Raynald : Humoriste

 

« Zen à la folie »

 

 

Je suis né à La Chaux-de-Fonds. Je suis originaire de Fleurier sur Neuchâtel, comme on dit. J’ai vécu très, très longtemps à Renan (BE) à côté de La Chaux-de-Fonds. Je sors beaucoup à La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, etc. Je suis vraiment très ancré dans cette région. C’est vrai que pour moi, c’est toujours un plaisir de revenir sur ses terres. Boudry, mes parents ont habité Boudry avant ma naissance. C’était aussi un lieu dans la tournée qui était aussi un petit peu important, plutôt que d’aller sur Saint-Aubin ou autres. C’est vrai que je suis ancré avec beaucoup de lieux, des lieux qui m’ont fait connaître. C’est toujours un plaisir de revenir sur ses terres.

Le pari était un peu fou, puisqu’on était dans une soirée avec des amis. J’ai toujours bien aimé faire le fou comme on dit et c’est vrai que c’est parti tout bêtement avec un petit peu d’alcool dans le sang ou… quelqu’un m’a dit : « Tu fais toujours le spectacle, eh bien fais-en un une fois ! » et comme j’étais professeur de gymnastique, on avait toujours un spectacle de fin d’année où j’avais écrit pas mal de petits sketches, je me suis donné six mois pour exécuter ce pari. Cela a été bien apprécié auprès des familles et amis. Après, on s’est dit pourquoi ne pas continuer. On a fait encore six mois de répétitions pour vraiment peaufiner encore un spectacle public. On a fait un spectacle public devant trois cents personnes aux Breuleux dans le Jura. C’était de la folie furieuse. Les médias en ont parlé comme quoi c’était un bon spectacle et depuis plein, plein de choses sur la France, la Belgique, le Canada. C’est vrai que c’est un rêve qui continue… C’est génial.

 

L’envie de déconner, je pense que c’est inné. J’aime bien faire rire les gens dans des soirées, parce que je trouve qu’il y a assez de malheur sur cette planète avec la disparition d’êtres chers ou des guerres, des maladies. Le rire, ça fait du bien. On est « reboosté » quand on rigole. Quand on passe une bonne soirée avec des amis, c’est vrai que cela nous fait super plaisir. J’ai toujours eu l’envie de donner du plaisir aux gens et là je remarque que, même s’il y a des côtés difficiles dans ce métier où des soirées ne se passent pas bien où vous avez des grands moments de solitude, c’est aussi joli de vouloir donner du plaisir au public et que ce public le partage avec vous. C’est vrai qu’à la fin des spectacles, il y a beaucoup de gens qui viennent vous raconter une petite histoire drôle et c’est aussi très touchant… C’est un monde merveilleux, franchement !

 

Mon style d’humour, c’est vraiment ça. C’est un humour, comme l’a appelé une fois un journaliste, un humour protéiforme où il y a pas mal de choses. Il y a du mime, il y a du texte. Il y a vraiment plein de personnages différents avec chaque fois une origine ou un style différent. C’est vrai que c’est ça qui plaît au public. Il y a peut-être des sketches qu’ils n’apprécieront pas, mais d’autres qu’ils apprécieront. Quand vous avez un spectacle qui est chaque fois sur le même ton, sur les mêmes idées, au bout d’un moment, vous pouvez vous embêter, tandis que là, vraiment, c’est plusieurs personnages et ça donne vraiment du plaisir aux gens. Même à Paris quand on a joué ce spectacle, les gens ont apprécié cet humour qu’on a appelé protéiforme et qu’on a gardé depuis…

 

Le moine tibétain, ce n’est absolument pas religieux. Je pense qu’il y a des humoristes qui sont spécialisés pour égratigner le monde politique, le monde religieux et tout. C’est vrai que nous, on fait extrêmement attention de ne pas blesser les gens. On a vu ces derniers temps, vous partez sur un humour qui peut être antisémite ou des choses comme ça. Vraiment, on essaye de ne pas partir dans cette zone-là et le moine tibétain, c’est en fait des phrases célestes qu’on a déjà entendues et on a un petit peu fait une histoire là autour et c’est vrai que ce personnage est touchant, parce qu’il revient en voulant être zen, en voulant être à la fois gentil, social et tout, alors qu’il est un petit peu maladroit dans ses dires, dans ses phrases. Il remarque en fait qu’en allant au Tibet, il a appris qu’il était bête, quelque part…

 

J’ai un sketch qui s’appelle « L’automate à séduction », où c’est quelqu’un qui rentre dans un automate pour apprendre à séduire et c’est vrai qu’il y a la caricature des grosses lunettes vraiment avec les fonds de chopes. Ce n’est pas le fait de blesser, c’est le fait de dire que voilà, peut-être juste avec un élément sur votre visage, vous arrivez à être différent et les gens vous voient différemment. C’est vrai qu’une femme si on la voit des fois le matin maquillée et tout, ça change totalement. C’est vrai que le jugement des gens est des fois difficile et c’est aussi par ce sketch qu’on essaye de montrer que par un objet, vous pouvez être totalement différent alors que dans le fond, vous êtes le même…

 

 

Thierry Dafflon

 

Je fais un petit peu partie du spectacle, puisque j’ai la chance de faire un peu la voix off dans le spectacle avec quelques apparitions vocales à différents moments du spectacle, de manière à agrémenter un peu, un petit jeu entre l’artiste sur scène et le régisseur dans sa régie qu’on ne voit pas, mais qu’on entend.

Je suis ici essentiellement pour Raynald, puisqu’une fois j’ai dû venir dépanner pour le spectacle, puisqu’il n’y avait personne qui pouvait faire la régie. Comme on a une longue amitié de plus de 17 ans bientôt, je me suis débrouillé pour venir. C’est là que j’ai commencé à faire le régisseur et c’est là que j’ai accroché. J’ai décidé de continuer autant que c’est possible pour qu’il y ait un suivi. C’est pour ça que je suis là. C’est pour Raynald, parce que je crois en lui. Je crois en ce spectacle et je crois en ses nombreuses qualités.

 

 

Raynald

 

Entre mon régisseur et moi-même, c’était parti au début où il faisait simplement la régie son et lumière. C’est vrai que je trouvais l’idée intéressante de faire un petit dialogue avec lui, une petite confrontation. Le public ne sait pas en fait ce qui est vrai et pas vrai… Alors que tout est écrit, on le sait. Mais c’est vrai que c’est drôle. L’avant-dernier sketch, c’est un sketch où il se venge de tout ce qu’il a subi pendant le spectacle et les gens ne s’attendent vraiment pas à ça et ce sketch est vraiment énorme. Justement, on parle de cultures et autres et en fait, c’est lui qui domine totalement l’artiste qui est sur scène…

 

 

Thierry Dafflon

 

Comme dans beaucoup de spectacles d’humour, tout est répété, entraîné, mais de temps en temps, on se permet des petites fantaisies l’un et l’autre pour essayer de surprendre soit l’acteur, soit le régisseur. Effectivement là, cela devient un petit jeu. Cela demande des qualités surtout pour l’artiste d’improviser par rapport à ce que je pourrais lui dire. Et pour moi, c’est un peu plus facile, parce que s’il m’embête trop, je peux couper la lumière…

 

 

Raynald

 

Les gens, malheureusement, ne se basent que sur un star-système de voir quelqu’un qui est très médiatique, mais c’est vrai que les gens ne savent pas forcément qu’on a eu un deuxième prix au Canada. C’était une expérience extraordinaire, puisqu’on a fait aussi des stages avec l’École nationale d’humour de Montréal, avec des professeurs qui venaient de cette école. C’était très enrichissant du point de vue de la mise en scène, de l’écriture des sketches. On a fait, au mois de janvier de cette année, quelque chose, un prix qui était assez énorme, on a eu le Prix du public et le premier prix du Festival de Sauzé-Vaussais vers Bordeaux, qui était pour la première fois gagné par quelqu’un d’autre qu’un Français. C’est quelque chose aussi qui est très ancré chez nous et on a fait pas mal de prix du public en France. On a aussi joué en Belgique avec vraiment un fort succès et c’est vrai que c’est des fois dommage de remplir des salles à l’étranger et ici des fois que le public nous boude, parce qu’on n’a pas fait douze fois une certaine télévision et certains journaux à scandale. C’est un petit peu dommage que ces gens gardent le star-système en on le dit dans le spectacle. À la fin du spectacle, pour nous, ça nous est très cher de dire qu’il faut que les gens continuent d’aller voir du spectacle vivant, que ce soit de l’humour, que ce soit de la danse ou n’importe quoi. Les gens ont du plaisir d’être sur scène et ils aiment avoir un public. Vraiment continuez d’aller voir des publics et des spectacles différents, c’est vraiment très intéressant. Merci aussi à vous.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod