Festival Steel-Band
2009 : Cudrefin
Nicolas Leuenberger
Il
y a dix-sept ans, les Pampana’s avaient un groupe de steelband
et c’est ce groupe qui a lancé, comme il n’existait pas encore en Suisse
romande, ce festival. Le succès de ce festival, c’est parce qu’il y en a très
peu en Suisse. On est actuellement le plus grand festival de steelband en Suisse. C’est le seul en Suisse romande. Je
pense qu’il y avait un manque, parce qu’il y a quand même 180 groupes de steelband. C’est une musique qui marche bien en Suisse. Il
n’y avait pas de festival en Suisse romande pour vraiment jouer cette musique.
Chaque
année à Cudrefin, chaque année à cette place
idyllique, on a chaque année le beau temps et on a environ 3000 spectateurs.
Ces instruments ont été créés par les esclaves en Trinité-et Tobago. Ils ont
façonné ces instruments avec des tonneaux d’huile qui viennent de l’industrie
pétrolière. Ils ont commencé dans les années 30 à faire des instruments avec ça
et à jouer toutes les mélodies possibles et inimaginables. Les genres de
morceaux, c’est du jazz, de la musique classique, du rock. On peut jouer
vraiment tous les morceaux sur ces instruments.
Dans
chaque groupe, il y a un connaisseur qui écrit, qui réarrange les morceaux pour
le steelband. Il faut aimer la musique et, avec de la
motivation et de la passion, on peut jouer de tous les instruments. Le steelband, c’est la même chose.
Cette
année, pour la première fois en Suisse, nous avons un groupe de Paris,
entièrement professionnel, les « Panash. Steelband » et un groupe aussi d’Angleterre, les
« North Tyneside Steelband » qui viennent de Londres et qui vont jouer
ce soir dans ce festival et on espère, pour les autres années, qu’on va avoir
de plus en plus de groupes étrangers qui vont venir jouer au Festival Steel-Band.
Clément Bazin
On
est un steelband qui vient de Paris. On s’appelle « Panash. Steelband ». On a
fondé le groupe en 2001. On est six ce soir à jouer et c’est une équipe
variable, on joue jusqu’à douze. On essaye de jouer toutes les musiques pour
tout présenter avec cet instrument, du classique, des reprises de jazz, du
calypso qui est la musique traditionnelle de Trinidad pour montrer un peu
l’étendue de l’instrument, du solo, duo, trio jusqu’à l’orchestre complet.
C’est vrai que pour un profane, vu de
loin, on dirait des vulgaires tonneaux d’huile et finalement c’est des vrais
instruments qui sont accordés comme un piano presque ?
Exactement !
C’est un instrument qui est fait à partir d’un baril de pétrole, qui est
embouti et façonné à la main par un artisan qu’on appelle un tuner dans le
jargon des steelbands. C’est accordé ; c’est
juste. Le « la » ou le « do » de l’un de ces instruments va
être le même que celui d’un piano, d’une guitare. On peut jouer de cet
instrument hors de son contexte de steelband avec
d’autres formations. C’est vraiment un instrument à part entière.
Et vous personnellement, qu’est-ce qui
vous a attiré vers cet instrument-là ?
Moi,
c’est le premier instrument que j’ai commencé. Cela a été l’instrument et la
musique qui est allé de pair avec. C’est quelque chose, quand vous entendez un steelband pour la première fois, ça vous prend aux tripes,
ça vous parle direct. Si, ça vous attrape…
Vous, vu votre âge, on pourrait imaginer
que vous seriez d’abord plutôt attiré par le rap, le hip-hop ?
J’écoute
du hip-hop aussi. J’adore le hip-hop et le rap, mais cela n’empêche pas…
Peut-être plus profond cette musique,
parce qu’il y a quand même toute une philosophie, toute une histoire
derrière ?
Il
y a une histoire très forte. C’est le seul instrument, je pense, à avoir une
histoire comme ça. C’est un instrument qui vient vraiment des quartiers pauvres
de Trinidad et qui a été inventé à une époque où c’était très violent Trinidad.
Il y avait beaucoup d’interdictions et ça été inventé par une population qui
était vraiment à part dans la société, qui était mal vue, qui était un peu les
voyous et les pauvres dans la société à Trinidad et ils ont réussi à inventer
cet instrument avec, à la base, rien que de la récup, puisque c’est un bidon de
pétrole. À la base, cela a commencé sur des poubelles et sur des cloches en
métal. Ils ont ensuite découvert qu’on pouvait accorder le métal et développer
un instrument avec. C’est vraiment unique, parce que c’est né de la rue et
vraiment d’un esprit de récupération…
Mathieu Borgne
Parlez-nous un peu de votre groupe
parisien ! C’est un art musical pas très fréquent en France,
pourquoi ?
C’est
surtout parce que l’instrument est assez récent, alors forcément ça met du
temps à démarrer. En France, c’est le Conservatoire, c’est les partitions,
c’est la théorie musicale. Alors que justement cet instrument permet de faire
jouer des gens qui n’ont jamais fait de musique en ne parlant pas du tout de
notes, de solfège, de partitions, de quoi que ce soit. On essaye de faire comme
à Trinidad et d’apprendre aux gens à jouer directement en regardant les gestes,
en écoutant, en mémorisant les mélodies, le rythme. C’est aussi une approche
d’enseignement qui est assez ludique, positive. Cela donne aux gens envie de faire
de la musique, alors que peut-être ils n’auraient pas fait la démarche d’aller
dans un Conservatoire.
On peut dire une musique qui s’adapte,
qui s’adapterait bien aux banlieues finalement à des gens qui n’ont pas trop de
moyens ?
Tout
à fait ! D’ailleurs, ça se fait pas mal en France. On essaye à Paris de
recréer un peu ce qui se passe dans les quartiers à Trinidad. Il y a notamment
un professeur qui vient de Calypsociation. Il
s’appelle Alain Rouault et il s’est occupé d’aller justement autour de Paris,
un petit peu dans chaque quartier où les jeunes n’avaient pas grand-chose à
faire et essayer de les intéresser à cette musique. Il a réussi à réunir
jusqu’à 120 musiciens tout autour de Paris. Donc ça marche aussi, ça marche
partout. Peut-être que cela va prendre encore un peu de temps mais, petit à
petit, ça vient.
Vous pensez que c’est une musique qui
serait finalement un excellent outil de réinsertion ou de réintégration
sociale ?
Ça
a été expérimenté aux États-Unis avec le père d’Andy Narell
qui a fait venir Ellie Manette aux États-Unis,
justement dans les quartiers défavorisés, pour recréer cette notion
d’appartenance à une bande, de créer un groupe. Après une génération, 25 à 30
ans, maintenant il y a du steelband dans toutes les
universités, dans beaucoup d’universités aux États-Unis. Même les conservatoires
s’ouvrent et essayent de créer des classes de steelband.
Il y en a à Lille notamment qui essayent de faire ça avec Laurent Lalsingué qui s’occupe de Panash,
qui fait les arrangements des morceaux. Il va enseigner à Lille au
Conservatoire pour monter des classes de steelband.
C’est le début, mais on est sur la bonne voie. Il faut l’espérer…
Karina Atkinson
On
a commencé il y
a vingt ans. On vient du Nord-Est et c’est la première fois qu’on vient jouer
au Festival Steel-Band à Cudrefin.
Ce style de musique est surtout connu à Londres, mais on essaie maintenant de
plus en plus de montrer que ce n’est pas seulement à Londres, mais aussi
ailleurs. L’année passée, on a joué dans un festival à Londres où les gens ont
pu voir que cela s’ouvrait dans toute l’Angleterre.
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod