Vincent Falik :
Auteur compositeur interprète
Bonjour Vincent.
Salut
Jean-Pierre.
Tu es, comme on le dit, auteur
compositeur interprète. À quand remonte cette passion que tu as, non seulement
pour les belles musiques, mais aussi pour les beaux textes ?
La
passion, elle est vieille. Depuis tout jeune, quand ma mère faisait le
repassage, j’allais écouter les 33 tours, Brel, Brassens, Ferrat, Béranger,
Gilles Vigneault. Cette passion, elle est déjà de famille et le fait d’écrire
après, seul, c’est assez récent. Cela fait une dizaine d’années que j’écris mes
propres textes et que je chante.
Un peu grâce à tes parents, tu as baigné
depuis déjà pas mal d’années dans ce monde de la belle chanson, des beaux
textes.
Oui,
tout à fait. Exactement.
De là à écrire, mais de là à passer de
l’écriture à la chanson, il y a un pas quand même qui est assez
difficile ?
Oui.
Enfin pour moi, cela n’a pas été très dur. C’est grâce à un ami, Mirko Dallacasagrande, qui est le
leader des I Skarbonari, bien connu dans le canton et
hors canton, qui m’a dit : « Maintenant, au lieu de pleurer sur tes
histoires d’amour qui tournent mal, tu sais un peu écrire, un peu chanter, un
peu jouer du piano, alors fais-le ! » C’est ce que j’ai commencé à
faire et s’est venu assez facilement, parce que j’ai écrit, non pas avec ma
tête, mais avec le cœur… Tout est plus facile quand on écrit avec le cœur.
Quand on écoute tes premières chansons,
notamment celle qui s’intitule, je crois, « Le bistrot », c’est
juste ?
« Gosse
de bistrot », oui.
« Gosse de bistrot », c’est un
petit peu un autoportrait ou bien ?
Oui,
bien sûr, c’est du vécu. Mon père a tenu l’Hôtel du Marché à Neuchâtel pendant
une dizaine d’années. J’y ai repensé justement dans ces premières chansons que
j’écrivais en parlant de ces gens que je vois, ces peines, ces joies et ces
gens magnifiques que j’ai connus dans les bistrots. Évidemment, je m’appelle
là-dedans « Gosse de bistrot », parce que je suis fier, en plus, d’en
être un.
Tu as peut-être raison. Un bistrot,
c’est vrai, et il me semble que tu le dis dans ta chanson, c’est un lieu
important dans notre société ?
Oui,
c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. Ce n’est en tout cas pas sur les
bancs de l’Université, même si je n’y suis jamais allé, qu’on apprend la vie.
Ce n’est pas en ouvrant un bouquin qu’on apprend la vie. Tandis que quand on
est au bistrot et quand on écoute les gens, j’ai beaucoup d’amis que j’ai
connus au bistrot, on écoute la vraie vie et les gens qui ont leurs peines,
leurs joies, leurs disputes des fois… J’ai beaucoup plus appris dans un bistrot
qu’à l’école, il faut le dire !
Dans les bistrots, on vient partager ses
peines, ses joies.
Oui.
Et ça, cela a été une de tes sources
d’inspiration.
Voilà,
c’est exactement ça. J’ai commencé à écrire cette chanson avec un petit clin
d’œil à Renaud, parce que je le cite dans la chanson. J’ai écrit cette chanson
d’un trait, en une nuit, elle était écrite. J’ai eu cette chance d’avoir eu
l’inspiration pour écrire cette chanson, mais c’est aussi du vécu, effectivement.
Le bistrot est une source d’inspiration,
l’amour en est aussi une, c’est le cas remarque pour beaucoup de poètes, pour
beaucoup d’écrivains. « No comment », un titre un peu particulier, il
faut que tu l’expliques ?
« No
comment », c’est un peu un clin d’œil aussi à Gainsbourg, bien que c’est
une chanson complètement différente. C’est une chanson qui dit que j’ai le
droit d’aimer mes ex-copines, mes ex-amies, le temps d’une chanson où je dis
que je suis fier de les aimer juste ce temps-là uniquement, comme disait
Gainsbourg dans la javanaise : « Je vous aimais, le temps d’une
chanson… » C’est exactement ce que je pense et cette chanson parle des
ex-amours que je chante. Enfin, je parle d’amour… évidemment.
Et comme tous les poètes, il y a
toujours beaucoup de chagrins d’amour sur leur parcours.
Oui,
c’est vrai que ce n’est pas ce qu’il y a de plus rigolo, mais ce n’est pas une
légende. On écrit des belles choses souvent quand on souffre et c’est souvent
les peines de cœur qui font écrire et ressortir la vérité qu’on a. Je me suis
menti pendant longtemps dans ma vie et, du moment où j’ai eu des gros chagrins
d’amour, c’est là où je me disais la vérité. Je m’infligeais tous les torts et
tout ça, mais je sors la vérité. Enfin l’amour, c’est une source d’inspiration
qui est universelle. C’est une mine d’or disons, pour moi en tout cas.
Pourquoi les poètes ont-ils autant de
chagrins d’amour ?
Je
ne sais pas. Je ne sais pas si c’est une marque de fabrique. Mais c’est vrai,
c’est des gens un peu torturés. Des fois, un peu beaucoup. C’est des gens qui
vivent de passion. Enfin moi, j’ai vécu surtout des passions, donc l’amour et
je le chante, parce que grande passion, grande rupture et on a l’impression que
tout s’écroule et que plus rien n’existe et qu’on n’existe plus. C’est ce que
j’essaye de dire dans ces chansons-là. Mais toujours en ayant l’espoir…
L’espoir de pouvoir de nouveau encore aimer… et encore, et encore.
Mais l’une des raisons qui conduit
souvent à la rupture, est-ce que ce ne serait pas aussi le fait que ta passion
pour la musique est parfois plus forte que la passion que tu aurais pour la
femme que tu aimes ?
Je
ne crois pas, parce que ça ne fait « que » dix ans entre guillemets
que j’écris. Et je peux complètement oublier ma musique au moment où j’aime une
femme.
Mais à l’inverse, tu ne peux pas une
fois oublier la femme quand tu penses à la musique, quand tu es en période
d’inspiration, de création ? Tu n’as pas l’impression de coucher avec ta
musique parfois ?
Oui,
oui. Je fais l’amour avec ma musique, oui, oui, c’est sûr. Cela peut créer
aussi une sorte de jalousie. J’ai entendu ces mots des fois un peu durs d’une
femme que j’aimais et qui m’aimait et qui me disait : « Tu es
égoïste, parce que tu ne penses qu’à ta musique, et moi là-dedans ? »
Pourtant, je parle d’une femme que j’aime et qui m’aime ou une femme qui m’a
quitté et qui ne m’aime plus mais que j’aime encore… Enfin, je ne sais pas.
Mais c’est vrai que ça peut paraître égoïste de faire l’amour avec sa propre
musique, oui.
Écoutons peut-être « No
comment »
D’accord.
« Les en veloutés », c’est le
titre de la 3ème chanson que tu vas nous chanter tout à l’heure.
C’est un jeu de mots, mais qui a aussi un rapport avec une histoire
vécue ?
Une
histoire vécue et aussi ce que j’ai observé de gens qui s’aiment, parce que
j’aime regarder les gens qui s’aiment aussi. Un couple d’amoureux, je crois
qu’il n’y a rien de plus beau ! « Les en veloutés », le jeu de
mots, envoûter, en velouter qui parlent évidemment d’amour, puisque comme je
l’ai dit avant, c’est une mine d’or. Quand j’ai fini cette chanson,
pratiquement terminée, j’avais déjà l’idée, c’est quand j’ai vu un couple de
gens plus âgés que moi qui se tenait la main. La dame a enlevé la main de la
sienne, elle est allée cueillir deux ou trois fleurs, elle lui a repris la
main. J’avais les larmes aux yeux et, du coup, j’avais exactement ce que je
voulais écrire sur les amants et comme il n’y a pas d’âge pour s’aimer, je
trouvais ça trop beau, j’ai écrit cette chanson, « Les en veloutés »
ça a donné ça…
Et ces personnes comme tu l’as dit
n’étaient pas toutes jeunes, comme quoi on peut aimer à tout âge ou alors
l’amour peut durer aussi ?
Bien
sûr, parce qu’il y a la tendresse qui s’installe et c’est encore plus beau. Une
complicité, une tendresse, une osmose ou comme mes grands-parents, ils n’ont
jamais divorcé. Ils avaient fêté à l’époque leurs 60 ans de mariage et je
trouvais ça beau. Quel bel exemple pour moi et pour les plus jeunes que moi
pour qu’ils se disent que c’est encore possible d’aimer jusqu’à l’éternité…
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod