un berceau, a eu des marques très célèbres. La plus importante et la plus connue, c’était Martini, qui était à Frauenfeld et à Saint-Blaise, qui a construit plus de trois mille véhicules. Malheureusement, l’histoire s’est arrêtée en 1934 et depuis, il y a eu quelques petites productions très confidentielles qui ont été faites par des amoureux de l’automobile ou des carrossiers qui ont voulu personnaliser les voitures. Mais au tout début, il est vrai que la Suisse a joué un rôle important dans la naissance de ce mode de déplacement.

 

Vous dites vous intéresser à l’histoire de ces voitures. Derrière ces voitures, il y a bien sûr des hommes. Il y a ceux qui les ont inventées, il y a ceux qui les fabriquent, ça a toujours été délicat, compliqué. Aujourd’hui encore, on voit ça avec General Motors, il y a souvent des drames derrière ces histoires de voitures ?

C’est certain que depuis les débuts de l’automobile, c’est vrai que ces jours, on est sensibilisé par les difficultés globales de la branche et notamment le dépôt de bilan de General Motors, mais qui est finalement peut-être une chance de renaissance en épurant un petit peu ce qui devait l’être. Depuis les débuts, ça a toujours été extrêmement difficile. Il y a eu plein de péripéties qui ont abouti à toutes sortes d’histoires d’ailleurs. Par exemple, l’une des marques phares de General Motors, Chevrolet, a des racines suisses, puisque Louis-Joseph Chevrolet était né à La Chaux-de-Fonds en 1878 et qu’en 1911, il s’était associé avec William Crapo-Durant qui était un financier, qui a été l’un des créateurs de General Motors. L’union des deux hommes au sein de la Chevrolet Motor Company a seulement duré deux ans, parce que des divergences sont arrivées. Louis-Joseph Chevrolet, qui était avant tout un pilote qui avait couru initialement sur Fiat et Buick, puis sur d’autres modèles par la suite, avait envie de construire des voitures rapides, alors que son associé financier voulait imiter Ford qui avait démarré la production à la chaîne et voulait faire une production de masse. En 1913, Durant a acheté les parts à Louis-Joseph Chevrolet et depuis, des millions de voitures sont sorties des chaînes sans que Chevrolet ne touche un dollar sur ces véhicules… Tout ça repose sur énormément de passion. C’est devenu pour beaucoup de collectionneurs, on ne s’en rend pas forcément compte sur le moment, ça devient un art de vivre. Et en se promenant en vieille voiture, on fait des rencontres, qu’on ne ferait jamais en arrivant avec une voiture moderne, parce qu’à la différence, même si vous arrivez dans un site historique qui a plutôt tendance à être banni par les voitures aujourd’hui, lorsque vous arrivez en voiture ancienne, on vous ouvre grand les portes et, souvent, on vous accueille de manière extrêmement sympathique. Les gens viennent à vous, vous racontent des anecdotes de leur jeunesse, parce que beaucoup de gens ont connu plein de souvenirs sympathiques avec ces autos. Je me souviens, au début des années 80, lors d’une sortie à Genève avec ma Topolino, un passant m’avait arrêté au bord de la route. Il m’avait dit : « Écoutez, je suis vraiment heureux de voir votre voiture, parce que ça me rappelle des souvenirs de vacances en 1953. Mon père avait acheté une telle voiture d’occasion et nous sommes partis, mon père, ma mère, mon frère et moi, jusqu’au Portugal passer des vacances d’été. » Ce qui voulait dire que le réseau routier de l’époque n’était pas celui qu’on connaît. Une semaine pour aller de Genève au Portugal à raison d’étapes de 300 km par jour. Une semaine de vacances balnéaires au bord de la mer et une semaine pour rentrer. Mais quand ils étaient revenus dans leur quartier de la Servette, c’était un petit peu les rois du monde, parce qu’ils avaient fait des vacances en automobile… C’est des souvenirs qu’on a un peu de peine à imaginer aujourd’hui, parce que ça semble tellement une chose évidente. Pour aller à 200 m acheter son journal, on saute dans sa voiture. Mais il n’y a pas toujours eu cette époque-là et souvent un voyage représentait une véritable aventure. Je me souviens avoir discuté avec un ami français qui a plus de 90 ans maintenant, qui habite à Dijon et qui me racontait que, dans les années 30, quand il descendait dans le Midi avec ses parents, il ne calculait pas le déplacement en heures, mais en nombre de crevaisons. C’était de Dijon à La Côte d’Azur de six à huit crevaisons dans les années 30 pour rallier la grande bleue…

 

 

Johnny Ravussin

 

Peut-être quelques caractéristiques, la technique sur ce véhicule ?

C’est un véhicule qui fait 2,6 tonnes. C’est un véhicule de quatre portes, six places avec les petits sièges, les petits porte-bras, on peut les lever, ça fait six places. C’est un 8,1 litres. C’est un véhicule qui a été construit en 1962 pour arriver en 1963. Moi, j’ai toujours été très, très fan de véhicules américains. J’ai fait plus de trente ans de moto. Là maintenant, cela fait un peu plus d’une dizaine d’années que, déjà mes parents étaient fous de voitures américaines. Je suis arrivé en 2002 en Suisse et je suis fier d’être arrivé là. Apparemment, je suis assez connu maintenant. Ceux qui me posent des questions, c’est beaucoup des gens qui veulent savoir, qui aimeraient voir le milieu du véhicule et savoir le comprendre, le pourquoi, le comment ? J’ai toujours été habitué à ça et j’adore ça. C’est ce qui me permet, effectivement, de donner un petit peu plus de passion à ce véhicule, parce qu’il a aussi un grand vécu.

 

Justement, tu t’es un peu informé. Raconte-nous un petit peu qui est ce véhicule et quelle a été sa vie ?

Sa vie depuis le début, je l’ai acheté à un boucher qui était à Saint-Blaise, qui y est toujours d’ailleurs. Un dénommé, Alexandre Léger, qui lui utilisait ce véhicule, qui lui justement l’a acheté à Genève, au Palace, ce qui a permis justement qu’il ait ce véhicule avec un déterminé de tout ce qui s’est passé…

 

Il a toujours été bien soigné ?

Totalement. Il est vraiment dans son état d’origine.

 

Quels sont les critères déterminants qui te fais dire que c’est une belle vieille voiture ?

Déjà, la coupe du véhicule me donne déjà le plaisir et quand j’ai acheté ce véhicule-là, quand j’ai vu que c’était les années 1963 qu’elle est, la même année, moi j’ai perdu mon frère. Je voulais absolument un rappel à quelque part de la situation de la perte de mon frère. Quand j’ai retrouvé ce véhicule des années 1963, pour moi, c’était très prenant et même ma femme m’a dit : « Tu veux la prendre, tu la prends, parce que ça te fais un bien pour toi. »

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod