Marché artisanal du Landeron

 

 

Daniela Tonelli-Ghelfi

 

Cela a commencé quand j’étais petite. J’ai assisté à un spectacle de marionnettes de guignol où ça tape avec des coups de bâton ; ça hurle ; ça gueule, etc. et je n’aimais pas ça du tout. Je crois que dans un coin de ma tête, il est né cette idée de faire des petites marionnettes, des toutes douces, des gentilles, des jolies si possible et surtout pas qu’elles se tabassent tout le temps.

 

C’est ça qui vous dérangeait dans les histoires anciennes de marionnettes ?

Non, ce n’est pas ça. Je crois qu’il y avait une sorte de mauvaise foi que je n’aimais pas. En tant qu’enfant, je n’aimais pas ça, c’est possible.

 

Les histoires du guignol, du gendarme ?

Le guignol, le gendarme et une certaine injustice. Enfin, c’est comme ça que je le ressentais. Après, j’ai relu les histoires de guignol et ce n’était pas ça du tout… Mais à ce moment-là, c’est comme ça que je l’ai perçu. Heureusement, maintenant voilà…

 

Aujourd’hui, vous écrivez vous-même des histoires ou vous jouez les anciennes histoires ?

Je prends des contes surtout. Des contes de Grimm, des contes en langue française si possible pour ne pas avoir à traduire. Je fais des spectacles sous forme d’images pour que les enfants puissent développer leur imagination.

 

Qu’est-ce que vous entendez sous forme d’images ?

Des spectacles de marionnettes avec la sorcière, le diable, la fée, tous les personnages classiques, mais de ne pas donner trop, trop de détails pour que l’enfant quand il rentre chez lui, il a l’impression qu’il a vu par exemple de la fumée dans la cheminée… il n’y en avait pas ! Mais c’est présenté de telle façon que ça éveille en lui cette sorte de chose. Il y a des enfants qui ne peuvent pas imaginer tout, mais s’ils ont juste une petite image, après voilà ça s’ouvre l’imagination et ça, c’est salutaire pour eux.

 

Et comme l’ancien théâtre, est-ce que c’est très interactif ? Vous parlez avec les enfants, vous les faites parler ou pas ?

Non. Je fais vraiment le spectacle dans lequel ils sont dedans. Ils vivent l’histoire et la reçoivent telle qu’elle est. Après coup, oui, je peux leur montrer une marionnette ou parler avec eux. Mais le spectacle lui-même, non.

 

À partir de quel âge vraiment les enfants se passionnent pour le théâtre de marionnettes ?

Moi je fais à partir de 4 ans, soit avec des marionnettes comme ça ou avec des petites marionnettes de table avec des petites histoires d’animaux, de petites histoires douces pour les enfants sans, entre guillemets, le « méchant » vraiment. Après, à partir de 7 ans, c’est le conte classique.

 

On pourrait imaginer ou il existe des pièces pour les adultes ?

Ah oui, bien sûr. On pourrait faire n’importe quel conte, n’importe quelle histoire, vous pouvez la faire pour adultes. D’un côté, c’est peut-être plus facile, parce que là vous pouvez y mettre de vous-même. Vous pouvez mettre votre interprétation, tandis que pour les enfants, il faut s’oublier soi-même. Il faut vraiment penser à la nature de l’enfant et nourrir son âme. Ce n’est pas grandiloquent ce que je dis, mais c’est comme ça que je le sens…

 

Vos personnages quand vous prenez les contes de Grimm, là vous ne pouvez pas inventer des personnages, mais là, on en voit beaucoup. Est-ce que certains sont des marionnettes que vous avez créées, inventées ou c’est tous des personnages connus ?

Non, non pas du tout. Je les invente la plupart, sauf si je prépare pour une histoire précise pour un spectacle. Là, je m’adapte au texte lui-même, sinon j’invente. Cela dépend des jours. J’ai envie de faire une mariée, par exemple, un peu farfelue, je la fais… Là, ça n’a rien à voir avec les contes. Je pense quand même que c’est différent une marionnette pour les enfants ou une marionnette comme décoration.

 

Quelles différences ?

Comme décoration, j’y mets de moi-même. J’y mets de la fantaisie, tandis que pour l’enfant, il faut y mettre de l’âme. Ce n’est pas du tout pareil.

 

Quand vous mettez de vous-même, cela veut dire qu’on peut vous découvrir aussi, vous, à travers les marionnettes ?

Ça, je ne sais pas.

 

Votre caractère ?

Ça, c’est fort possible. Je ne sais pas, je ne peux pas juger ! Mais je mets les décorations, les choses qui me passent par la tête et qui m’amusent. Quand cela ne m’amuse plus, stop. J’ai fini…

 

Vous n’avez jamais eu envie vous-même de faire du théâtre ?

De faire du théâtre, en tant qu’adolescente, oui, j’en ai fait. J’ai trouvé ça amusant aussi, mais pas pour en faire par exemple une profession. Je pense que je ne suis pas à la hauteur.

 

Quand vous êtes derrière la marionnette, c’est presque la même chose ?

Non, c’est la marionnette qui joue. Moi, je peux me cacher derrière elle. Là, je peux mettre beaucoup de choses que je n’osais pas mettre sur moi-même. Voilà peut-être l’une des raisons, je n’en sais rien…

 

Il y a peut-être de ça dans tous ceux qui jouent avec les marionnettes ? Vous vous cachez derrière un personnage. Vous êtes des grands timides, finalement ?

Il faudrait que je demande aux marionnettistes professionnels. Je ne sais pas si c’est des grands timides, mais il doit y avoir cette notion de respect de l’enfance. Pour moi, c’est primordial, si on le fait pour les enfants.

 

L’exercice est difficile. Vous devez entrer dans des marionnettes, dans des personnages différents, dans des caractères différents, vraiment comme un acteur ?

Oui. D’ailleurs, quand j’anime une marionnette, quand je prépare le spectacle, je pense si moi j’étais dans cette situation, quel mouvement je ferais, quelle attitude j’aurais et j’essaye de faire la même chose avec la marionnette. Si elle est un peu triste comme ça, cela se manifeste par des petits mouvements, mais surtout pas de l’agitation.

 

Comment on perçoit le public, parce que vous ne le voyez pas ? Vous l’entendez seulement.

Moi, je ne le vois pas. Parfois, c’est un peu paniquant. En plein spectacle, on n’a pas le temps. Il y a tellement de choses à faire derrière que je n’ai pas le temps de penser au public.

 

C’est quand même particulier, un acteur sur une scène peut voir le public, voir ses yeux. Là, vous entendez seulement ?

Oui, je l’entends. Mais je vous dirais que la plupart du temps, je ne les entends pas… Si le spectacle est juste, je parle pour les enfants, je ne les entends pas. Moi je suis prise par le spectacle et je ne pense pas au public, sinon c’est un peu le flash, la panique. Je n’ai pas le temps de penser à ça. Par contre avant, oui beaucoup.

 

Vous avez un peu le trac comme un acteur qui entre sur scène ou pas ?

Si je n’ai pas le trac, c’est la catastrophe, parce qu’il vient après. Oui, un petit peu quand même, c’est-à-dire il y a toujours le petit geste. La peur la plus grande, c’est de lâcher une marionnette pendant qu’on joue. Ça, c’est le pire… C’est aussi une sorte de trac.

 

Quand on fait cette activité, est-ce qu’on a tendance à être des moralistes, à faire ça pour faire la morale ? Il y a toujours une morale derrière l’histoire ou pas ? C’était un peu dans la tradition des marionnettes ça avant ?

Je n’espère pas. Si je fais ça, j’arrête la boutique tout de suite… Ah non, je ne veux pas faire de morale. Il y a un fondement dans un conte, c’est vrai. Mais si on y met la morale, alors c’est raté. L’enfant lui capte inconsciemment le sens profond d’un conte, mais si on y met à la fin la morale… Ne faites pas telles choses, etc. On gâche tout. C’est mon avis.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod