Centre Pro Natura
de Champ-Pittet
Marie Garnier
Bienvenue
au centre Pro Natura de Champ-Pittet.
C’est un centre nature qui a été ouvert en 1985 pour faire un centre
d’éducation à l’environnement. Il y a un grand périmètre, c’est
Si j’ai bien compris, vraiment
l’objectif principal du centre, c’est d’informer les jeunes comme les moins
jeunes. C’est ça ?
On
a heureusement un public très varié qui se rencontre ici dans une ambiance très
décontractée, très agréable. C’est vrai, ce n’est même pas de 7 à 77 ans, c’est
de 0 à 110 ans, sans problèmes et ils se côtoient agréablement.
Est-ce qu’aujourd’hui l’écologie, c’est
toujours à la mode, c’est toujours d’actualité ? Disons malgré la crise,
est-ce que vous craigniez que ce soit mis un peu de côté ?
Nous,
on a commencé à se préoccuper de l’environnement bien avant que ce soit à la
mode. On a déjà passé toute la période où on n’était plutôt pas trop à la mode.
Maintenant, c’est très à la mode. Des fois, il y a quand même de la peine à
concrétiser. Il y a beaucoup de rapports alibis qui se font que telle et telle
entreprise, disons entre guillemets, parce que le privé n’est pas meilleur ou
moins bon que le public, a fait tel progrès pour l’environnement et ce n’est
pas toujours un changement radical. C’est des petites choses. Mais les progrès
pour l’environnement se feront de sommes de petites choses. Je ne crois pas
justement que ces petites choses soient mises en danger par des problèmes
économiques. Il y a peut-être un rythme un peu moins rapide pour s’acheter des
cellules solaires photovoltaïques pour mettre sur le toit ou des choses comme
ça. Mais de manière générale, je crois que certains efforts d’écologie ou d’environnement
sont aussi des efforts économiques. C’est aussi une autre façon de voir les
choses, de voir les choses peut-être plus simplement. De manière générale, on y
gagne tous, et l’économie et l’environnement.
Vous avez vu une évolution, ça fait quelques
années que vous faites ça ? Vous suiviez ce matin les jeunes et les moins
jeunes à travers la réserve. Il y a toujours beaucoup d’intérêt pour les
oiseaux, pour les insectes, est-ce qu’il y a une évolution, les gens sont
toujours mieux informés ou ils sont toujours dans l’ignorance, un peu ?
En
fait, c’est difficile à dire. Qu’est-ce qu’il faut dire ? Le savoir en
général dans la population est à mon sens plus bas concernant la flore et la
faune. Ils sont moins liés à la nature en général. Par contre, il y a des
passionnés qui en savent beaucoup plus que ce que la population en général
savait à l’époque. Là, il y a quand même pas mal de gens qui s’intéressent, qui
regardent, qui observent, qui font ça pendant leurs loisirs, à qui ça apporte
vraiment quelque chose.
Les classes d’école sont les bienvenues,
j’imagine ?
On
a à peu près 8000 élèves par année qui visitent le centre en visite guidée. Il
y a beaucoup, beaucoup d’enfants ici en juin. En mai, un peu, en septembre
aussi. Les classes d’école aiment beaucoup venir ici. Ils ressortent avec
quelque chose de profondément ancré dans le cœur. Je pense qu’ils apprécient la
beauté du site, le charme, la détente.
Parlez-nous un petit peu du restaurant
aussi. Il n’y a pas seulement le cadre qui est magnifique, le restaurant, dans
quasiment un château, c’est assez spécial ?
Là
aussi, c’est une cuisine très naturelle. Il n’y a aucun colorant, adjuvant,
etc. Un peu des recettes de grand-mère et on emploie pas mal de produits de
notre jardin. On vient d’ouvrir « Le jardin des délices » en haut où on
fait des légumes d’anciennes variétés, des petits fruits d’anciennes variétés
et tout ça. On emploie passablement de produits de ces jardins et on fait aussi
de la décoration avec les fleurs et des recettes de fruits sauvages qu’on va
cueillir. Cela vaut la peine de venir déguster.
Il est possible de le louer pour des
mariages ou des réceptions ?
Oui,
hier on avait un grand mariage. Ils étaient très contents. Avec les mariages,
on a à côté, le jardin des sentiments où l’on peut faire une petite halte
aussi. C’est une bonne conjugaison de découvrir le jardin des sentiments, toute
la palette du romantisme, de la passion au chagrin, la convivialité à côté d’un
mariage…
Vous avez plusieurs endroits pour
observer les oiseaux, comment peut-on s’y rendre ?
La
particularité du site ici, c’est que c’est ouvert au public. Pour les endroits
disons, vraiment les perles du domaine ,où l’on peut
observer tranquillement qu’ils sont vraiment au raz de l’eau, là on a un code
qui s’obtient lorsqu’on est membre Pro Natura, soit
on s’abonne, soit on paie l’entrée au Centre et on peut y aller librement,
aussi en-dehors des heures d’ouverture du centre.
Vous êtes juste à côté d’Yverdon. Les moyens de transport, c’est assez facile pour
venir chez vous ?
Depuis
Neuchâtel, puisque vous venez de Neuchâtel, vous pouvez venir à la nage, mais
c’est un peu long… sinon le train, c’est très, très rapide. Il y a 20 minutes
de train entre Neuchâtel et Yverdon et en plus, c’est
un très beau trajet. Après, il y a une très bonne correspondance. Il y a
quelques minutes à la gare d’Yverdon et c’est après
le train qui va sur Payerne-Fribourg et c’est la
première halte CFF, à deux minutes depuis la gare d’Yverdon.
C’est vraiment très accessible par les transports publics. On peut bien sûr
venir aussi en vélo ou en voiture. Mais enfin en tout cas, tous les moyens sont
possibles…
Fabienne Dubuis Gysi
C’est
un panneau qui indique vraiment l’entrée de la réserve naturelle qui va être à
toutes les entrées des réserves naturelles de Suisse. On voit toujours le même
sigle, à savoir le trèfle à quatre feuilles et le hibou. C’est le signal qu’on
entre vraiment dans une réserve naturelle. À partir de ce moment-là, il y a des
règles à respecter qui sont qu’on ne dérange pas les animaux, on n’essaye pas
de les capturer, on n’essaye pas de cueillir les plantes, on ne piétine pas les
plantes. On n’a pas le droit de faire du feu bien évidemment. Bien sûr, ne pas
jeter de déchets ou de choses comme ça. Les chiens sont admis, mais en laisse.
C’est aussi une particularité. Il y a des zones où c’est interdit tout
simplement. Là, c’est pour signaler l’entrée de la réserve où l’on va retrouver
ce type de panneaux un petit peu partout le long de la réserve, parce qu’il y a
plusieurs entrées dans la réserve naturelle de
Premier petit test que vous avez fait
faire aux jeunes et aux moins jeunes, le miroir et les grenouilles.
C’est
une animation qu’on fait beaucoup avec les enfants aussi pour leur faire
découvrir un petit peu le monde des grenouilles. On essaye de les transformer
en grenouilles. On leur fait vivre une année dans la peau d’une grenouille… Et
le début de l’histoire, c’est le réveil après l’hiver et le début de la
migration pour aller pondre, se reproduire et manger dans les zones aquatiques.
Pour représenter un petit peu la façon dont les grenouilles voient lorsqu’elles
se déplacent, puisqu’elles ont les yeux situés au-dessus de la tête, on fait
marcher les enfants avec un miroir au niveau du nez et ils doivent regarder dans
le miroir et essayer de se débrouiller sur le chemin avec ça. C’est toujours
assez marrant… On a des enfants qui perdent complètement l’équilibre. En
général, cela a beaucoup de succès et, comme ça, on se rend bien compte que
pour une grenouille, la migration est très périlleuse ! D’abord parce
qu’elles n’avancent pas très, très vite. Ce n’est pas très rapide comme animal
et ensuite parce qu’elles n’ont pas une vision parfaite de tout ce qui peut se
passer autour d’elles.
Autre danger, la traversée des
routes ?
Tout
à fait. On se rend compte que dans la zone de
Vous posez la question aux visiteurs,
combien de temps met une grenouille pour traverser une route ? Ils vous
disent généralement deux ou trois minutes et vous, vous leur dites quoi ?
C’est
25 minutes en moyenne, à peu près. C’est environ 25 minutes pour traverser une
petite route comme on voit là, qui est une route cantonale, qui n’est pas non
plus une double voie… C’est une petite route et c’est vrai que là, on a discuté
peut-être deux minutes, trois minutes, le temps de deviner combien les
grenouilles mettent à traverser et on a déjà vu passer dix à quinze véhicules
et on est un dimanche… Aux heures de pointe, à certaines heures de la journée
ou de la nuit, c’est vrai que c’est un massacre sur les routes, parce qu’elles
n’ont tout simplement aucune chance d’arriver de l’autre côté vivantes. 25
minutes pour traverser, c’est long !
On a découvert aussi à cet endroit où se
trouvait le lac il y a quelques dizaines, quelques centaines d’années. Ça bouge
beaucoup, c’est peut-être un problème aussi ?
Oui
évidemment, mais le vrai gros danger, c’est vraiment les obstacles non-naturels qui ont été créés ensuite comme la route et la
voie de chemin de fer. C’est surtout ça qui a créé des problèmes, parce que ça
coupe en deux, la zone dans laquelle les grenouilles migrent, c’est-à-dire la
zone dans laquelle elles hibernent et la zone dans laquelle elles vont aller
ensuite se reproduire et vivre en été. Cette migration, elles le font dans les
deux sens, deux fois dans l’année. Une fois au printemps et une fois en automne
quand elles retournent dormir pour l’hiver… Le vrai danger, c’est la route
vraiment !
Pour les grenouilles, mais pour l’avenir
de la réserve, le lac, on dit qu’il grignote gentiment la réserve ?
Oui,
tout à fait. La réserve naturelle elle-même, ce marais lacustre qui est quand
même un des plus grands marais lacustres européens, c’est le plus grand marais
suisse actuellement, il est entretenu justement régulièrement par un groupe
d’étude et de gestion qui s’appelle « Le GEG », le groupe d’étude de
C’est le plus important. Il y a des
races d’oiseaux assez rares qui ne pourraient pas aller se reproduire
ailleurs ?
On
a des espèces d’oiseaux qui sont intimement liés au marais et à la roselière
pour leur nidification ou leur alimentation ou aussi pour leur repos. Il faut
savoir que
Il y a des endroits où l’eau est très
calme où elle se réchauffe aussi, ce qui est favorable pour certains
insectes ?
Oui
bien sûr. L’eau stagnante va favoriser certains types d’insectes, mais l’eau
courante également. Dans ces bassins de pêche, il faut bien savoir que c’est un
bassin de pêche où il est autorisé de pêcher mais uniquement sous surveillance
d’un guide ou de quelqu’un qui travaille à Pro Natura
bien sûr. On pêche et on relâche les animaux. L’idée, c’est vraiment de faire
découvrir aux enfants toute cette micro-faune qui
n’est pas forcément visible facilement ou à l’œil nu qu’on va trouver dans ces
petites réserves d’eau comme ça au milieu de la roselière et qui sont très
importantes pour la petite faune d’amphibiens principalement mais aussi pour
les autres insectes. C’est tout un cycle qui est intéressant de faire découvrir
aux enfants. On a trouvé par exemple beaucoup de larves de libellules, on va
trouver des larves de moustiques, on a des tiques adultes, on a des mollusques.
On a toute une faune extrêmement riche. C’est intéressant pour les enfants de
se rendre compte que ce n’est pas mort, que ce n’est pas juste de l’eau, qu’il
y a vraiment beaucoup de choses qui se passent dedans. C’est important de le
préserver…
Interviews réalisées par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod