Free4Style 2009 à Estavayer-le-Lac
Ameyalli
Tu as quel âge ?
Douze
ans.
Explique-nous, qu’est-ce que tu as fait
aujourd’hui ! C’était une finale, il me semble ?
Oui,
c’était une finale. Hier, je me suis qualifiée et aujourd’hui, j’ai bien réussi
la finale. Je ne suis pas tombée. J’ai fait deux ou trois figures. J’espère que
ça ira…
Dis-moi, pourquoi tu as choisi ce sport
plutôt qu’un autre ?
En
fait, depuis toute petite, j’allais voir le téléski nautique. J’adorais
regarder et je disais à maman que je voulais commencer. Vers l’âge de sept ans,
j’ai commencé sur les deux skis et à huit ans, j’ai commencé le wakeboard parce que je voulais essayer autre chose. Les
skis, ça me barbent un peu…
C’est quand même un peu spécial, il y a
beaucoup d’acrobaties, c’est assez difficile, assez dangereux, non ?
Ça
va, c’est dans l’eau. C’est moins dur, mais ça peut faire mal ! Des
plateaux, ça fait assez mal…
Si tu es aujourd’hui à Estavayer, c’est que tu as voulu faire un peu de
compétition. C’est un rêve aussi pour toi ?
Ouais.
En fait, je fais partie du Club de ski nautique d’Estavayer
et mon entraîneur m’a proposé, avec deux amies, de commencer la compétition. Il
a dit qu’on avait encore assez le niveau et on s’est lancé. On verra bien la
suite après…
Si tu pouvais en faire ton métier, tu
serais toute contente ?
C’est
sûr. Ça me plaît ! J’aime bien aussi l’eau. Par contre, ce que je n’aime
pas, c’est qu’on peut le faire qu’en été. Après, il faut partir en voyage si on
veut le faire en hiver. C’est le désavantage.
C’est un sport qui peut être assez cher,
alors ?
Oui.
Déjà le matériel et après le bateau, c’est aussi cher si on n’en a pas, et
l’essence. Le téléski, c’est aussi pas mal cher.
Antoine Rebeaud
Vous êtes le papa de Mat ?
Le
papa, depuis 26 ans maintenant…
Comment vous avez fait pour lui donner
le virus ?
On
est une famille de motocyclistes. Mon père en faisait, mon oncle, mon cousin.
Moi-même, j’ai fait un peu de motocross. Tout à fait
naturellement, Mathieu a commencé très petit. À l’âge de quatre ans, il a eu ce
virus et je l’ai toujours accompagné en étant persuadé qu’il avait un don à la
base, parce que dans la famille, c’est nettement le meilleur…
Mais il aurait pu rester dans le motocross ?
Il
a bien sûr commencé à 17 ans avec un titre de champion
suisse, ça marchait bien. Il était assidu à l’entraînement et il a toujours
aimé faire les sauts. Quand on a découvert, par des vidéos américaines, qu’on
pouvait faire des choses extraordinaires à moto, il a senti que c’était sa voie
et a tout de suite essayé. On a essayé de les copier. Au départ, je n’étais pas
trop d’accord. J’aurais aimé qu’il fasse une carrière de crossman. Il m’a très
vite démontré que ce qu’il voulait faire, c’était le freestyle…
Vous n’étiez pas trop d’accord, parce
que c’est quand même un petit peu plus dangereux que le motocross ?
Oui
et non. Au motocross, les départs, à mon avis, c’est
encore plus dangereux que ce genre d’exercices-là. Au moins, il est seul
responsable de ce qu’il fait. Il est seul en piste, à part quand ils font le
train. Lui, c’est un individualiste et cette discipline lui a très bien collé à
la peau, tout de suite.
On ne le connaît pas trop. C’est un
garçon assez introverti, même s’il aime se faire applaudir, s’il aime le grand
public. C’est un garçon très réservé, j’ai l’impression.
Absolument !
Là, vous avez vu juste, parce qu’il se plaît aux États-Unis. Il habite dans un
village assez désertique où il aime être seul. Passer ses soirées tout seul,
s’occuper de sa moto lui-même. Ici, il adore ses copains mais il est souvent
dérangé et quand il veut préparer quelque chose autour de sa moto, il est
obligé de le faire d’une main, parce que l’autre il est avec son portable pour
téléphoner avec les copains… Il est beaucoup dérangé. C’est vrai qu’il se plaît
à être seul.
C’est quand même impressionnant quand on
voit les sauts qu’ils font. Dans quel état d’esprit est
le fils, et le père aussi ?
Alors,
évidemment, la technique fait qu’au jour d’aujourd’hui, avec les motos
actuelles, c’est faisable. On a vu tout l’événement, ces deux journées de
démonstration, on n’a eu aucune chute. C’est vraiment des artistes parce qu’ils
s’entraînent beaucoup. Dans quel état je peux me trouver ? Évidemment,
jusqu’au premier saut, une fois qu’on a bien réglé, sûr que la moto soit bien…
C’est une moto qui avait dormi dans notre garage pendant trois mois. On ne se
rappelait plus tellement si on avait tout bien contrôlé. J’étais satisfait de
voir que ça s’est bien passé hier.
Quelques petits bobos quand même l’année
passée ?
Oui,
surtout l’année passée ! Il a profité de faire une pause pour enlever
toute la visserie qu’il lui restait depuis quelques années… On peut dire que
cette année, il est vraiment bien en forme et physiquement ok.
Vous avez là un fils qui a déjà réussi
dans la vie, réussi sa vie. Comment vous voyez ça ? C’est un peu jeune
d’un côté ?
C’est
sûr, mais il faut savoir que dans ce sport quand on commence tôt, ça va très
vite. Bien sûr, au-delà de 30 ans, ça devient des exceptions. Il lui reste
encore quelques belles années où il va beaucoup profiter. Maintenant, il s’est
fait un nom dans cette discipline. Il va en profiter et user un peu de sa
notoriété et j’espère faire une jolie fin de carrière d’ici quelques années…
Vous le voyez faire quoi d’ici qu’il
aura fini de sauter ?
Il
s’est déjà un peu essayé dans le business, dans la mode, dans les accessoires,
importation de matériel américain qui plaît aux jeunes. Je ne me fais pas trop
de soucis pour lui. Mais malheureusement quand on fait une carrière comme ça,
ce n’est pas du tennis ! Un jour, il faudra reprendre les outils et
travailler…
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod