Une école au Rajasthan : Asha Ki Kiran
Catherine Braillard
Mon
histoire commence aux Philippines. Lors d’un voyage, j’ai rencontré deux petits
enfants qui mendiaient dans la rue. Cela m’a énormément touché et je me suis
dit que je devais faire quelque chose pour ces enfants-là.
Cela a été pour vous le début, le
déclenchement ?
Ça
a été le déclenchement, oui. Ça a été la petite graine de compassion au fond du
cœur.
Avant cette rencontre avec cet enfant,
votre vie n’avait pas de sens ou pas le sens que vous souhaiteriez ?
Je
ne m’étais pas posée la question avant. Ça s’est passé à ce moment-là, tout
simplement. Il n’y avait pas : « Est-ce que je suis heureuse ?
Est-ce que je ne suis pas heureuse ? » Non, ma vie est en Suisse et
dans les voyages, mais en tous cas pas dans l’humanitaire. Ça certainement
pas !
Mais quand vous avez rencontré cet
enfant, il y a eu un déclic dans votre tête ?
Oui,
certainement ! Je pense, très profond, parce qu’il m’a fallu vingt ans
pour vraiment réaliser que oui, je devais faire quelque chose pour les enfants…
Vous pensez qu’en Suisse, on n’aime pas
regarder la misère en face ?
Oui,
certainement et ce n’est tout simplement pas facile quand on est assis devant
la télé et qu’il y a des enfants qui meurent de faim dans la rue. Oui, ça nous
touche, mais bon ça nous touche sans plus.
Vous avez d’abord voulu ouvrir un
orphelinat, puis ça a été une école ?
Oui !
Mon rêve, c’était d’ouvrir un orphelinat. D’ailleurs, à 40 ans, j’ai fait
l’école de nurses. Quand je suis arrivée à Jaipur. Là, je me suis dit, c’est
ici que quelque chose va se concrétiser, ce projet va se concrétiser. J’ai
rencontré une famille d’enseignants et ces enseignants m’ont dit :
« Pourquoi ne pas ouvrir une école ? »
Comment cela a été au début, quand on
n’a pas d’argent ou très peu ?
Ce
n’est pas facile le début ! On a commencé avec le b.a.-ba.
Il y a des gens qui y ont cru et qui ont donné un petit peu d’argent et il y a
mon compagnon qui m’a aidé financièrement.
Vous avez dû construire les murs. Vous
avez tout dû faire ?
J’ai
tout fait. Oui, on a construit depuis le tout début.
Actuellement combien d’enfants ?
On
a commencé avec douze enfants. On n’avait pas de parrains et marraines. Il
fallait bien quand même concrétiser le projet et maintenant, il y en a vingt,
c’est plein. Je vais partir cet automne, cet hiver et là, on va faire un
nouveau projet.
Les enfants viennent tous les jours à
l’école comme en Suisse ?
Oui.
C’est cinq jours par semaine et ils reçoivent un repas chaud à midi. C’est la
particularité de l’école et encore une autre particularité, c’est que les
enfants font du yoga.
En Inde, l’école n’est pas obligatoire.
Tous les enfants ne peuvent pas en profiter ?
En
Inde, l’école est obligatoire malgré tout. Mais comme il y a tellement
d’enfants, on ne peut pas dire : « Cet enfant vient ou ne vient pas. »
Les parents sont assez malins pour enregistrer l’enfant à l’école, mais après,
il n’y a pas de structures de surveillance. Il n’y a rien du tout.
Avec ça, beaucoup d’enfants passent
entre les mailles du filet et ne sont pas scolarisés ?
Oui,
alors vraiment et c’est très facile. Il y a beaucoup, beaucoup d’enfants qui ne
vont pas à l’école en fin de compte… Déjà, ils doivent travailler.
Vous avez besoin de combien d’argent
pour un enfant, pour un jour, pour une année ?
On
a fait plus ou moins un budget, ça nous coûte 1 franc et 20 centimes par jour
pour un enfant. Avec ça, ça garantit l’écolage, le salaire de l’institutrice,
l’électricité, l’eau, les uniformes. Tout ce qu’il faut pour qu’un enfant puisse
aller à l’école.
1 franc et 20 centimes par jour et par
enfant ?
Oui.
C’est vraiment minime en fin de compte. On met tous les jours 1 franc et 20
centimes dans la crousille, ça n’a rien à voir…
Votre aide maintenant, c’est de
développer cette école ?
Oui
mon rêve, c’est de développer. On a commencé avec une classe de 20 enfants. Cet
hiver, j’ai le projet d’ouvrir une petite classe avec des enfants qui ne savent
pas écrire et ça ferait un peu genre école enfantine. Des enfants qui
viendraient pour apprendre à écrire et après, ils pourraient intégrer la grande
classe.
On a le sentiment que ce projet a
vraiment changé votre vie ? Vous avez fait un petit festival ici au bord
du lac pour récolter un peu d’argent. Vous avez été bénie par un terrible orage
et vous n’avez pas perdu votre sourire pour autant ?
Non,
ça c’est la bénédiction des dieux. C’est trop magnifique, parce qu’en Inde, il
y a un dicton qui dit : « Il y a autant de dieux que d’Indiens. »
Donc ça fait beaucoup de dieux… J’ai demandé à tous les dieux de l’univers, à
tous les guides, à tous les anges gardiens, à tout ce monde invisible :
« Aidez-moi pour qu’on ait un temps sec », mais non, la pluie…
Cela n’a pas marché aujourd’hui ?
Cela
n’a pas marché. Il faut croire que cela devait être comme ça !
Mais quand même beaucoup de gens sont là
et semblent apprécier votre projet ?
Oui,
oui. En tout cas, quand j’en ai parlé à la commune de Faoug,
tout de suite
On vous remercie beaucoup et vous nous
redonnerez des nouvelles quand vous reviendrez.
Oui,
avec grand plaisir ! Avec grand plaisir, merci !
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod