Fondation Théodora : Docteur Rêves

 

 

Didou

 

Comment ça se fait que tu sois devenue Docteur rêves ?

Alors voilà, un jour, figure-toi que je me suis dit : « Tiens, eh bien que pourrais-je bien faire aujourd’hui ? » J’étais dans mon arbre, j’étais entourée de mille choses, des fleurs, enfin de tout ce qui pousse sur mon arbre et puis figure-toi qu’il y a une feuille de papier qui s’est envolée comme ça et puis je l’ai attrapée et puis je l’ai regardée parce que je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’avais pas lu d’histoire, tu vois. Alors je l’ai regardé comme ça et je me suis dit : « Ah, il y a une Fondation Théodora qui existe… » Incroyable, je n’en avais encore jamais entendu parler, ça m’a titillé et un jour que je me promenais, comme ça, en allant à une fête chez des copains, j’ai rencontré un Docteur Rêves. Il m’a dit que c’était un Docteur Rêves, moi j’ai vu un clown mais il m’a dit qu’il était Docteur Rêves. Enfin bref quoi, donc on a discuté de ce qu’il faisait et tout et je me suis dit « Tiens, eh bien ça, ça m’intéresserait, ça c’est quelque chose où je pourrais amener tout mon imaginaire et toutes mes histoires, celles que j’attrape du haut de mon arbre, tu vois, Et puis voilà, après, on s’est mis en contact, on s’est échangé nos adresses, enfin, des choses classiques, quoi, vraiment des choses tout ce qu’il y a de plus classiques. Et puis après, vu que la Fondation Théodora cherchait d’autres personnes pour venir rendre visite aux enfants à l’hôpital, eh bien voilà, du coup, j’ai envoyé tout ce qu’il fallait pour qu’ils me disent : « Eh bien dis-donc, Didou, c’est peut-être quelqu’un qui pourrait faire l’affaire… » Voilà, c’est comme ça.

 

 

Karin Kotsoglou

 

Qu’est-ce que la Fondation Théodora ?

Alors, la Fondation Théodora c’est d’abord une fondation qui est reconnue d’utilité publique. Elle existe depuis seize ans et elle propose des visites de Docteurs Rêves dans les services hospitaliers des hôpitaux en Suisse.

 

Hormis le Docteur Rêves, quelles sont les autres activités de la Fondation ?

La Fondation Théodora compte quarante-trois Docteurs Rêves, qui sont actifs en Suisse romande, en Suisse alémanique et au Tessin. On est présent dans quarante-deux établissements hospitaliers. Il faut savoir qu’on a trois programmes différents. Le programme qui est sûrement le plus connu, c’est celui du Docteur Rêves, c’est le Docteur Rêves que vous venez de suivre, nos artistes se rendent dans les hôpitaux, auprès des enfants hospitalisés. C’est ce qu’on appelle, nous, le programme Docteur Rêves. On a un deuxième programme qui est spécialement destiné aux enfants qui résident dans des institutions spécialisées, les enfants handicapés, et là aussi, on est actif à travers toute la Suisse., les personnages ne sont pas en blouses médicales, mais ça reste des personnages de clowns et ils sont à l’écoute des enfants, ils ont une approche un petit peu différente, mais tout le temps un peu burlesque et tout le temps décalée, donc ça fait aussi assez bien écho avec la spécificité et les besoins de ces enfants-là. Et le dernier programme qui est proposé par la Fondation, c’est celui du Professeur Nutrus, en pique-nique. Donc là, nos Docteurs Rêves se rendent également dans les hôpitaux et ils proposent de sensibiliser les enfants aux questions de l’alimentation et de l’équilibre alimentaire, mais tout le temps sous une forme ludique. Il y a de la dégustation mais il y a tout le temps, derrière, l’humour du clown.

 

 

Didou

 

Alors Didou, qu’est-ce que tu apportes aux enfants par ta présence ici ?

Quelque chose de différent. Je crois que là, par rapport à une journée qu’on peut passer à l’hôpital ou plusieurs journées même, le passage d’un Docteur Rêves, c’est une fenêtre ouverte sur l’imaginaire, c’est une fenêtre ouverte sur le jeu, sur tout un tas de choses possibles qui ne peuvent se passer qu’avec un Docteur Rêves. C’est vrai que j’y vais un peu en tâtonnant, des fois ça se fait, mais vraiment ça coule de source et d’autres fois, l’apprivoisement prend un peu plus de temps, peut-être qu’il faudrait juste un peu plus de ci ou de ça qui va faire que l’histoire ou l’improvisation est possible. J’espère leur apporter du sourire, de la joie, un bon moment et puis j’espère qu’ils gardent un bon souvenir.

 

Comment es-tu accueillie aussi par les parents et le corps médical ?

Les parents, ça se passe la plupart du temps très bien, le corps médical aussi, cela fait quand même dix ans maintenant que je viens régulièrement ici, à l’Hôpital de Pourtalès et c’est vrai que l’accueil y est génial. Moi j’adore, j’aime vraiment beaucoup les infirmières, les médecins, vraiment l’accueil est magnifique. C’est vrai que, en tant que personnage complètement décalé et différent, c’est vrai que ça se passe toujours très, très bien. Et puis surtout….

 

On fait une petite pause… Je te pique ton ballon, tu fais du bruit dans le micro…

Oh là, là…

 

Je te le redonne !

Oui, d’accord. Non, attends, je vais le mettre ailleurs, cette fois, je vais le mettre là !

 

Alors tu disais qu’avec le corps médical, les parents…

Oui, avec les parents, le corps médical, ça se passe bien. Et puis surtout, j’essaie de sentir toujours, de manière à ne pas mettre trop les pieds dans le plat, parce qu’ils sont très grands, je ne sais pas si on peut les voir… J’essaie vraiment de sentir, de voir dans quelle situation je me présente et de ne pas trop interrompre ou d’arriver vraiment comme un éléphant dans un magasin de porcelaine par exemple, j’essaie d’y aller le plus doucement possible et de la manière la plus juste possible. Voilà.

 

En retour, que t’apportent les enfants ?

Chaque enfant m’apporte plein de choses, chaque enfant, c’est une nouvelle aventure et puis c’est un échange, je reçois aussi beaucoup de joie, beaucoup de… plein d’idées aussi et puis même des fois dans les « non », et bien ma foi dans les « non », il peut y avoir aussi, ça peut aussi être rempli aussi de quelques choses. Alors voilà, que faire avec les « oui », que faire avec les « non », je pense que tout enfant, du plus petit au plus grand, m’apporte quelque chose d’unique et c’est un bonheur de faire ce travail, de faire, d’inventer toutes ces histoires.

 

 

Karin Kotsoglou

 

Alors que doit-on faire pour devenir un Docteur Rêves ?

Il faut dire qu’on reçoit énormément de candidatures. D’abord, il faut savoir que les Docteurs Rêves que vous croisez à l’hôpital, à la base, ce sont des artistes, ce sont des artistes professionnels. Ensuite, pour pouvoir évoluer à l’hôpital, ils reçoivent une formation, à la fois pour affiner leur personnage de Docteur Rêves, donc toute une formation qui a un pan artistique, et une formation spécifique à l’hôpital, qui leur apprend notamment toutes les questions liées à l’hygiène à l’hôpital. Ça c’est quelque chose qui est extrêmement important et qui suit un processus et des directives très précises fournies par l’hôpital. Et une fois que nos stagiaires ont suivi cette formation, qui s’échelonne à peu près sur six mois, c’est à peu près 200 heures, ce n’est pas une formation jour après jour, c’est des modules, nos stagiaires vont encore une année dans les hôpitaux pour pouvoir affiner après leur personnage de Docteur Rêves. Et puis bien sûr, ils sont supervisés par des Docteurs Rêves déjà expérimentés. Et c’est là qu’ils vont pouvoir poser leurs questions, c’est vrai qu’il y a un tas de questions qui se posent, notamment liés aux comportements à adopter dans un hôpital. Vous l’avez vu, il faut faire preuve de discrétion, l’humour, eh bien, il ne se passe pas uniquement dans les chambres, c’est aussi dans le couloir, c’est avec le personnel soignant, c’est vrai que l’équipe Théodora, depuis seize ans qu’elle est présente dans le milieu hospitalier, elle a su justement faire preuve de professionnalisme grâce aussi à cette formation qui est vraiment pointue et continue.

 

 

Didou

 

La première fois que tu as fait ça, comment étais-tu ? Tu avais le trac ? Et comment est-ce que ça s’est passé ?

Hou la, là, attends, il faut que je consulte ma mémoire parce que la première fois, attends… attends… il m’a posé une question, oui là, c’est une marionnette un peu froissée… alors il aimerait savoir comment ça c’est passé la première fois que j’étais dans la peau d’un Docteur Rêves. « Tu te rappelles ? » Non, mais ça fait déjà un petit moment, tu vois, ça fait… Quand j’étais en formation, parce que j’ai été formée pour devenir Docteur Rêves, j’ai été à l’école des Docteurs Rêves, eh bien oui, non, je fais ce que tu me dis toi, oui, bon, alors ce qui s’était passé, c’est que tu peux très bien tout à coup être dans la peau d’un Docteur Rêves, comme ça, du premier coup. Mais moi j’ai besoin d’une mémoire pour m’accompagner. Comme ça c’est devenu beaucoup plus « Didou », tu vois et la première fois, je ne m’en rappelle plus. « Tu es en panne ? » Il faut que je la branche, il faut que je la mette sur… il faut que je la branche parce qu’on… C’est sûr que j’avais le trac, c’est sûr que j’avais beaucoup de trac et puis après, je ne dis pas que ça s’atténue comme ça au fil des ans, mais le personnage aide à pouvoir créer des histoires et puis aller dans l’imaginaire. Voilà.

 

 

Karin Kotsoglou

 

Quelles sont les sources de revenu de la Fondation ?

Alors il faut savoir que la Fondation, elle, elle ne reçoit aucune subvention de l’État et que ces visites à l’hôpital sont totalement offertes, c’est-à-dire que les hôpitaux ne versent aucune contribution pour la venue des Docteurs Rêves. Donc la Fondation, en fait, vit uniquement avec les dons de privés ou d’entreprises. Les dons représentent à peu près 60 % de nos revenus, 30 % de nos revenus proviennent ensuite de partenariats, d’entreprises qui soutiennent notre mission et qui couvrent nos frais administratifs. Et la toute dernière part, c’est du merchandising, ce sont des articles de la Fondation qui sont vendues lors de manifestations.

Comme vous l’avez compris, la Fondation dépend directement des dons privés, donc si vous aussi, vous avez envie d’offrir des sourires aux enfants hospitalisés, c’est possible de faire un don, directement sur notre CCP ou alors d’en savoir plus sur notre action en allant directement sur notre site.

 

 

Interview réalisée par Christophe Berdat.

Texte retranscrit par Christoph Yavkin