Daniela et Pierre Kientega : Fondation Wêndbenedo
Vous êtes les auteurs d’un projet au
Burkina Faso pour aller aider les enfants et les femmes défavorisés. Est-ce que
vous pouvez nous dire comment a débuté ce projet ?
Daniela Kientega : Cela
a commencé il y a plusieurs années en arrière, 18 ans en arrière, j’ai traversé
l’Afrique avec un sac à dos. J’ai traversé l’Algérie, le Sahara plus
précisément. C’était en 1991, quand il y avait la guerre avec les Touaregs et
beaucoup de problèmes. Même comme aventurière, j’ai eu chaud et à un moment
donné, je me suis dit que je devrais être morte, que ce n’est pas normal que je
suis encore vivante. Il devait y avoir quelqu’un qui veille sur moi. Il doit y
avoir Dieu quelque part que je ne connaissais pas et plus têtu que moi. J’ai
posé la question : « En fait, qu’est-ce que je fais sur cette
terre ? D’où je viens, où je vais ? » Dieu m’a répondu. Il m’a
dit : « Toi, tu seras infirmière ou sage-femme. Ton destin, c’est
l’Afrique noire. Tu vas travailler avec les femmes et les enfants dans les rues. »
J’avais tout un programme à couvrir… Je n’étais pas infirmière, alors quand je
suis retournée en Suisse, j’ai cherché comment devenir infirmière. J’avais 24
ans quand j’ai commencé cette formation. Trois ans plus tard, j’ai fini. Un
vendredi soir, j’ai eu mon diplôme et le dimanche, je suis partie pour le
Burkina et je travaillais dans le Nord à Dori dans un
hôpital étatique comme bénévole. C’est pendant ce temps-là que j’ai rencontré
Pierre qui était infirmier de brousse, qui passait une fois par mois dans ce
coin.
Quand
il s’est présenté comme infirmier de brousse, je lui ai dit : « Il
faut que tu m’amènes ! » car je voulais aller là où il n’y a pas
d’eau, pas d’électricité où c’est encore comme dans le temps. J’ai tout fait
pour le convaincre. J’étais assez têtue. J’ai réussi. Il m’a prise avec, à
Pierre Kientega : Mansila se situe au
nord-est du Burkina Faso. C’est devenu maintenant une province. Là, j’étais
infirmier responsable du Centre de santé de promotion sociale, que je dirigeais
avec trois autres collègues. On travaillait normalement comme dans un centre
médical. On faisait pratiquement tous les soins et les cas plus compliqués, on
les évacuait justement à
Daniela : On peut encore dire que toi, au début, quand tu as
commencé, tu n’étais pas reconnu. Il n’était pas reconnu comme infirmier
diplômé. Il était stagiaire. Il ne pouvait même pas lire un thermomètre.
Dès qu’il est revenu en Suisse, il a dû
recommencer sa formation de base ?
Pierre : C’était surtout la langue, le cours de langue
allemande que j’ai commencé. Après le suisse-allemand
aussi. J’ai commencé comme un aide-infirmier à
l’hôpital, stagiaire à l’hôpital, pour voir comment ça se passe ici. J’avais
déjà un diplôme et selon
Daniela : Après le premier poste. Ce n’était pas dans un home,
c’était ici à Neuchâtel. Après, on a appris les langues et tout et j’ai
travaillé aussi à Pourtalès. En 2003, j’ai aussi
passé dans une émission télé. C’est des chrétiens qui donnent un témoignage
comment ils ont rencontré Dieu et on m’a donné le titre « L’Afrique, mon
destin » et on a été filmé à la maison, à l’hôpital. Ça a passé à la télé.
Il y a une personne qui a été touchée. Un jeune de Winterthur qui a dit :
« Ceux-là, il faut les aider. Le projet tient debout. » Il nous a
envoyé un e-mail qui disait qu’il veut nous donner l’argent de ces heures
supplémentaires. Il faut ouvrir un compte avec le nom du projet. Nous, on
n’avait encore rien du tout dans les mains. Pour ouvrir un compte en Suisse à
la banque, il faut des statuts, un président, un caissier pour poser cet
argent. En fait, cela s’est accéléré et on a vraiment dû fonder une
association. Après neuf mois de travail pour les statuts et tout, octobre 2004
est née l’association Wêndbenedo qui veut dire
« Dieu est avec nous ». En 2006, nous avons commencé à récolter, à
faire de la pub pour avoir des membres. Depuis 2008, nous faisons des activités
comme par exemple au Buskers, nous avons eu un stand
de restauration. Il y en aura aussi un cette année à
À Neuchâtel ?
Oui,
à Neuchâtel. C’est entre Pourtalès et le Nid-du-Crô. C’est ouvert tous les après-midis
et le vendredi matin. C’est quelque chose avec l’association qui va rester en
Suisse. Nous partons pour démarrer le projet, mais ces deux choses vont rester
ici, c’est notre soutien.
Vous allez partir cette année, courant
2009. Vous allez commencer ce projet. Il comporte plusieurs phases. Est-ce que
vous pouvez nous parler de la première phase de ce projet ?
Pierre : Le projet dans son ensemble, en détails, est composé
de trois grands volets. On a un domaine qui sera le domaine de la santé, un
autre le social et un volet qu’on a baptisé l’écotourisme. On va débuter avec
le volet santé avec un dispensaire mobile. Ce dispensaire mobile, c’est un
dispensaire qu’on va équiper avec du matériel médical de soins et tout. Ce
véhicule nous permet de rentrer tout doucement en contact avec la population, sur
le terrain, faire une étude, identifier les vrais besoins, tout en donnant les
soins à la population. On a eu l’idée aussi d’avoir une cuisine mobile qu’on
utilisera pour donner un repas chaud par jour, par exemple. On arrive, avec cette
approche, à entrer en communication, à tisser avec la population des liens de
confiance. Comme ça, on pourra aller plus loin avec ceux qui font le choix de
changer leur vie, de travailler dans le sens de devenir autonome. Il y aura un
dispensaire plus tard fixe, un centre de santé fixe où l’on pourra s’occuper de
cette population surtout en priorité, ces femmes et enfants en difficulté. Le
deuxième point : on voudrait mettre un Centre de formation pour donner
l’autonomie dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de l’artisanat pour
réaliser leurs activités, leur vie, pour ne pas rester dépendant du projet ou
de l’accompagnement. Le troisième point, c’est le côté touristique. Le but,
c’est de permettre aux gens qui aimeraient nous accompagner sur place ou des
gens qui voudront venir de l’Europe pour faire du tourisme ou donner un coup de
main, localement, on va construire une auberge où l’on aura un style
d’habitation locale. On l’a nommée « Village musée ethno » où chaque
groupe ethnique sera représenté par ces cases, le mode de vie. C’est ça qui va
servir d’hébergement. Les activités qu’on va amener dans ce volet vont générer
bien sûr des ressources et ces ressources, on va les utiliser pour renforcer le
côté santé, les infrastructures et pour faire fonctionner en quelque sorte le
projet. Le but aussi, c’est qu’un jour le projet soit autonome, ne dépende pas
de dons ou de l’aide extérieure. On travaille en collaboration, pour ce domaine
de formation, ce domaine touristique, avec toutes les organisations ici en
Suisse et au Burkina. On ne va pas chercher à recommencer des choses, à
réinventer la roue… Il y a déjà des projets sur place qui fonctionnent et qui
ont déjà de l’expérience.
Revenons un peu sur la boutique Wêndbenedo-Solidaire à Neuchâtel. Comment cette boutique
vous aide-t-elle dans vos projets ?
Daniela : C’est un troc en fait. On peut apporter des affaires,
des habits, des articles qu’on a dans la maison. On peut mettre en dépôt. On
peut donner, on peut aller acheter. On fait vraiment un échange. Nous l’avons
depuis le 5 janvier. Le but premier, c’est de faire connaître l’association.
L’autre, c’est d’avoir vraiment un pied depuis le Burkina ici en Suisse. Il y a
aussi l’aspect que l’argent récolté de la vente, qu’on gagne comme bénéfice, va
servir au projet au Burkina. En achetant des choses dans ce troc, on peut nous
soutenir. Après, le matériel qu’on a plus besoin en Afrique qu’ici en Suisse,
on va essayer de faire, une fois par année, un container et envoyer ce matériel
au Burkina.
Dans les besoins directs, comment est-ce
qu’on peut vous aider concrètement avec cette unité mobile ?
Pierre : Cette unité mobile que nous avons lancée, on a besoin
d’un véhicule, bien sûr. Ce véhicule, on va l’équiper avec du matériel médical.
On a toute une liste de matériel dont on a besoin et si on veut nous aider, on
peut entrer en contact avec nous par rapport à ce véhicule de dispensaire
mobile.
Je crois que vous avez besoin d’un
chaudron particulier pour la cuisine ?
Oui.
C’est surtout pour la cuisine mobile pour faire un repas chaud pour les
patients qui viennent pour les soins.
C’est donc un chaudron particulier qu’on
ne trouve pas vraiment, n’est-ce pas ?
Daniela : Nous cherchons un chaudron militaire que l’armée
vendait il y a un moment. On peut seulement les trouver ailleurs. C’est un
foyer amélioré. Il est vraiment super et on utilise vraiment très peu de bois
et on peut faire une centaine de litres de nourriture. Pour nous, c’est très
utile. On ne peut pas seulement aller soigner les gens. De toute façon, ils
n’ont rien à manger, même si on les soigne. On leur prescrit, on leur donne
gratuitement des médicaments, il vaut mieux offrir un repas chaud. Comme ça,
ils sont en même temps nourris. On peut aussi le voir dans le sens, ne pas
seulement donner, donner, donner, mais il y a une participation. Je suis sûre
que la plupart des gens ont une façon, ils peuvent même participer à cette
soupe. Amener un petit bout de bois, qu’on peut mettre en dessous. C’est un peu
un ensemble. En plus de tout ça, il y aura encore un film pour sensibiliser les
gens, les mêmes personnes qui seront autour de nous, toute la journée, elles
vont encore voir un film pour la prévention.
Pour leur montrer comment se soigner.
C’est
vraiment le projet que Pierre a décrit avant, c’est en mini. C’est Wêndbenedo en petit.
Il y aura donc un volet d’informations à
la population ?
Pierre : Tout à fait. Un volet information, éducation à la
santé contre les maladies infectieuses, contre le sida, la lutte contre
l’excision, les maladies diarrhéiques. C’est des thèmes comme ça qu’on va développer
avec l’appui d’un film ou en expliquant avec des images aux gens qui sont
autour, aux enfants, aux femmes, aux personnes qui sont là.
Dans le projet social, vous allez aussi
leur apprendre comment faire de l’agriculture, comment faire de
l’élevage ?
Tout
à fait. Pour les personnes qui sont d’accord de poursuivre le cheminement avec
nous, qui ont envie, qui ont un rêve qu’elles veulent réaliser, ces personnes
pourront aller dans ce Centre de formation, qui est en même temps un lieu
d’hébergement pour acquérir une formation dans le domaine de l’agriculture,
l’élevage et l’artisanat.
Vous allez impliquer toute la population
pour qu’elle puisse aider les autres ?
C’est
sûr, les concernés directs sont déjà impliqués dès le départ avec toute la
région et avec les autorités locales. Le problème est que si l’on transmet et
les gens n’ont pas participé, c’est plus facile pour eux d’abandonner après,
parce qu’ils n’ont pas compris peut-être le fonctionnement. Une fois, si on
construit avec eux, on peut les responsabiliser pour la suite…
Ils vont devenir indépendants.
Ils
vont devenir indépendants, autonomes et aptes à gérer eux-mêmes leurs
activités. Ils pourront gérer leur vie.
Merci Daniela
et Pierre Kientega.
Merci.
Je trouve votre démarche très courageuse
et j’espère que du bon pour votre projet. J’invite tous nos téléspectateurs à
contacter l’association Wêndbenedo s’ils veulent
participer à ce projet. Merci.
Interview réalisée par François Gombàs
Texte retranscrit par Françoise Berthod