Raynald :
Humoriste
« Zen à la folie »
Je
suis né à
Le
pari était un peu fou, puisqu’on était dans une soirée avec des amis. J’ai
toujours bien aimé faire le fou comme on dit et c’est vrai que c’est parti tout
bêtement avec un petit peu d’alcool dans le sang ou… quelqu’un m’a dit :
« Tu fais toujours le spectacle, eh bien fais-en un une fois ! »
et comme j’étais professeur de gymnastique, on avait toujours un spectacle de
fin d’année où j’avais écrit pas mal de petits sketches, je me suis donné six
mois pour exécuter ce pari. Cela a été bien apprécié auprès des familles et
amis. Après, on s’est dit pourquoi ne pas continuer. On a fait encore six mois
de répétitions pour vraiment peaufiner encore un spectacle public. On a fait un
spectacle public devant trois cents personnes aux Breuleux
dans le Jura. C’était de la folie furieuse. Les médias en ont parlé comme quoi
c’était un bon spectacle et depuis plein, plein de choses sur
L’envie
de déconner, je pense que c’est inné. J’aime bien faire rire les gens dans des
soirées, parce que je trouve qu’il y a assez de malheur sur cette planète avec
la disparition d’êtres chers ou des guerres, des maladies. Le rire, ça fait du
bien. On est « reboosté » quand on rigole.
Quand on passe une bonne soirée avec des amis, c’est vrai que cela nous fait
super plaisir. J’ai toujours eu l’envie de donner du plaisir aux gens et là je
remarque que, même s’il y a des côtés difficiles dans ce métier où des soirées
ne se passent pas bien où vous avez des grands moments de solitude, c’est aussi
joli de vouloir donner du plaisir au public et que ce public le partage avec
vous. C’est vrai qu’à la fin des spectacles, il y a beaucoup de gens qui
viennent vous raconter une petite histoire drôle et c’est aussi très touchant…
C’est un monde merveilleux, franchement !
Mon
style d’humour, c’est vraiment ça. C’est un humour, comme l’a appelé une fois
un journaliste, un humour protéiforme où il y a pas mal de choses. Il y a du
mime, il y a du texte. Il y a vraiment plein de personnages différents avec
chaque fois une origine ou un style différent. C’est vrai que c’est ça qui
plaît au public. Il y a peut-être des sketches qu’ils n’apprécieront pas, mais
d’autres qu’ils apprécieront. Quand vous avez un spectacle qui est chaque fois
sur le même ton, sur les mêmes idées, au bout d’un moment, vous pouvez vous
embêter, tandis que là, vraiment, c’est plusieurs personnages et ça donne
vraiment du plaisir aux gens. Même à Paris quand on a joué ce spectacle, les
gens ont apprécié cet humour qu’on a appelé protéiforme et qu’on a gardé
depuis…
Le
moine tibétain, ce n’est absolument pas religieux. Je pense qu’il y a des
humoristes qui sont spécialisés pour égratigner le monde politique, le monde
religieux et tout. C’est vrai que nous, on fait extrêmement attention de ne pas
blesser les gens. On a vu ces derniers temps, vous partez sur un humour qui
peut être antisémite ou des choses comme ça. Vraiment, on essaye de ne pas
partir dans cette zone-là et le moine tibétain, c’est en fait des phrases
célestes qu’on a déjà entendues et on a un petit peu fait une histoire là
autour et c’est vrai que ce personnage est touchant, parce qu’il revient en
voulant être zen, en voulant être à la fois gentil, social et tout, alors qu’il
est un petit peu maladroit dans ses dires, dans ses phrases. Il remarque en
fait qu’en allant au Tibet, il a appris qu’il était bête, quelque part…
J’ai
un sketch qui s’appelle « L’automate à séduction », où c’est
quelqu’un qui rentre dans un automate pour apprendre à séduire et c’est vrai
qu’il y a la caricature des grosses lunettes vraiment avec les fonds de chopes.
Ce n’est pas le fait de blesser, c’est le fait de dire que voilà, peut-être
juste avec un élément sur votre visage, vous arrivez à être différent et les
gens vous voient différemment. C’est vrai qu’une femme si on la voit des fois
le matin maquillée et tout, ça change totalement. C’est vrai que le jugement
des gens est des fois difficile et c’est aussi par ce sketch qu’on essaye de
montrer que par un objet, vous pouvez être totalement différent alors que dans
le fond, vous êtes le même…
Thierry Dafflon
Je
fais un petit peu partie du spectacle, puisque j’ai la chance de faire un peu
la voix off dans le spectacle avec quelques apparitions vocales à différents
moments du spectacle, de manière à agrémenter un peu, un petit jeu entre
l’artiste sur scène et le régisseur dans sa régie qu’on ne voit pas, mais qu’on
entend.
Je
suis ici essentiellement pour Raynald, puisqu’une
fois j’ai dû venir dépanner pour le spectacle, puisqu’il n’y avait personne qui
pouvait faire la régie. Comme on a une longue amitié de plus de 17 ans bientôt,
je me suis débrouillé pour venir. C’est là que j’ai commencé à faire le
régisseur et c’est là que j’ai accroché. J’ai décidé de continuer autant que
c’est possible pour qu’il y ait un suivi. C’est pour ça que je suis là. C’est
pour Raynald, parce que je crois en lui. Je crois en
ce spectacle et je crois en ses nombreuses qualités.
Raynald
Entre
mon régisseur et moi-même, c’était parti au début où il faisait simplement la
régie son et lumière. C’est vrai que je trouvais l’idée intéressante de faire
un petit dialogue avec lui, une petite confrontation. Le public ne sait pas en
fait ce qui est vrai et pas vrai… Alors que tout est écrit, on le sait. Mais
c’est vrai que c’est drôle. L’avant-dernier sketch, c’est un sketch où il se
venge de tout ce qu’il a subi pendant le spectacle et les gens ne s’attendent
vraiment pas à ça et ce sketch est vraiment énorme. Justement, on parle de
cultures et autres et en fait, c’est lui qui domine totalement l’artiste qui
est sur scène…
Thierry Dafflon
Comme
dans beaucoup de spectacles d’humour, tout est répété, entraîné, mais de temps
en temps, on se permet des petites fantaisies l’un et l’autre pour essayer de
surprendre soit l’acteur, soit le régisseur. Effectivement là, cela devient un
petit jeu. Cela demande des qualités surtout pour l’artiste d’improviser par
rapport à ce que je pourrais lui dire. Et pour moi, c’est un peu plus facile,
parce que s’il m’embête trop, je peux couper la lumière…
Raynald
Les
gens, malheureusement, ne se basent que sur un star-système de voir quelqu’un
qui est très médiatique, mais c’est vrai que les gens ne savent pas forcément
qu’on a eu un deuxième prix au Canada. C’était une expérience extraordinaire,
puisqu’on a fait aussi des stages avec l’École nationale d’humour de Montréal,
avec des professeurs qui venaient de cette école. C’était très enrichissant du point
de vue de la mise en scène, de l’écriture des sketches. On a fait, au mois de
janvier de cette année, quelque chose, un prix qui était assez énorme, on a eu
le Prix du public et le premier prix du Festival de Sauzé-Vaussais vers
Bordeaux, qui était pour la première fois gagné par quelqu’un d’autre qu’un
Français. C’est quelque chose aussi qui est très ancré chez nous et on a fait
pas mal de prix du public en France. On a aussi joué en Belgique avec vraiment
un fort succès et c’est vrai que c’est des fois dommage de remplir des salles à
l’étranger et ici des fois que le public nous boude, parce qu’on n’a pas fait douze
fois une certaine télévision et certains journaux à scandale. C’est un petit
peu dommage que ces gens gardent le star-système en on le dit dans le
spectacle. À la fin du spectacle, pour nous, ça nous est très cher de dire
qu’il faut que les gens continuent d’aller voir du spectacle vivant, que ce
soit de l’humour, que ce soit de la danse ou n’importe quoi. Les gens ont du
plaisir d’être sur scène et ils aiment avoir un public. Vraiment continuez
d’aller voir des publics et des spectacles différents, c’est vraiment très
intéressant. Merci aussi à vous.
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod