Motocross : Les Vieux-Prés

 

 

Steve Manini

 

Je suis le directeur de course ici pour la manifestation des Vieux-Prés.

 

En quoi consiste ce travail de directeur de course ?

Le travail de directeur de course consiste à faire les départs, à organiser la pré-grille, les chronomètres, les commissaires de piste qui font la sécurité, les médecins et la sécurité de tout le monde autour de la manifestation.

 

On vous a entendu ce matin parler aux coureurs d’une façon pas toujours tendre ?

Non, des fois il faut être un peu ferme. Ici, on a la dernière course du championnat, la finale. Souvent, quelques points les séparent malgré dix-huit courses du championnat. On a tendance un petit peu à tricher, pas forcément tricher, mais une envie ; on va près des piquets. On s’appuie. Il faut toujours mettre un peu de la voix.

 

C’est un sport qui est quand même fair-play, malgré les recommandations, les réprimandes que vous devez faire ?

Oui. Un bon règlement. Les pilotes sont fair-play. Là, il y a 150 pilotes, ce n’est pas toujours évident !

 

 

Raphäel Cuche

 

Comment cela se passe, comment on met sur pied une manifestation quand même assez importante avec beaucoup de pilotes ?

Il faut beaucoup s’organiser avec des gens qui préparent un peu toute la piste. Il y a la cantine aussi, les commissaires. Il faut vraiment avoir tout le monde pour que ça joue bien et les autorisations aussi.

 

Combien de bénévoles ?

Heureusement qu’on les a ! On a environ une quarantaine de bénévoles.

 

Ce n’est pas la première fois que ça se fait. Cela devient toujours plus compliqué, parce que les règles sont toujours plus strictes ?

Non, pas forcément plus strict ; ça reste toujours un peu la même chose et il faut vraiment se tenir à ça.

 

La Fédération suisse exige toujours plus…

Il y a toujours plus de question de sécurité. Il y a toujours plus de normes, comme le bruit, mais ça reste un peu dans les mêmes normes.

 

 

Kenny Singele

 

Pour que les gens vous connaissent un peu mieux, quel est votre palmarès ? Cela fait déjà quelques années que vous faites de la moto ?

Oui ! J’ai commencé dans la catégorie junior. J’ai commencé à l’âge de 12 ans en championnat suisse et j’ai monté les échelons gentiment. J’ai déjà fait l’année passée dans les mêmes catégories que cette année, mais je m’étais blessé en milieu de saison et j’ai un peu reculé. Je finis déjà dans les dix premiers.

 

Cette année, c’est une bonne année ?

Une bonne année, oui. J’ai beaucoup de réussite. J’ai fait le titre en national hier et aujourd’hui je suis en lice pour faire le titre Yamaha Cup. J’ai un petit peu de retard sur le premier, mais…

 

Parlez-nous un petit peu de ce sport ! Est-ce qu’on peut le considérer comme dangereux ou pas ? On fait quand même des sauts toujours plus impressionnants, il me semble.

C’est sûr qu’il y a un certain danger, mais c’est comme dans tous les sports. On est entraîné, les jeunes commencent de plus en plus tôt. Ils apprennent les réflexes et tout, tout petit. C’est comme marcher pour eux que de faire un saut. Il y a toujours des blessures, mais dans tous les sports, du moment qu’on le pratique à un certain niveau.

 

On sent que le motocross est quand même en train d’évoluer. Vous prenez un certain plaisir à faire les sauts ?

Oui, ça vire toujours plus au supercross. C’est beaucoup de sauts et tout. J’ai un peu freiné ces dernières années, parce que ça venait trop supercross et justement beaucoup de blessures.

 

Dans quel état d’esprit on est dans un départ comme ça ? Vous êtes tous alignés, je ne sais pas combien de coureurs vous étiez ce matin, ça doit être impressionnant les départs, non ?

Dès qu’ils nous montrent le panneau 15 secondes, cela veut dire qu’on va bientôt partir et là on oublie tout. Un petit peu de stress avant dans la pré-grille, c’est sûr, dix minutes qu’on attend avant de partir.

 

Le départ, c’est comme ça vraiment important, parce que là il y a un bout droit, je ne sais pas, de deux cents mètres et après ça se resserre, une descente. Il faut vraiment être dans les deux ou trois premiers pour gagner ou pas ?

Ça aide grandement la course quand on part devant. Peu de chance de chutes et après on perd toujours du temps quand on dépasse quelqu’un.

 

Et comment on fait pour partir devant, parce que les motos sont toutes plus ou moins identiques ?

C’est de la technique et de la réussite et un peu de chance…

 

Après, si on n’est pas dans les dix premiers, on arrive à remonter ou c’est vraiment plus possible ?

Oui, c’est toujours possible. Si on est plus vite que les autres oui, mais c’est toujours dur quand on est derrière.

 

Comment on fait pour être bon comme vous êtes cette année, ce n’est pas que de la chance quand même ?

Non, il y a l’entraînement derrière. Cela fait maintenant une dizaine d’années que je m’entraîne, que je roule et un peu d’entraînement physique à côté. Pas de blessures, c’est ça qui aide beaucoup.

 

Il faut beaucoup de kilomètres, mais il n’y a pas que ça quand même ?

Non. Sur la moto, moi je ne roule pas beaucoup, parce que je n’ai pas un gros budget et avec le travail, je n’ai pas beaucoup de temps. Beaucoup de physique aussi à côté que ce soit courir, faire du vélo, garder la forme et la technique ça s’acquiert avec les années.

 

 

Raymond Châtelain

 

Présentez-nous ce club qui est quand même le club organisateur ?

C’est un club qui s’est formé il y a une vingtaine d’années, qu’on a repris après Saint-Blaise, le Moto Club de Saint-Blaise où les courses se faisaient. On a eu quelques courses qui se sont déroulées à Montalchez. Après à Montalchez, ça ne jouait plus au niveau de l’organisation, au niveau des champs et des autorisations. On a monté ça avec la famille Nussbaumer ici au Val-de-Ruz, sur les montagnes du Val-de-Ruz.

 

Votre club, c’est combien de membres ? Tous des motards ?

On est très, très peu de membres. On est une quarantaine, je crois. Mais on est des motards crosseurs, pas motards qui roulent beaucoup, qui font beaucoup de kilomètres…

 

Justement pour ceux qui n’y connaissent rien du tout en moto, quelle différence il y a entre une moto de cross et une moto de route ?

La moto de cross, elle est prévue uniquement pour des circuits comme on a ici, pour faire des sauts et des combines comme ça, parce qu’il faut des suspensions qui soient différentes d’une moto de route. Une moto de route, c’est plutôt pour faire du circuit ou de la route.

 

Question camaraderie, on dit qu’elle est très grande. On voit les motards sur la route qui se saluent. Comment c’est dans le monde du cross ?

Dans le monde du cross, c’est tout à fait spécial. Je crois que tout le monde est solidaire entre eux au niveau des gens qui se prêtent des pièces, qui ne se tirent pas dans les jambes… C’est vrai qu’à un certain niveau, ça vient un petit peu plus compliqué, parce qu’il y a la concurrence… Ça devient un peu plus difficile.

 

Est-ce que tous ceux qui font du cross font aussi de la route ?

Je ne pense pas, non. Celui qui fait du cross, il fait du cross, parce que c’est vraiment un entraînement qui est très, très spécial. C’est très physique.

 

Pour M. et Mme tout le monde qui voudraient faire du cross, est-ce qu’il faut un gros budget, qu’est-ce que ça coûte pour commencer ?

Oui, je pense qu’il faut déjà un bon budget. Il y a les petites catégories en Kit 65, mais je pense que même ces gens-là arrivent à des budgets de 50 à 70 000 mille francs par an.

 

Pour faire de la compétition ?

Pour faire de la compétition, mais il y a tout. Il y a l’achat d’un bus, parce qu’il faut quand même se déplacer sur divers circuits en Suisse. Il faut manger, des pièces de rechange, des pneus. Cela fait des gros budgets…

 

Il y a aussi les catégories enfants. Est-ce que les budgets sont les mêmes ?

Les budgets sont peut-être un peu plus bas, mais la moto reste très, très chère disons au départ et après, il est clair que ces gens-là vont essayer de trouver des sponsors, des teams, mais ça coûte cher…

 

Que peut apporter un club finalement ? À quoi ça sert de faire partie bêtement d’un club, si j’ose dire ?

D’appartenir à un club, c’est déjà de faire partie de la SFMS et après on fait des organisations qui sont comme ici en haut, qui sont quand même un gros budget. Les gens ne pensent pas que c’est des budgets qui sont très, très hauts.

 

Et avec la crise maintenant, toujours plus difficile de trouver des sponsors ?

Avec la crise, ça devient de plus en plus difficile de trouver des gens qui veulent nous donner un petit peu d’argent. Ici, on ne peut encore pas trop se plaindre. Cette année, on n’a pas eu vraiment de gros, gros problèmes. On a même eu des aides un petit peu différentes.

 

Cela fait 25 ans que vous êtes à la présidence de ce moto club et vous avez décidé d’arrêter ?

J’ai décidé d’arrêter le moto club, parce que j’ai différents problèmes maintenant, pas des vrais soucis, mais je tiens à remercier en tout cas tous ceux qui vont reprendre et qui ont repris l’organisation ici aux Vieux-Prés. J’espère que le cross continuera. Comme j’ai entendu qu’il y a beaucoup de gens qui disaient : « Châtelain ne sera plus là, il n’y aura plus de cross. » Je ne pense pas et j’espère que tout va se poursuivre.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod