« Singulier-Pluriels » : Karin Jacot

 

 

Madame Karine Jacot, bonjour. Vous êtes membre du comité de « Singulier-Pluriels ». Alors, pouvez-vous nous parler de l’Association ?

Alors l’Association « Singulier-Pluriels » est une association de parents de jumeaux et de triplés. Nous avons bien sûr plus de jumeaux que de triplés. Elle compte environ une centaine de membres dans le canton de Neuchâtel, c'est-à-dire tous les endroits du canton, La Chaux-de-Fonds. Cela va jusque dans le Jura. On a une ou deux familles du côté français, du côté vaudois, de l’autre côté du lac, dans le canton de Fribourg et dans le canton de Vaud, une famille à Bienne.

 

Comment est née votre association ?

Alors, l’association a démarré à l’instigation d’une maman de La Chaux-de-Fonds qui, à la suite de la naissance de ses deux bébés, s’est trouvée un peu dépourvue. Donc, elle a contacté les maternités pour avoir les adresses, les coordonnées des parents qui avaient eu des jumeaux dans les deux ans environ précédant la naissance de ses propres enfants. Fin 1999, nous avons eu une première réunion pour mettre les bases de cette association et, début 2000, l’association a commencé à exister vraiment.

 

Quels sont les buts de l’association ?

Les buts premiers sont surtout le soutien et l’entraide aux parents de jumeaux avant tout et éventuellement de triplés. Je mets des mamans de triplés, quand elles sont enceintes, en contact avec d’autres mamans de triplés mais, ça, c’est assez restreint, c’est plus difficile. Par contre, entre parents de jumeaux, c’est vrai qu’on est… comme on est une centaine de membres, on se rencontre, on discute, les plus anciennes échangent leurs expériences avec les plus jeunes. Ça va du nombre de biberons par jour aux fesses rouges, à comment on s’organise quand les bébés dorment ou ne dorment pas, enfin, à l’habillement, à l’attitude à avoir dans différentes situations, au matériel parfois que l’une s’échange avec les autres, où elles disent « Ah, eh bien moi, j’ai une poussette à vendre », eh bien il y a du direct et puis après, il y a d’autres choses qui viennent en plus, quoi.

 

Est-ce que vous organisez des activités ?

Alors oui, nous organisons plusieurs activités, notamment des sorties maman, les soupers maman, il y a deux soupers par année. En général, c’est un vendredi soir, on va manger dans un restaurant et puis ensuite on discute et puis on fait en général la fermeture. Il y a des sorties papa aussi. Donc les papas, eux, font plutôt un truc un peu plus physique, soit ils font du kart ou la prochaine, c’est la Via Ferrata, ils font, ils ont fait, je ne sais plus trop… la descente de Chasseral à bicyclette, enfin non, en trottinette, pardon, donc ils ont fait plusieurs activités physiques et ensuite, ils vont aussi souper. Mais eux alors, ils ne parlent pas du tout des enfants. Ils parlent d’autres choses mais absolument pas des bébés, contrairement… enfin, des bébés ou des enfants par rapport aux mamans, quoi. Les autres activités sont un pique-nique des familles au mois de juin, une activité, une fête de Noël fin novembre, en général, parce que le mois de décembre est très occupé. Nous avons l’Assemblée générale au mois de janvier, deux trocs par année, donc un à fin mars, l’autre à fin septembre et ensuite des conférences aussi. Une à deux par année, qui concernent le sujet des jumeaux et des enfants en général, puisque nous sommes aussi mamans, non seulement de jumeaux mais d’autres enfants aussi.

 

Mais lors des grandes manifestations comme les pique-niques ou les fêtes de Noël, ça vous fait beaucoup de monde alors ?

Ça fait beaucoup de monde, oui, effectivement. Alors bon, en général, il y a plus de monde aux pique-niques qu’à la fête de Noël…

 

Pas facile, d’aller faire ses courses, vous admettez, avec des jumeaux….

Effectivement, c’est difficile. Quand ils sont petits, on peut difficilement pousser et la poussette et le caddie. Il y a quelques années, nous avons fait une demande au niveau d’un centre commercial à La Chaux-de-Fonds pour savoir s’ils étaient d’accord de mettre à disposition des parents de jumeaux, des chariots avec deux sièges pour bébé, ces petits sièges rouge inclinés et ils ont accepté cette demande et je crois qu’à l’heure actuelle, il y a deux ou trois caddies équipés de la sorte qu’on peut demander à l’information pour faire ses courses. Par contre, un autre grand centre du Littoral, qui est actuellement en travaux, n’a pas encore accepté, on attend la fin des travaux et la finalisation du projet pour remettre la question sur la table.

 

Donc, sur tout le canton, pour cent familles membres, trois caddies pour jumeaux !

Oui… en espérant que tout le monde ne fasse pas ses commissions en même temps effectivement !

Alors, Messieurs les commerçants, vous savez quoi faire…

 

En parlant de jumeaux, il y a les monozygotes et les dizygotes. C’est quoi, la différence ? Parce que pour moi, ça « zygote » beaucoup là…

Les monozygotes sont issus d’un seul zygote. Le zygote étant l’ovule fécondé par un spermatozoïde, donc nous avons une entité qui s’appelle un zygote et qui ensuite, après la fécondation, dans les quinze jours qui suivent, à différents stades donc, peut se diviser et former deux entités, ce sera donc deux jumeaux, des jumeaux monozygotes qui ont le même patrimoine génétique. Et les jumeaux dizygotes sont donc issus de deux zygotes, c'est-à-dire deux ovules fécondés par deux spermatozoïdes. Ils ont le même capital génétique que deux frères ou soeurs d’une même fratrie, c'est-à-dire ce n’est pas totalement correspondant. Simplement, ils ont été fabriqués au même moment et ils naissent en même temps.

 

J’ai remarqué que vous organisez des tests ADN pour les jumeaux. Vous pouvez expliquer comment ça se passe un peu ?

Cela reprend la question de la « zygozité » de tout à l’heure. La plupart des parents qui se retrouvent avec deux bébés du même sexe, qui se ressemblent plus ou moins, ne savent pas s’ils ont, disons, des enfants issus du même œuf, donc monozygotes ou de deux œufs différents, des dizygotes. C’est vrai que la question peut se poser, à un moment donné, au niveau de la préadolescence ou de l’adolescence pour que les enfants, dans leur évolution, dans leur situation dans la fratrie, puisse se positionner par rapport à ça. Donc nous avons décidé, à l’époque, en 2005, de faire un test de « zygozité », c’est comme ça que ça s’appelle. Nous avons donc approché un laboratoire canadien, où les prix sont corrects, parce qu’en Suisse, un test génétique coûte extrêmement cher. Cela fait plusieurs centaines de francs, voire dépasser les milliers, dépasser les mille francs. Donc, ce laboratoire canadien qui a, à sa tête, notamment, un médecin qui est jumeau monozygote lui-même, nous a envoyé tout le matériel, donc on a payé le test à l’avance. Il a envoyé le matériel. Moi, j’ai convoqué les personnes. Il y avait dix-neuf familles qui étaient dans le doute et qui ont été très contentes de pouvoir faire ce test et de recevoir ensuite un résultat qui est tout à fait valable au niveau médical, et de pouvoir se positionner par rapport à la gémellité de leurs enfants.

 

En quoi est-ce important de savoir ?

À mon sens, c’est très important que les enfants sachent s’ils sont monozygotes ou dizygotes, de manière à pouvoir se positionner dans leur fratrie. Ils ont des grands frères ou des grandes sœurs, des petits frères et des petites sœurs qui savent très bien à quel niveau de la fratrie ils se trouvent. Les jumeaux, pour pouvoir vivre ensemble et ensuite bien se séparer, ont aussi besoin de savoir si le frère ou la sœur qui est à côté de lui ou d’elle est issu du même œuf ou issu d’un autre œuf. Qu’ils sont, par hasard, nés ensemble parce qu’ils viennent de deux ovules différents, mais c’est le hasard qui a fait que, ma foi, la maman a eu deux ovules mûrs au même moment et ils sont nés ensemble ou alors ils sont issus de la spécialité des monozygotes, c'est-à-dire, ils sont… le zygote s’est divisé. Pourquoi ? On ne le sait pas. Et qu’ils sont vraiment issus de la même entité, qu’ils ont exactement le même patrimoine génétique. Et c’est vrai que c’est très impressionnant quand on voit le résultat. Moi j’ai vu le résultat des miens en 2005 quand on a fait le test. C’est des chiffres, mais il teste, je crois, six allèles. Donc, c’est des chromosomes et il y a… c’est exactement le même chiffre pour les deux enfants, c’est vraiment 18,2 à un et 18,2 à l’autre par exemple, pour dire quelque chose, alors que chez les dizygotes, un peut avoir 13-14 puis l’autre 14-15 ou des choses comme ça. Donc il y a des petites différences, effectivement. J’ai vu les deux résultats des tests chez des dizygotes ou chez des monozygotes et c’est vrai que chez les monozygotes, le résultat, on peut le superposer, quoi.

 

Donc copies conformes.

Copies conformes oui et ensuite, il y a effectivement une phrase qui dit qu’ils sont probablement monozygotes à 99,99 % de chances, donc on part du principe qu’ils le sont.

 

Il est vrai que ce n’est pas toujours facile pour une famille d’avoir des jumeaux. Quels sont les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les familles ou les jumeaux justement ?

Alors les problèmes peuvent aller de « Comment j’habille mes enfants ?» « Est-ce que je les habille de la même manière ? » « Est-ce que je les habille différemment ? » « Est-ce que je les mets ensemble à l’école ou pas ? » « Est-ce que c’est possible ou pas ?» « Comment je les éduque ? » Si ce sont des jumeaux qui se ressemblent, donc éventuellement monozygotes, la différenciation de l’un par rapport à l’autre. « Comment les gens se positionnent par rapport à ça ? » Ils les mélangent, donc : « Comment est-ce que je peux faire pour que les gens ne les mélangent pas ? » Et puis aussi l’évolution des enfants par rapport à leur entourage, dans le sens où ils ont plus de difficultés à trouver leur propre identité, en sachant qu’un enfant qui naît tout seul, à neuf mois, il connaîtra son prénom et à deux ans, il est capable de dire qu’il s’appelle Christian par exemple. Alors que des jumeaux, ce n’est qu’aux environs d’une année et demie qu’ils se rendent compte qu’ils ont des prénoms différenciés et ce n’est qu’autour de trois ans que chacun est capable de dire son propre prénom, ça illustre bien la difficulté que chacun a à intégrer sa propre identité.

 

Est-ce que c’est difficile d’être jumeau ou jumelle ?

Je pense que c’est plus difficile et, par certains aspects, ça amène des facilités. Dans le côté de la difficulté, c’est d’arriver à se repérer soi-même en tant qu’individu. Pour l’anecdote, il y a quelques années, alors que mes enfants avaient environ cinq ans je pense, d’autres familles avaient aussi des garçons du même âge qui étaient ou monozygotes ou pas mais la plupart étaient quand même monozygotes. J’ai essayé de prendre des photos ou les enfants n’avaient pas de possibilité de se reconnaître, qu’ils soient les deux ou tout seul sur la photo, donc ils ne savaient pas, au niveau des habits, ils ne pouvaient pas savoir si c’était l’un ou l’autre parce qu’en fait, souvent, ils se repèrent avec les habits parce qu’ils savent : tel habit était à lui ou tel habit était à moi. Et ce qui s’est passé, c’est que, un des jumeaux, quand je lui posais la question, désignait son frère en disant : «C’est moi ! » Et ça, ça m’a interpellé et c’est vrai que j’ai demandé à d’autres mamans et on est arrivé toutes au même résultat. Comme ils se voient dans le miroir, ils savent qu’ils se ressemblent et ils voient leur frère en face d’eux, ou leur sœur et ils savent qu’ils ressemblent à leur frère ou à leur sœur, donc quant ils voient leur frère, ça veut dire : « C’est moi ! » Donc, en tout cas mes enfants, un des deux montrait son frère en disant « C’est moi ! » parce qu’il savait qu’ils se ressemblaient et, comme il avait son frère sous les yeux, il le reconnaissait forcément et il disait « Voilà, celui-là, c’est moi !»

 

Oui, donc nous, quand on se voit dans le miroir, on se dit : « ça, c’est moi ! » tandis que lui, en voyant son frère, il disait : « C’est moi !»

Voilà. Maintenant, ils ont onze ans et demi. Ils ont compris et ils corrigent. Maintenant ils savent automatiquement, mais un peu plus tard, autour de sept ou huit ans, je voyais qu’il y avait un temps d’hésitation puis ils refaisaient la manœuvre inverse et ils corrigeaient, quoi. Donc voilà, ça leur amène un peu des complications, aussi par rapport à leurs camarades qui ne les reconnaissent pas forcément. Un de mes enfants m’a une fois dit : « Mais j’en ai marre, j’en ai marre qu’on ne me reconnaisse pas parce que je n’ai pas les mêmes habits que mon frère, j’ai ma couleur préférée, ce n’est pas la même que celle de mon frère. » Donc il avait des vestes orange, des pulls orange, bref il aime toujours encore l’orange et puis c’est vrai qu’il a des camarades qui ne faisaient pas forcément attention. Donc, ça peut être aussi embêtant parce qu’on n’est pas pris en tant qu’individu. On est un groupe, on est des jumeaux, on est deux et puis les autres ne font pas forcément d’efforts.

 

D’où l’utilité de les mettre, si possible, en classe séparément ?

Si c’est possible, effectivement, à mon sens, je pense que c’est une bonne solution. Ça leur permet d’évoluer de manière différenciée, d’éviter trop la comparaison de la part du prof et d’avoir chacun des camarades de classe qui, au fil du temps, vont finir, eux, par reconnaître l’enfant en tant que tel et ne plus les mélanger. Mais ce n’est pas toujours possible parce que les gens habitent dans des petits villages, et puis il y a souvent plusieurs niveaux dans la même classe ou il n’y a qu’une seule classe de première année, et puis ils sont tous dans la même classe, donc voilà. Et il y a certains enfants qui sont, malgré tout, quand même tellement proches que c’est trop difficile, affectivement, pour eux, d’être séparés, donc il faut vraiment faire ça très doucement. Il ne faut pas, un jour, décréter que : « Tac ! », on les sépare, il faut y aller doucement, de manière à ce que chaque enfant réussisse à trouver sa place et ne pas faire les choses de manière trop brutale pour éviter qu’un des enfants dépérisse alors qu’il se retrouvera séparé de son frère ou de sa sœur.

 

J’ai aussi remarqué que vous sortez deux fois par année un journal.

Oui

 

Vous pouvez nous en parler un petit peu ?

Alors c’est un petit journal assez sympa qui reprend les diverses activités de l’association en mettant un petit résumé de ce qui s’est passé pour informer les membres, éventuellement les appâter pour venir à la prochaine. Il y a le programme. Il y a souvent quelques recettes de cuisine de mamans d’enfants nombreux, donc c’est intéressant d’avoir des recettes sympas et vite faites. Il y a souvent des comptes-rendus par rapport à certaines conférences qu’on a eues ou concernant des sujets d’éducation que j’ai trouvé soit sur Internet ou que d’autres mamans ont lu, etc. On essaie de faire des synthèses et puis de mettre tout ça dans le journal pour que les gens puissent avoir accès, connaissance et ensuite, s’ils ont des questions, ils peuvent toujours retrouver l’article principal. Éventuellement ça peut donner une idée de conférence aussi par la suite, nous avons une liste des nouvelles naissances, donc des nouveaux membres papas et mamans et des petits, des enfants, des bébés, alors soit c’est des bébés parce qu’ils viennent de naître ou il y a des fois des nouveaux adhérents qui ont des enfants qui ont déjà deux ans, trois ans mais on les cite aussi. Il y a, de temps en temps, des trucs et astuces côté pratique, vie pratique. Il y a une liste de matériel que nous prêtons, c'est-à-dire des livres, DVD. Il y a encore des vieilles VHS, concernant les jumeaux, s’il y a des émissions de télévision sur les jumeaux. Il y a des livres concernant l’éducation, la gémellité. Il y a pas mal de choses et là on trouve cette liste sur notre site Internet.

 

J’ai aussi lu que vous organisez des trocs ?

Oui, c’est juste. Donc nous organisons, depuis le début de notre association, deux trocs par année, un fin septembre, l’autre fin mars. Ce sont des trocs saisonniers, c'est-à-dire que celui du printemps, eh bien il regroupe les habits printemps été, les objets, les poussettes et tout le matériel printemps été avec éventuellement des jouets pour la sable, etc. Le troc d’hiver, c’est bien sûr les combinaisons de ski, les skis, le matériel plutôt hivernal. Et depuis cette année, nous avons organisé un nouveau troc, junior comme nous l’avons appelé, donc qui reprend les tailles depuis le 134 au 176, donc les enfants d’environ 8 ans jusqu’à 17 ans, parce qu’effectivement, les deux autres trocs vont pour les petits enfants, de la naissance jusqu’au 128 et on s’est rendu compte que nos enfants grandissent et qu’on ne peut plus échanger. On ne peut plus vendre ni acheter, donc on fait ce nouveau troc qui a eu lieu au mois de mai et là c’est un seul troc pour ces tailles-là. Donc, on fait un troc par année. On a aussi bien des skis, au mois de mai, que des rollers, que des vélos et puis les habits de toutes saisons, mais ça a relativement bien marché pour un premier troc. Les gens qui sont venus étaient très contents et nous ont dit qu’il fallait continuer, donc c’est ce qu’on va faire et, en fin de printemps prochain, soit aux environs du mois de mai 2010, nous allons « réagender » un de ces trocs. Donc ces trocs ont lieu à l’Hôtel-Restaurant de la Croisée à Malvilliers. Il y a beaucoup de places de parc. Il y a pas mal de place pour mettre nos affaires en évidence et il y a aussi l’occasion de se restaurer et de manger un petit truc sur place, donc les familles peuvent venir volontiers,

 

Merci pour toutes ces informations et bonne chance pour la suite !

Merci.

 

 

Interview réalisée par Christophe Berdat

Texte retranscrit par Christoph Yavkin