« Singulier-Pluriels » :
Karin Jacot
Madame Karine Jacot, bonjour. Vous êtes
membre du comité de « Singulier-Pluriels ».
Alors, pouvez-vous nous parler de l’Association ?
Alors
l’Association « Singulier-Pluriels » est
une association de parents de jumeaux et de triplés. Nous avons bien sûr plus
de jumeaux que de triplés. Elle compte environ une centaine de membres dans le
canton de Neuchâtel, c'est-à-dire tous les endroits du canton,
Comment est née votre association ?
Alors,
l’association a démarré à l’instigation d’une maman de
Quels sont les buts de
l’association ?
Les
buts premiers sont surtout le soutien et l’entraide aux parents de jumeaux
avant tout et éventuellement de triplés. Je mets des mamans de triplés, quand
elles sont enceintes, en contact avec d’autres mamans de triplés mais, ça,
c’est assez restreint, c’est plus difficile. Par contre, entre parents de jumeaux,
c’est vrai qu’on est… comme on est une centaine de membres, on se rencontre, on
discute, les plus anciennes échangent leurs expériences avec les plus jeunes. Ça
va du nombre de biberons par jour aux fesses rouges, à comment on s’organise
quand les bébés dorment ou ne dorment pas, enfin, à l’habillement, à l’attitude
à avoir dans différentes situations, au matériel parfois que l’une s’échange avec
les autres, où elles disent « Ah, eh bien moi, j’ai une poussette à
vendre », eh bien il y a du direct et puis après, il y a d’autres choses
qui viennent en plus, quoi.
Est-ce que vous organisez des
activités ?
Alors
oui, nous organisons plusieurs activités, notamment des sorties maman, les
soupers maman, il y a deux soupers par année. En général, c’est un vendredi
soir, on va manger dans un restaurant et puis ensuite on discute et puis on
fait en général la fermeture. Il y a des sorties papa aussi. Donc les papas,
eux, font plutôt un truc un peu plus physique, soit ils font du kart ou la
prochaine, c’est
Mais lors des grandes manifestations
comme les pique-niques ou les fêtes de Noël, ça vous fait beaucoup de monde alors ?
Ça
fait beaucoup de monde, oui, effectivement. Alors bon, en général, il y a plus
de monde aux pique-niques qu’à la fête de Noël…
Pas facile, d’aller faire ses courses,
vous admettez, avec des jumeaux….
Effectivement,
c’est difficile. Quand ils sont petits, on peut difficilement pousser et la
poussette et le caddie. Il y a quelques années, nous avons fait une demande au
niveau d’un centre commercial à
Donc, sur tout le canton, pour cent
familles membres, trois caddies pour jumeaux !
Oui…
en espérant que tout le monde ne fasse pas ses commissions en même temps
effectivement !
Alors, Messieurs les commerçants, vous
savez quoi faire…
En parlant de jumeaux, il y a les monozygotes
et les dizygotes. C’est quoi, la différence ? Parce que pour moi, ça
« zygote » beaucoup là…
Les
monozygotes sont issus d’un seul zygote. Le zygote étant l’ovule fécondé par un
spermatozoïde, donc nous avons une entité qui s’appelle un zygote et qui
ensuite, après la fécondation, dans les quinze jours qui suivent, à différents
stades donc, peut se diviser et former deux entités, ce sera donc deux jumeaux,
des jumeaux monozygotes qui ont le même patrimoine génétique. Et les jumeaux
dizygotes sont donc issus de deux zygotes, c'est-à-dire deux ovules fécondés
par deux spermatozoïdes. Ils ont le même capital génétique que deux frères ou
soeurs d’une même fratrie, c'est-à-dire ce n’est pas totalement correspondant.
Simplement, ils ont été fabriqués au même moment et ils naissent en même temps.
J’ai remarqué que vous organisez des
tests ADN pour les jumeaux. Vous pouvez expliquer comment ça se passe un
peu ?
Cela
reprend la question de la « zygozité » de
tout à l’heure. La plupart des parents qui se retrouvent avec deux bébés du
même sexe, qui se ressemblent plus ou moins, ne savent pas s’ils ont, disons,
des enfants issus du même œuf, donc monozygotes ou de deux œufs différents, des
dizygotes. C’est vrai que la question peut se poser, à un moment donné, au
niveau de la préadolescence ou de l’adolescence pour que les enfants, dans leur
évolution, dans leur situation dans la fratrie, puisse se positionner par
rapport à ça. Donc nous avons décidé, à l’époque, en 2005, de faire un test de
« zygozité », c’est comme ça que ça s’appelle.
Nous avons donc approché un laboratoire canadien, où les prix sont corrects,
parce qu’en Suisse, un test génétique coûte extrêmement cher. Cela fait plusieurs
centaines de francs, voire dépasser les milliers, dépasser les mille francs. Donc,
ce laboratoire canadien qui a, à sa tête, notamment, un médecin qui est jumeau
monozygote lui-même, nous a envoyé tout le matériel, donc on a payé le test à
l’avance. Il a envoyé le matériel. Moi, j’ai convoqué les personnes. Il y avait
dix-neuf familles qui étaient dans le doute et qui ont été très contentes de
pouvoir faire ce test et de recevoir ensuite un résultat qui est tout à fait
valable au niveau médical, et de pouvoir se positionner par rapport à la gémellité
de leurs enfants.
En quoi est-ce important de savoir ?
À
mon sens, c’est très important que les enfants sachent s’ils sont monozygotes
ou dizygotes, de manière à pouvoir se positionner dans leur fratrie. Ils ont
des grands frères ou des grandes sœurs, des petits frères et des petites sœurs
qui savent très bien à quel niveau de la fratrie ils se trouvent. Les jumeaux,
pour pouvoir vivre ensemble et ensuite bien se séparer, ont aussi besoin de
savoir si le frère ou la sœur qui est à côté de lui ou d’elle est issu du même
œuf ou issu d’un autre œuf. Qu’ils sont, par hasard, nés ensemble parce qu’ils
viennent de deux ovules différents, mais c’est le hasard qui a fait que, ma
foi, la maman a eu deux ovules mûrs au même moment et ils sont nés ensemble ou
alors ils sont issus de la spécialité des monozygotes, c'est-à-dire, ils sont… le
zygote s’est divisé. Pourquoi ? On ne le sait pas. Et qu’ils sont vraiment
issus de la même entité, qu’ils ont exactement le même patrimoine génétique. Et
c’est vrai que c’est très impressionnant quand on voit le résultat. Moi j’ai vu
le résultat des miens en 2005 quand on a fait le test. C’est des chiffres, mais
il teste, je crois, six allèles. Donc, c’est des chromosomes et il y a… c’est
exactement le même chiffre pour les deux enfants, c’est vraiment 18,2 à un et 18,2
à l’autre par exemple, pour dire quelque chose, alors que chez les dizygotes,
un peut avoir 13-14 puis l’autre 14-15 ou des choses comme ça. Donc il y a des
petites différences, effectivement. J’ai vu les deux résultats des tests chez
des dizygotes ou chez des monozygotes et c’est vrai que chez les monozygotes,
le résultat, on peut le superposer, quoi.
Donc copies conformes.
Copies
conformes oui et ensuite, il y a effectivement une phrase qui dit qu’ils sont
probablement monozygotes à 99,99 %
de chances, donc on part du principe qu’ils le sont.
Il est vrai que ce n’est pas toujours
facile pour une famille d’avoir des jumeaux. Quels sont les problèmes les plus
fréquemment rencontrés par les familles ou les jumeaux justement ?
Alors
les problèmes peuvent aller de « Comment j’habille mes enfants ?»
« Est-ce que je les habille de la même manière ? » « Est-ce
que je les habille différemment ? » « Est-ce que je les mets
ensemble à l’école ou pas ? » « Est-ce que c’est possible ou pas ?»
« Comment je les éduque ? » Si ce sont des jumeaux qui se
ressemblent, donc éventuellement monozygotes, la différenciation de l’un par
rapport à l’autre. « Comment les gens se positionnent par rapport à
ça ? » Ils les mélangent, donc : « Comment est-ce que je
peux faire pour que les gens ne les mélangent pas ? » Et puis aussi
l’évolution des enfants par rapport à leur entourage, dans le sens où ils ont
plus de difficultés à trouver leur propre identité, en sachant qu’un enfant qui
naît tout seul, à neuf mois, il connaîtra son prénom et à deux ans, il est
capable de dire qu’il s’appelle Christian par exemple. Alors que des jumeaux,
ce n’est qu’aux environs d’une année et demie qu’ils se rendent compte qu’ils
ont des prénoms différenciés et ce n’est qu’autour de trois ans que chacun est
capable de dire son propre prénom, ça illustre bien la difficulté que chacun a
à intégrer sa propre identité.
Est-ce que c’est difficile d’être jumeau
ou jumelle ?
Je
pense que c’est plus difficile et, par certains aspects, ça amène des
facilités. Dans le côté de la difficulté, c’est d’arriver à se repérer soi-même
en tant qu’individu. Pour l’anecdote, il y a quelques années, alors que mes
enfants avaient environ cinq ans je pense, d’autres familles avaient aussi des
garçons du même âge qui étaient ou monozygotes ou pas mais la plupart étaient
quand même monozygotes. J’ai essayé de prendre des photos ou les enfants
n’avaient pas de possibilité de se reconnaître, qu’ils soient les deux ou tout
seul sur la photo, donc ils ne savaient pas, au niveau des habits, ils ne
pouvaient pas savoir si c’était l’un ou l’autre parce qu’en fait, souvent, ils
se repèrent avec les habits parce qu’ils savent : tel habit était à lui ou
tel habit était à moi. Et ce qui s’est passé, c’est que, un des jumeaux, quand
je lui posais la question, désignait son frère en disant : «C’est moi ! »
Et ça, ça m’a interpellé et c’est vrai que j’ai demandé à d’autres mamans et on
est arrivé toutes au même résultat. Comme ils se voient dans le miroir, ils
savent qu’ils se ressemblent et ils voient leur frère en face d’eux, ou leur sœur
et ils savent qu’ils ressemblent à leur frère ou à leur sœur, donc quant ils
voient leur frère, ça veut dire : « C’est moi ! » Donc, en
tout cas mes enfants, un des deux montrait son frère en disant « C’est moi ! »
parce qu’il savait qu’ils se ressemblaient et, comme il avait son frère sous les
yeux, il le reconnaissait forcément et il disait « Voilà, celui-là, c’est
moi !»
Oui, donc nous, quand on se voit dans le
miroir, on se dit : « ça, c’est moi ! » tandis que lui, en
voyant son frère, il disait : « C’est moi !»
Voilà.
Maintenant, ils ont onze ans et demi. Ils ont compris et ils corrigent.
Maintenant ils savent automatiquement, mais un peu plus tard, autour de sept ou
huit ans, je voyais qu’il y avait un temps d’hésitation puis ils refaisaient la
manœuvre inverse et ils corrigeaient, quoi. Donc voilà, ça leur amène un peu
des complications, aussi par rapport à leurs camarades qui ne les reconnaissent
pas forcément. Un de mes enfants m’a une fois dit : « Mais j’en ai
marre, j’en ai marre qu’on ne me reconnaisse pas parce que je n’ai pas les
mêmes habits que mon frère, j’ai ma couleur préférée, ce n’est pas la même que
celle de mon frère. » Donc il avait des vestes orange, des pulls orange,
bref il aime toujours encore l’orange et puis c’est vrai qu’il a des camarades
qui ne faisaient pas forcément attention. Donc, ça peut être aussi embêtant
parce qu’on n’est pas pris en tant qu’individu. On est un groupe, on est des
jumeaux, on est deux et puis les autres ne font pas forcément d’efforts.
D’où l’utilité de les mettre, si possible,
en classe séparément ?
Si
c’est possible, effectivement, à mon sens, je pense que c’est une bonne
solution. Ça leur permet d’évoluer de manière différenciée, d’éviter trop la comparaison
de la part du prof et d’avoir chacun des camarades de classe qui, au fil du
temps, vont finir, eux, par reconnaître l’enfant en tant que tel et ne plus les
mélanger. Mais ce n’est pas toujours possible parce que les gens habitent dans
des petits villages, et puis il y a souvent plusieurs niveaux dans la même
classe ou il n’y a qu’une seule classe de première année, et puis ils sont tous
dans la même classe, donc voilà. Et il y a certains enfants qui sont, malgré tout,
quand même tellement proches que c’est trop difficile, affectivement, pour eux,
d’être séparés, donc il faut vraiment faire ça très doucement. Il ne faut pas,
un jour, décréter que : « Tac ! », on les sépare, il faut y
aller doucement, de manière à ce que chaque enfant réussisse à trouver sa place
et ne pas faire les choses de manière trop brutale pour éviter qu’un des
enfants dépérisse alors qu’il se retrouvera séparé de son frère ou de sa sœur.
J’ai aussi remarqué que vous sortez deux
fois par année un journal.
Oui
Vous pouvez nous en parler un petit
peu ?
Alors
c’est un petit journal assez sympa qui reprend les diverses activités de
l’association en mettant un petit résumé de ce qui s’est passé pour informer
les membres, éventuellement les appâter pour venir à la prochaine. Il y a le
programme. Il y a souvent quelques recettes de cuisine de mamans d’enfants
nombreux, donc c’est intéressant d’avoir des recettes sympas et vite faites. Il
y a souvent des comptes-rendus par rapport à certaines conférences qu’on a eues
ou concernant des sujets d’éducation que j’ai trouvé soit sur Internet ou que
d’autres mamans ont lu, etc. On essaie de faire des synthèses et puis de mettre
tout ça dans le journal pour que les gens puissent avoir accès, connaissance et
ensuite, s’ils ont des questions, ils peuvent toujours retrouver l’article
principal. Éventuellement ça peut donner une idée de conférence aussi par la
suite, nous avons une liste des nouvelles naissances, donc des nouveaux membres
papas et mamans et des petits, des enfants, des bébés, alors soit c’est des
bébés parce qu’ils viennent de naître ou il y a des fois des nouveaux adhérents
qui ont des enfants qui ont déjà deux ans, trois ans mais on les cite aussi. Il
y a, de temps en temps, des trucs et astuces côté pratique, vie pratique. Il y
a une liste de matériel que nous prêtons, c'est-à-dire des livres, DVD. Il y a
encore des vieilles VHS, concernant les jumeaux, s’il y a des émissions de
télévision sur les jumeaux. Il y a des livres concernant l’éducation, la
gémellité. Il y a pas mal de choses et là on trouve cette liste sur notre site
Internet.
J’ai aussi lu que vous organisez des
trocs ?
Oui,
c’est juste. Donc nous organisons, depuis le début de notre association, deux
trocs par année, un fin septembre, l’autre fin mars. Ce sont des trocs
saisonniers, c'est-à-dire que celui du printemps, eh bien il regroupe les
habits printemps été, les objets, les poussettes et tout le matériel printemps
été avec éventuellement des jouets pour la sable, etc. Le troc d’hiver, c’est
bien sûr les combinaisons de ski, les skis, le matériel plutôt hivernal. Et
depuis cette année, nous avons organisé un nouveau troc, junior comme nous
l’avons appelé, donc qui reprend les tailles depuis le 134 au 176, donc les
enfants d’environ 8 ans jusqu’à 17 ans, parce qu’effectivement, les deux autres
trocs vont pour les petits enfants, de la naissance jusqu’au 128 et on s’est
rendu compte que nos enfants grandissent et qu’on ne peut plus échanger. On ne peut
plus vendre ni acheter, donc on fait ce nouveau troc qui a eu lieu au mois de
mai et là c’est un seul troc pour ces tailles-là. Donc, on fait un troc par
année. On a aussi bien des skis, au mois de mai, que des rollers, que des vélos
et puis les habits de toutes saisons, mais ça a relativement bien marché pour
un premier troc. Les gens qui sont venus étaient très contents et nous ont dit
qu’il fallait continuer, donc c’est ce qu’on va faire et, en fin de printemps
prochain, soit aux environs du mois de mai 2010, nous allons « réagender » un de ces trocs. Donc ces trocs ont lieu à
l’Hôtel-Restaurant de
Merci pour toutes ces informations et
bonne chance pour la suite !
Merci.
Interview réalisée par Christophe Berdat
Texte retranscrit par Christoph Yavkin