Pétanque : Championnats de Suisse à Neuchâtel 2009

 

 

Jean-Marc Frei

 

Comment est organisée justement la pétanque en Suisse ?

La pétanque en Suisse, elle est organisée sous forme d’une Fédération suisse et après il y a chaque canton qui a une association cantonale en Suisse romande et la Suisse allemande compte comme un seul grand canton.

 

La Suisse romande est encore majoritaire ?

La Suisse romande est encore majoritaire, mais en Suisse allemande, les licenciés augmentent et aussi le nombre de clubs augmente. En Suisse romande, il y a une certaine stagnation, voire un certain recul du nombre de licenciés.

 

Dans l’esprit comme ça un peu du grand public qui dit pétanque dit bord de la mer, dit Marseille, dit Pastis. Il y a un peu l’impression d’un sport pas très sérieux si j’ose dire ou un sport de plage et ce n’est pas du tout le cas, je crois ?

La pétanque, c’est sûrement un sport de pointe aussi. On est membre de Swiss Olympic, de l’Association faîtière du sport suisse, mais c’est aussi sûrement un petit peu la plage, le sud de la France, la place du village. On voit les différentes personnes jouer à la pétanque. Effectivement, ils prennent leur pastis, mais comme sport de pointe, c’est très strict. On est aussi obligé de faire des contrôles anti-dopage, aussi d’alcool. Au championnat du monde, championnat d’Europe, chaque année on est en contrôle. Donc, c’est vraiment un sport de pointe.

 

C’est vrai. Ici, à Neuchâtel, il y a ce week-end les meilleurs joueurs de Suisse. On ne devient pas comme ça un grand champion par hasard ?

Non. Il faut vraiment s’entraîner régulièrement. C’est clair qu’un joueur ou une joueuse de niveau moyen a aussi une chance de tout à coup passer. C’est comme partout en coupe, il y a des surprises… Mais enfin de compte, c’est presque toujours le meilleur qui passe, qui gagne, qui est après champion suisse.

 

Un petit peu de hasard à cause des tirages au sort, c’est ça ?

Oui, il y a premièrement ça. On n’a pas d’équipes fixes dans chaque groupe comme au tennis où l’on a des têtes de série. En pétanque, on ne connaît pas la tête de série. Il y a des poules où l’on a des équipes très fortes, qui déjà dès le début, jouent l’une contre l’autre. Après, des terrains, il y en a qui sont plus faciles, d’autres plus difficiles. Des fois, il y a aussi un peu de chance…

 

Vous avez dit avant joueur, joueuse aussi peut-être que si je me fais l’avocat du diable. Est-ce que ce n’est pas un sport de macho ou pas ?

Dans le temps, oui. Cela avait fortement l’impression quand on voit le sud de la France. C’est surtout les messieurs, les dames à la maison qui font le ménage, la cuisine. Mais disons que cela change de plus en plus et ici à Neuchâtel, nous avons aussi un championnat suisse dames. Nous avons aussi un championnat suisse juniors, cadets et justement seniors. Mais de plus en plus, on voit les dames jouer à la pétanque.

 

Et ça peut se jouer en famille ?

Ça se joue en famille. C’est l’un des avantages de ce sport. Différentes générations peuvent jouer ensemble et on trouve des équipes où il y a père et fils ou père et fille qui jouent ensemble.

 

Est-ce que l’on pourrait imaginer de la haute compétition avec hommes et femmes mélangés, un petit peu comme c’est dans le concours hippique ou est-ce que les hommes sont vraiment naturellement plus forts, est-ce qu’il y aurait une raison à ça ?

En Suisse, on a trois différents championnats suisses. On a les championnats suisses triplettes, donc trois membres par équipe que ce soit homme ou femme. Nous avons les championnats triplettes mixtes, ce qui veut dire qu’il y a deux hommes et une dame ou deux dames et un homme qui jouent ensemble et ce sont des championnats suisses à très haut niveau. Ici à Neuchâtel, on a le championnat doublette, c’est seniors, dames et tout bien séparé.

 

Il n’y a aucune raison qui pourrait dire qu’une femme joue moins bien qu’un homme ?

Non, aucune ! Si on regarde un petit peu sur les terrains, on trouve des équipes qui jouent mixtes, donc un homme et une femme et dès qu’il y a un homme, ils font partie après du championnat suisse seniors. Un homme ne peut pas jouer dans le championnat dames, mais le contraire, c’est possible…

 

On voit aussi beaucoup de jeunes et, là aussi, on a envie de dire, ce n’est pas un sport très moderne, très fun, très spectaculaire, très acrobatique et pourtant il y a des jeunes et de plus en plus de jeunes semble-t-il, comment vous expliquer ça ?

Des jeunes, oui ! C’est surtout pour cela, premièrement c’est passionnant. On peut le jouer partout et il faut savoir que c’est un sport quand même bon marché. On s’achète des boules, deux cents, trois cents francs les trois boules et après, on peut en jouer des années avec les mêmes boules. Si on fait de la gymnastique, si on fait du ski, si on fait du tennis, du football, il faut des habits, il faut les différents… par exemple skis, les chaussures… C’est très cher. La pétanque, c’est bon marché.

 

 

Romano et Sacha Vicenzi

 

Vu que vous êtes le père, je vous laisse un petit peu présenter votre équipe, puisque vous jouez avec votre fils. Plusieurs fois champions suisses, rappelez-nous tout ça.

Romano Vicenzi : Nous avons été champions suisses en famille il y a deux ans avec le cadet. Je crois que c’est le plus jeune champion suisse qu’il y ait eu. Nous avons été champions suisses des clubs avec le club de « La Côtate » de Sonceboz, club qui a été formé en 1984 et ça fait bien vingt ans que nous sommes ensemble, la même équipe de copains, et nous progressons ensemble. C’est l’aboutissement de ces vingt années de pétanque, on peut dire.

 

Votre père vous a obligé à jouer à la pétanque ?

Sacha Vicenzi : Non, pas du tout ! Au début, c’était vrai que j’y allais étant gamin. On joue comme ça pour s’amuser et après, plus ça avance, plus on se prend dedans et c’est vrai qu’au fur et à mesure, on est mordu par le virus et on s’y met à fond. Heureusement pour nous, ça a payé et espérons que ça continue…

 

Ce n’est pas un peu dangereux de jouer avec son père ? C’est un truc à s’engueuler et en plus comme c’est le père…

Des fois… c’est normal. Je pense plutôt que c’est un avantage. On se connaît bien. On se connaît mieux et on n’a pas forcément besoin de se parler beaucoup pour se comprendre aussi. C’est un avantage et on a plus ou moins la même vision du jeu. Pour ça, c’est vrai que c’est bien.

 

C’est qui le meilleur des deux ?

Oh, ça dépend des jours.

 

Romano Vicenzi : Non, je pense que l’élève a dépassé le maître maintenant ! Je crois qu’il est beaucoup plus fort que moi maintenant. En plus, il a la souplesse, la jeunesse. C’est l’avenir de la pétanque, ce n’est plus nous…

 

On vous a vus jouer avant. Vous avez gagné 11-1, 12-1 ?

13-1. Mais vous savez les parties de boules, elles ne se ressemblent pas toutes. Là, les joueurs passent un petit peu à côté de la partie. Nous, on jouait un bon niveau de jeu, donc le score est trompeur. Ça ne reflète pas la différence entre les deux équipes, à mon avis.

 

Dans quel état d’esprit sont ceux qui viennent jouer contre vous ? Ils savent que vous êtes quand même parmi les meilleurs. C’est un désavantage pour eux ou un désavantage pour vous ?

Je ne pense pas que c’est un désavantage. À un certain moment, les joueurs se respectent suivant le niveau de jeux de l’adversaire, je pense que des deux côtés, c’est tendu.

 

Et pour vous, vous êtes jeune. Est-ce que c’est un sport de jeunes vraiment ? J’ai envie de dire que c’est un sport un peu de personnes âgées au bord de la plage avec un pastis dans la main…

Sacha Vicenzi : Ça, c’est la caricature. Après c’est vrai qu’au niveau du jeu, c’est ce que les gens perçoivent tout de suite. C’est des personnes âgées avec un verre de pastis à la main, mais quand on s’y met un peu plus à fond dedans, on remarque que c’est aussi un sport à part entière, qu’il faut surtout un bon moral. Après, il faut aussi avoir de l’adresse. Ça s’acquiert en s’exerçant au fur et à mesure et c’est vrai que pas tout le monde peut jouer des années et des années et ne pas réussir à augmenter leur niveau de jeu et d’autres qui ont un peu plus de facilité, un peu plus d’adresse. C’est surtout beaucoup de travail et beaucoup de persévérance.

 

Question de travail, c’est beaucoup d’entraînements ?

Romano Vicenzi : Quand on a joué à notre meilleur niveau comme ça, on allait pratiquement tous les soirs une heure de temps.

 

Très bien. On vous remercie et on vous souhaite une bonne continuation pour ce week-end.

Merci beaucoup.

 

 

Ludivine et Corinne

 

Vous êtes championne suisse ou plusieurs fois championne suisse ?

Ludivine : On a gagné en doublette avec Corinne. On a gagné les deux dernières années, en 2007 et 2008. En triplette, on a aussi gagné quelques fois, mais il y a quelques années en arrière.

 

On dit que ce sport est un petit peu un sport de macho, mais c’est tout faux ?

Oh, il y a quelques personnes qui sont un peu machos, mais je crois que c’est partout pareil. On se défend comme on peut et je pense que la pétanque féminine est un petit peu différente, mais c’est joli aussi à voir.

 

Pourquoi elle est différente ?

Je dirais que c’est un peu moins une pétanque d’attaque. Il y a moins de tireuses. C’est un petit peu plus du point. Peut-être que la tactique est à peine différente. On est peut-être un peu plus sur la réserve, mais cela va aussi…

 

Il n’y a aucune raison qu’une femme soit moins forte qu’un homme à ce jeu ou bien ?

Non, je ne crois pas. Je pense qu’il y a des femmes qui sont tout aussi capables et fortes que des hommes. Après, on est aussi moins, forcément, sur la masse, il y a un petit peu moins de joueuses qui ont un potentiel un peu meilleur, mais ça va.

 

À quel âge et comment avez-vous découvert ce sport ?

J’ai commencé il y a très, très longtemps. Il y a plus de 20 ans. J’avais 11 ans. C’est mes parents en fait qui faisaient de la pétanque. Je m’y suis essayée et j’ai croché tout de suite. C’est devenu une passion et je n’arrive plus trop à décrocher…

 

Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce sport ? On ne fait que de lancer des boules et un cochonnet.

Il y a beaucoup de tactique. On joue en équipe. C’est intéressant aussi. On doit être complémentaire avec nos joueurs. On joue en doublette ou en triplette. Il faut beaucoup de complémentarité, de l’amitié, ça aide aussi. Je pense que comme pour tout le monde, c’est une passion. On a ça dans le sang ou pas…

 

Justement ça ne se joue pas tout seul, en doublette évidemment. Est-ce qu’il n’y a pas un danger quand on est avec une copine, qu’on joue avec sa copine, de finir par se bringuer ?

Ça peut arriver, mais si on est bon copain, c’est plus un avantage à mon avis d’être copine et de bien s’entendre. On connaît aussi les réactions de la joueuse. On peut anticiper. On peut s’adapter aussi, tourner si ça ne va pas. Moi je suis tireuse, mais si l’une ou l’autre, ça ne fonctionne pas, on essaye de tourner, de changer quelque chose. C’est aussi un avantage de bien se connaître.

 

Comment vous avez découvert ce sport ?

Corinne : Bêtement, parce qu’il manquait toujours une quatrième personne. On m’a demandé à moi et je lançais les boules, mais je détestais ça au départ… Je trouvais ce jeu complètement stupide et à force de faire la quatrième, je suis rentrée dedans et j’ai aimé.

 

Qu’est-ce qui avait de stupide et pourquoi cela ne l’est plus maintenant ?

Je trouvais ça complètement stupide et ridicule de lancer des boules au plus près d’un cochonnet. Je ne voyais vraiment pas l’intérêt. À force, je me suis prise dans le jeu et c’est devenu un jeu. On gagne, j’aime gagner et c’est devenu comme ça.

 

On dit souvent que c’est un sport de stratégie. Comment c’est un sport de stratégie ?

Il en faut quand même. Il y a des façons de tirer, de pointer. Avec ma collègue Ludivine on se connaît très bien. Alors si elle n’a plus de boules et je dois aller tirer, elle va me faire confiance, parce qu’elle sait que je sais tirer et d’autres équipes, elles ne l’ont peut-être pas… C’est important, tirer, pointer au bon moment. Ça fait gagner.

 

Psychologiquement, comme c’est un sport de concentration, c’est important le psychisme aussi ?

Si moi je ne suis pas assez concentrée, je ne joue pas correctement. J’aime bien avoir la petite boule au ventre et être très concentrée. Autrement, il y a du laisser-aller et cela ne va pas.

 

Comment on fait quand on est mené au score très sérieusement et on dit, on peut la gagner cette partie et ça ne va pas ?

On tourne. On essaye de tourner dans l’équipe entre ma collègue et moi et on lutte. Il ne faut pas partir perdant surtout jamais ! Tant que la partie n’est pas finie à 13, on n’a pas perdu. Jamais, jamais perdu.

 

C’est possible de remonter un score pas possible ?

Ah oui. On peut gagner des parties 12-1, 12-2. Mener, reprendre le score, les autres ils doutent, il n’y a qu’un point, mais le point, il est difficile à faire… Si, c’est possible.

 

C’est un sport qui a un petit peu la réputation de sport de plage. On voit le pastis, on voit le farniente. Prouvez-nous que ce n’est pas un sport de plage ?

Cela peut être un sport de plage. Mais à notre niveau, du moment qu’on a des championnats suisses, des cantonaux. Moi j’ai fait partie de l’équipe suisse, on a été en championnat du monde. C’est très strict. C’est contrôlé, pas d’alcool, pas de fumée, les contrôles anti-dopage. C’est quand même de l’agilité. On joue sur plusieurs terrains différents. C’est de la concentration et pour les gens qui ne connaissent pas ce sport, venez voir ! Cela peut être intéressant…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod