Fondation Théodora : Docteur Rêves
Didou
Comment ça se fait que tu sois devenue
Docteur rêves ?
Alors
voilà, un jour, figure-toi que je me suis dit : « Tiens, eh bien que
pourrais-je bien faire aujourd’hui ? » J’étais dans mon arbre,
j’étais entourée de mille choses, des fleurs, enfin de tout ce qui pousse sur
mon arbre et puis figure-toi qu’il y a une feuille de papier qui s’est envolée
comme ça et puis je l’ai attrapée et puis je l’ai regardée parce que je me suis
dit que ça faisait longtemps que je n’avais pas lu d’histoire, tu vois. Alors
je l’ai regardé comme ça et je me suis dit : « Ah, il y a une Fondation
Théodora qui existe… » Incroyable, je n’en avais encore jamais entendu
parler, ça m’a titillé et un jour que je me promenais, comme ça, en allant à
une fête chez des copains, j’ai rencontré un Docteur Rêves. Il m’a dit que
c’était un Docteur Rêves, moi j’ai vu un clown mais il m’a dit qu’il était
Docteur Rêves. Enfin bref quoi, donc on a discuté de ce qu’il faisait et tout
et je me suis dit « Tiens, eh bien ça, ça m’intéresserait, ça c’est
quelque chose où je pourrais amener tout mon imaginaire et toutes mes
histoires, celles que j’attrape du haut de mon arbre, tu vois, Et puis voilà,
après, on s’est mis en contact, on s’est échangé nos adresses, enfin, des
choses classiques, quoi, vraiment des choses tout ce qu’il y a de plus
classiques. Et puis après, vu que
Karin Kotsoglou
Qu’est-ce que
Alors,
Hormis le Docteur Rêves, quelles sont
les autres activités de
Didou
Alors Didou,
qu’est-ce que tu apportes aux enfants par ta présence ici ?
Quelque
chose de différent. Je crois que là, par rapport à une journée qu’on peut
passer à l’hôpital ou plusieurs journées même, le passage d’un Docteur Rêves,
c’est une fenêtre ouverte sur l’imaginaire, c’est une fenêtre ouverte sur le
jeu, sur tout un tas de choses possibles qui ne peuvent se passer qu’avec un
Docteur Rêves. C’est vrai que j’y vais un peu en tâtonnant, des fois ça se fait,
mais vraiment ça coule de source et d’autres fois, l’apprivoisement prend un peu
plus de temps, peut-être qu’il faudrait juste un peu plus de ci ou de ça qui va
faire que l’histoire ou l’improvisation est possible. J’espère leur apporter du
sourire, de la joie, un bon moment et puis j’espère qu’ils gardent un bon
souvenir.
Comment es-tu accueillie aussi par les
parents et le corps médical ?
Les
parents, ça se passe la plupart du temps très bien, le corps médical aussi,
cela fait quand même dix ans maintenant que je viens régulièrement ici, à l’Hôpital
de Pourtalès et c’est vrai que l’accueil y est
génial. Moi j’adore, j’aime vraiment beaucoup les infirmières, les médecins,
vraiment l’accueil est magnifique. C’est vrai que, en tant que personnage
complètement décalé et différent, c’est vrai que ça se passe toujours très,
très bien. Et puis surtout….
On fait une petite pause… Je te pique
ton ballon, tu fais du bruit dans le micro…
Oh
là, là…
Je te le redonne !
Oui,
d’accord. Non, attends, je vais le mettre ailleurs, cette fois, je vais le
mettre là !
Alors tu disais qu’avec le corps
médical, les parents…
Oui,
avec les parents, le corps médical, ça se passe bien. Et puis surtout, j’essaie
de sentir toujours, de manière à ne pas mettre trop les pieds dans le plat, parce
qu’ils sont très grands, je ne sais pas si on peut les voir… J’essaie vraiment
de sentir, de voir dans quelle situation je me présente et de ne pas trop
interrompre ou d’arriver vraiment comme un éléphant dans un magasin de
porcelaine par exemple, j’essaie d’y aller le plus doucement possible et de la
manière la plus juste possible. Voilà.
En retour, que t’apportent les
enfants ?
Chaque
enfant m’apporte plein de choses, chaque enfant, c’est une nouvelle aventure et
puis c’est un échange, je reçois aussi beaucoup de joie, beaucoup de… plein
d’idées aussi et puis même des fois dans les « non », et bien ma foi
dans les « non », il peut y avoir aussi, ça peut aussi être rempli aussi
de quelques choses. Alors voilà, que faire avec les « oui », que faire
avec les « non », je pense que tout enfant, du plus petit au plus
grand, m’apporte quelque chose d’unique et c’est un bonheur de faire ce travail,
de faire, d’inventer toutes ces histoires.
Karin Kotsoglou
Alors que doit-on faire pour devenir un
Docteur Rêves ?
Il
faut dire qu’on reçoit énormément de candidatures. D’abord, il faut savoir que
les Docteurs Rêves que vous croisez à l’hôpital, à la base, ce sont des
artistes, ce sont des artistes professionnels. Ensuite, pour pouvoir évoluer à
l’hôpital, ils reçoivent une formation, à la fois pour affiner leur personnage
de Docteur Rêves, donc toute une formation qui a un pan artistique, et une formation
spécifique à l’hôpital, qui leur apprend notamment toutes les questions liées à
l’hygiène à l’hôpital. Ça c’est quelque chose qui est extrêmement important et
qui suit un processus et des directives très précises fournies par l’hôpital.
Et une fois que nos stagiaires ont suivi cette formation, qui s’échelonne à peu
près sur six mois, c’est à peu près 200 heures, ce n’est pas une formation jour
après jour, c’est des modules, nos stagiaires vont encore une année dans les
hôpitaux pour pouvoir affiner après leur personnage de Docteur Rêves. Et puis
bien sûr, ils sont supervisés par des Docteurs Rêves déjà expérimentés. Et
c’est là qu’ils vont pouvoir poser leurs questions, c’est vrai qu’il y a un tas
de questions qui se posent, notamment liés aux comportements à adopter dans un
hôpital. Vous l’avez vu, il faut faire preuve de discrétion, l’humour, eh bien,
il ne se passe pas uniquement dans les chambres, c’est aussi dans le couloir,
c’est avec le personnel soignant, c’est vrai que l’équipe Théodora, depuis
seize ans qu’elle est présente dans le milieu hospitalier, elle a su justement
faire preuve de professionnalisme grâce aussi à cette formation qui est
vraiment pointue et continue.
Didou
La première fois que tu as fait ça,
comment étais-tu ? Tu avais le trac ? Et comment est-ce que ça s’est
passé ?
Hou
la, là, attends, il faut que je consulte ma mémoire parce que la première fois,
attends… attends… il m’a posé une question, oui là, c’est une marionnette un
peu froissée… alors il aimerait savoir comment ça c’est passé la première fois
que j’étais dans la peau d’un Docteur Rêves. « Tu te rappelles ? »
Non, mais ça fait déjà un petit moment, tu vois, ça fait… Quand j’étais en
formation, parce que j’ai été formée pour devenir Docteur Rêves, j’ai été à l’école
des Docteurs Rêves, eh bien oui, non, je fais ce que tu me dis toi, oui, bon, alors
ce qui s’était passé, c’est que tu peux très bien tout à coup être dans la peau
d’un Docteur Rêves, comme ça, du premier coup. Mais moi j’ai besoin d’une
mémoire pour m’accompagner. Comme ça c’est devenu beaucoup plus « Didou », tu vois et la première fois, je ne m’en
rappelle plus. « Tu es en panne ? » Il faut que je la branche,
il faut que je la mette sur… il faut que je la branche parce qu’on… C’est sûr
que j’avais le trac, c’est sûr que j’avais beaucoup de trac et puis après, je
ne dis pas que ça s’atténue comme ça au fil des ans, mais le personnage aide à
pouvoir créer des histoires et puis aller dans l’imaginaire. Voilà.
Karin Kotsoglou
Quelles sont les sources de revenu de
Alors
il faut savoir que
Comme
vous l’avez compris,
Interview réalisée par Christophe Berdat.
Texte retranscrit par Christoph Yavkin