Les Copains d’Alors

 

 

Gilbert Philippin

 

Vous êtes un peu, on peut le dire, l’organisateur ou le créateur du groupe ou pas du tout ?

Non, pas du tout ! L’animateur peut-être au départ, oui. Alors pourquoi les Copains d’Alors ? Tout simplement parce qu’à l’origine, nous étions tous copains d’école. On est tous diplômé EPCC, École Primaire Corcelles-Cormondrèche. Je ne sais pas si tout un chacun a fait l’école primaire mais, en tout cas, nous l’avons faite. Ainsi, de suite, on s’est mis lors de nos rencontres à chanter avec quelques camarades et comme certains sont musiciens parmi nous, nous avons continué à développer cette activité. On s’est dit : « Pourquoi pas chanter pour des groupes ? » On est allé contacter des groupes au village déjà. Ensuite on a été connu un peu plus loin à la ronde et finalement les homes nous ont demandé aussi. On a animé des soirées de sociétés et ainsi de suite… De fil en aiguille, notre répertoire s’est développé. Bien sûr qu’on chante les tubes de chanteurs ou chanteuses qui sont connus. Je citerai Charles Trenet, je citerai Yves Montand. Je citerai également aussi Pierre Perret naturellement, Brassens aussi. Les Frères Jacques naturellement ou les 4 Barbus. Tout un répertoire que l’on fredonnait à l’époque, il y a une cinquantaine d’années.

 

 

Pierre Fasel

 

Vous avez un répertoire intéressant, parce que ce sont des chansons dynamiques finalement qui nécessitent presque une mise en scène ?

Tout à fait, tout à fait. C’est du genre Frères Jacques, donc ils sont tout le temps en mouvement. Ce qui est difficile à faire, c’est de coordonner les paroles et les gestes. Nous avons aussi le répertoire des 4 Barbus. Nous avons Annie Cordy, « Ma pomme » de Charles Trenet, les Frères Jacques, « La ceinture », « Les perceurs de coffres-forts », etc.

 

Quelle drôle d’idée de se mettre comme ça dans un groupe à plus de 50 ans, quelles ont été vos motivations personnellement ?

Personnellement, il y a longtemps que j’attendais ça ! J’avais déjà fait un essai avec des copains à l’âge de 15 ou 16 ans et comme on s’est dispersé en Suisse romande, j’ai retrouvé ceux-ci il y a deux ou trois ans. C’est formidable de bouger sur scène. On n’est pas statique…

 

Vous êtes déjà à la retraite ?

Oui. Je suis déjà à la retraite. On est obligé, parce qu’on répète le mercredi matin… Vous voyez, on est obligé ! Être disponible, c’est très bien.

 

Vous vous produisez déjà dans la région, mais vous avez des ambitions ?

Oui, tout à fait. On fait des deuxièmes parties de soirée de chœurs, des mariages éventuellement, pour une heure, une heure et demie et des cabarets. C’est intéressant d’avoir une salle d’une centaine de places. On est bien plus centré. On s’entend bien et on communique beaucoup plus avec le public.

 

 

Jean-Pierre Fussinger

 

Vous êtes le petit jeune de l’équipe ?

Je suis le petit jeune de l’équipe. J’ai commencé en janvier et j’ai dû vraiment beaucoup, beaucoup travailler les textes. Pour la mémoire, c’est excellent et quand on est à la retraite, c’est absolument super.

 

Vous chantiez déjà avant d’être à la retraite ?

Oui. J’ai toujours chanté, mais surtout dans ma baignoire sous la douche… Quand j’étais avec des groupes d’amis comme ça et j’ai suivi des cours de chansons avec Joëlle Gerber, qui est une femme auteur-compositeur-interprète magnifique et elle m’a appris passablement de choses. Je n’étais jamais monté sur scène, alors évidemment j’avais pas mal le trac de monter sur scène et on a commencé par chanter dans des homes et ensuite, quand on est allé chanter à La Rebatte à Chézard, ça s’est passé extrêmement bien. Là, il y a deux cents personnes. C’est une grande salle et je me suis senti à l’aise. C’est un petit peu un rêve que je réalise. J’ai beaucoup de plaisir et c’est magnifique quand on arrive à la retraite de pouvoir fonctionner de cette façon.

 

 

Jean-Pierre Bornand

 

Moi, c’est Jean-Pierre dit Bémol. On m’appelle toujours comme ça. Je suis dans les anciens, dans les cinq un peu fondateurs du groupe. On faisait une sortie de classe, tous les copains de classe de 1936, on faisait une sortie en Alsace. Le premier soir, on était à l’hôtel et avec tous les copains, on s’était dit d’avance qu’il fallait prévoir quelque chose, une petite animation. C’est là qu’on s’est retrouvé cinq copains pour faire cette animation. Quand on est arrivé en Allemagne, c’était le lendemain de l’effondrement des tours en Amérique. Un de nos copains qui devait être avec nous, ne pouvait pas venir, il était au Canada et il n’a pas pu venir nous rejoindre. Au fond, on se souvient de notre départ comme ça. C’était une première catastrophe qui ne nous concernait pas, mais on espère que le reste soit moins catastrophique que ces débuts… À part ça, on est une équipe de copains de l’école primaire, cinq au départ. Deux nous ont quittés, et il y en a trois ou quatre qui sont venus se joindre au groupe et on est toujours sur pattes. On a maintenant passé 70 ans, mais on essaye de continuer.

 

Ce n’est pas très ordinaire, des gens qui arrivent à la retraite, des copains d’école qui montent un groupe ?

C’est à la retraite qu’on a commencé à se retrouver, c’est vrai. Moi, j’ai chanté un peu avant. Du temps où j’étais chef cadet, on avait formé un groupe « Les Croque-notes ». Sans arrêt, il y en avait un qui avait les études ou qui partait à l’étranger ; ce qui fait que c’était un peu décousu. Maintenant on a le temps, on répète toutes les semaines. On arrive à mettre sur place un petit programme qui se tient comme ça.

 

Pour ceux qui ne sont pas encore à la retraite, ou même pour les personnes qui sont dans des homes, vous êtes un groupe qui leur redonne le moral, l’envie de se battre. La retraite, ce n’est pas une fin, finalement ?

C’est vrai que d’entendre chanter, ça anime et il y a beaucoup de gens qui chantent avec nous. On est allé chanter à Fribourg. Je crois bien que la salle a chanté la moitié de notre programme en même temps que nous. Quand on entend que ça suit, ça fait plaisir. Pas seulement à Fribourg, mais on sait qu’à Fribourg, c’est des chanteurs. Nous, on n’est pas vraiment des chanteurs au départ. Aucun de nous n’a fait du chant. On est plutôt des animateurs. On s’amuse et on espère un peu transmettre ce message-là.

 

 

Jean-Daniel Pittet

 

Quelles sont les motivations qui ont fait que vous êtes rentré dans ce groupe, ce sont des copains d’école, c’est juste ?

Non, moi je suis un enfant de Corcelles et Jean-Pierre Bornand m’a téléphoné une fois parce qu’il cherchait un guitariste et comme je jouais déjà à Saint-Aubin avec « Les Dominos », ça m’a fait un deuxième groupe. Je suis rentré il y a trois ans dans ce groupe où j’ai beaucoup de plaisir, ce qui change des « Dominos », parce que c’était plutôt « Compagnons de la chanson », ici c’est beaucoup plus varié. C’est très intéressant. Comme j’étais de Corcelles avec Jean-Pierre Bornand quand il faisait partie des « Croque-notes », en même temps, on était six filles et deux garçons avec chacun sa guitare et on allait faire les premières parties des « Croque-notes », ce qui était très intéressant.

 

Quand on vous voit sur scène, on se rend compte qu’il y a une franche camaraderie entre vous. Vous faites ça d’une façon très sérieuse, très professionnelle, j’ai envie de dire, mais en même temps, vous vous amusez bien ?

Ah ouais. Quand on travaille, on travaille. Mais il y a toujours de la franche rigolade, des bons camarades. Je trouve que c’est impeccable… C’est vraiment un groupe où ça fait plaisir de travailler.

 

 

Claude Glauser

 

Dans le groupe, je dois dire que c’est moi qui m’occupe de tout ce qui est… je dois dire que les autres, c’est tous des intellectuels.

 

Vous êtes le seul qui sait vraiment travailler ?

Ouais, à peu près ! Non je plaisante. Je suis mécanicien de métier ce qui fait que j’adore bricoler. J’ai un atelier à la maison pour bricoler et chaque fois qu’il y a quelque chose à faire, c’est moi qui le fais.

 

Quelles ont été vos motivations pour adhérer à un tel groupe ?

C’est tout simple. On a fait un voyage à Paris pour nos 50 ans avec nos épouses. En rentrant, ma femme est Alsacienne, les copains disent : « Tu ne peux pas nous faire une sortie en Alsace ? » On a organisé une sortie en Alsace, ce n’est pas un problème, j’ai toute ma belle-famille là-bas. On a trouvé un hôtel qui était un peu en dehors et on s’est dit qu’il faut quand même animer. C’est là qu’on a préparé quelques chansons et c’est là que c’est parti en définitive…

 

Maintenant, c’est un vrai virage. Vous cherchez à jouer sur des plus grandes scènes, etc. ?

Oui, c’est un plaisir. On ne cherche pas spécialement. On aime bien se présenter. Je dois dire que c’est motivant par le fait qu’une fois qu’on a quelques chansons en route, on en a quand même 60 qu’on a chantées. Maintenant quand il faut en reprendre une ancienne, il faut la répéter. À notre âge, c’est un peu la mémoire…

 

Je crois savoir que vous êtes bien reçus en tout cas dans les homes ?

Parfaitement. On a un succès dans les homes, parce qu’on a ce principe, c’est notre fond de commerce en définitive, c’est de dire : « Bon, comme on n’est pas des voix très bien poussées ou très bien travaillées, on compense en faisant de l’animation. » C’est notre fond de commerce et bien sûr, on rigole bien. Des fois, ça va dur.

 

Vous créez la bonne humeur partout où vous passez ?

Oui, oui. Même si ça frictionne une fois, ça passe très vite…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod